"Mystérieuse épidémie", "virus mystérieux", "étrange forme de pneumonie" : le Covid-19 est entré discrètement sur la scène médiatique, il y a un peu plus de quatre mois.

Début janvier, les médias parlaient d'un "mystérieux virus".
Début janvier, les médias parlaient d'un "mystérieux virus". © AFP / Captures d'écran

Début janvier, de quoi parlait-on dans les médias ? De la fuite spectaculaire de Carlos Ghosn, les incendies dévastateurs en Australie, un général iranien tué lors d'un raid américain, les débats houleux sur la réforme des retraites et... d'une "mystérieuse pneumonie" venue de Chine, encore éclipsée dans la presse par l'actualité brûlante. Il faut dire qu'à l'époque on ne sait pas grand chose sur le virus, que le bilan est faible et l'inquiétude des autorités mesurée. On rembobine le temps, quatre mois en arrière, pour analyser comment les médias ont parlé pour la première fois du Covid-19.

Premières mentions du virus fin décembre et début janvier

La première trace de contenu français évoquant le virus passerait presque inaperçue. Elle peut être trouvée sur le site de Sputnik France, une agence de presse internationale créée en 2014 par le gouvernement russe et considérée proche de l’extrême-droite. Le site, en citant les autorités chinoises, évoque dès le 31 décembre 2019 "27 cas de pneumonie virale enregistrés en décembre" dans la province du Hubei.

Un quotidien régional titre sur une "mystérieuse épidémie"

Puis, l'information se diffuse davantage via un quotidien régional, premier média d'envergure à évoquer le virus : La Voix du Nord, qui, le 3 janvier, titre un article sur une "mystérieuse épidémie". 

"Mystérieuse", le mot est lâché. Le quotidien, lu quotidiennement par plus d’un million de personnes, relaie des déclarations des autorités sanitaires de Wuhan et les informations de médias asiatiques. Une épidémie qui "fait craindre", dit la Voix du Nord, "une nouvelle flambée de Sras", le syndrome respiratoire aigu sévère, qui en 2002-2003 avait fait plus de 700 morts dans le monde selon l’Organisation Mondiale de la Santé.

L'AFP reprend le terme "mystérieuse"

"Mystérieuse pneumonie en Chine". C'est le titre de la première dépêche de l’Agence France Presse (AFP) évoquant le virus. L'AFP, dont le fil tombe dans toutes les grandes rédactions françaises, écrit le dimanche 5 janvier : "Les autorités chinoises ont fait état dimanche de 59 personnes souffrant d'une mystérieuse pneumonie d'origine inconnue, démentant toutefois qu'il s'agisse du Sras, une maladie virale responsable de centaines de morts en 2003."

La première dépêche de l'Agence France Presse sur le coronavirus.
La première dépêche de l'Agence France Presse sur le coronavirus. / Capture d'écran

L'AFP s'appuie sur les informations de la Commission municipale de l’hygiène et de la santé de Wuhan, qui précise que tous les patients, chez qui la maladie s’est déclarée entre le 12 et le 29 décembre, ont été placés en quarantaine.

"Le lien signalé avec un marché de gros de poissons et d'animaux vivants pourrait dénoter un lien avec l'exposition à des animaux", réagit en parallèle l'Organisation mondiale de la santé dans un communiqué cité par l'AFP. L'OMS qui se prononce encore à l'époque contre toute restriction en matière de voyages ou de commerce visant la Chine.

L'information se propage

Dès lors, le coronavirus, ou plutôt à l'époque l'"étrange forme de pneumonie", comme l'énonce le Huffington Post, commence à attirer l'attention. Dans les articles, l'usage du conditionnel est souvent de rigueur, inconnues dans l'équation obligent. Avec toujours en toile de fond le "spectre du Sras", comme le formule France 24. Le 8 janvier, nouvelle dépêche AFP, qui indique qu'un "nouveau coronavirus ne peut être exclu". Le 11 janvier, le premier mort est officiellement rapporté en Chine.

L'épidémie gagne alors une place de plus en plus importante dans la hiérarchie de l'information au fur et à mesure que le bilan s'alourdit, comme en témoigne un reportage de la correspondante de Radio France à Pékin, Dominique André, diffusé le 20 janvier alors que le virus a fait un troisième mort en Chine. On parle toujours à ce stade du "nouveau virus mystérieux" :

"Ce matin en faisant leurs courses, les familles parlent du nouveau virus mystérieux apparu à Wuhan sur un marché qui vend des serpents, des hérissons, des rats, des bambous, un mets culinaire très prisé, et des fruits de mer", raconte notre correspondante : "Le traumatisme du Sras de 2002 revient dans les esprits." Avant de conclure : "Quelle est l'étendue de l'épidémie ? C'est la question que se posent aujourd'hui les Chinois", alors que le bilan officiel des autorités chinoises est aujourd'hui fortement remis en cause.

Le coronavirus s'impose sur le devant de la scène médiatique

Les dépêches AFP se multiplient, au fur et à mesure que le virus touche l'Europe. Le bilan est chaque jour revu à la hausse. C'est finalement le 11 février que l'OMS met un nom sur la pneumonie virale, terminologie désormais mondialement connue utilisée par tous les médias : le Covid-19.

Le coronavirus occupe désormais l'immense majorité de l'espace médiatique. À titre d'exemple, sur les chaînes info françaises, du lundi 16 mars au dimanche 22 mars, 74,9 % du temps d’antenne a ainsi été consacré au coronavirus et à ses conséquences, révèle l'Institut national de l'audiovisuel (Ina) dans une enquête. Soit un volume horaire quotidien moyen de 13 heures et 30 minutes par jour et par chaîne d’information. La "mystérieuse pneumonie" confidentielle de début janvier paraît bien lointaine...

L'explosion du temps d'antenne consacré au coronavirus.
L'explosion du temps d'antenne consacré au coronavirus. / Ina
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