Les femmes sont plus inquiètes face aux risques du futur vaccin. Toutes les catégories socio-professionnelles comptent des anti-vaccins.

La France est l'un des pays le plus anti-vaccin au monde.
La France est l'un des pays le plus anti-vaccin au monde. © France Inter

La course au vaccin contre la Covid-19 s’accélère. Après Pfizer, le tour de Moderna, lundi : le laboratoire américain annonce une formule avec une efficacité de 94%. Mais en France, la défiance anti-vaccinale se développe considérablement. Ce sentiment n’a jamais été aussi fort dans l’hexagone, souligne une nouvelle étude de la Fondation Jean-Jaurès, que France Inter a pu consulter. Elle rappelle que près de la moitié des Français disent qu’ils ne souhaitent pas se faire vacciner, d'après les derniers sondages

Impossible portrait robot

Alors d'où vient cette méfiance, ce rejet ? Difficile de dresser un profil précis. Sans surprise, l'âge est un facteur de positionnement. Plus il augmente, plus l'adhésion est forte. Mais cela est aussi corrélé à la peur ressentie face à la maladie et elle est, de fait, plus importante chez les plus âgés. 

Il apparaît toutefois que les femmes sont plus inquiètes face aux risques du futur vaccin. De même, la couleur politique entre en ligne de compte. À âge, niveau de diplôme et catégorie socioprofessionnelle similaire, les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, de Marine Le Pen, de François Asselineau et de Nicolas Dupont-Aignan sont beaucoup plus anti-vaccins que les autres électeurs.

Mais ce serait trop réducteur explique l’auteur de l’étude, Antoine Bristielle, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, professeur agrégé de sciences sociales et chercheur en science politique à Sciences Po Grenoble. : 

"On n'a pas de différences en termes de catégories socio-professionnelles et c'est ce qui explique ce refus aussi important." 

Un groupe hétérogène, qui nourrit la crainte d’un vaccin développé à la va-vite et de ses effets secondaires

La confiance accordée aux scientifiques en chute 

Mais le refus du vaccin semble être un problème de confiance. Plus la confiance dans les institutions baisse, plus le consentement à la vaccination est faible. Problème, celle accordée au monde politique est déjà très faible en France. Et celle pour le monde scientifique en forte chute. "Nous avions extrêmement confiance en nos scientifiques, à 95%, au début de la période Covid. On est désormais autour de 75% de confiance." 

D’où la nécessité, plutôt que d'effrayer, d'un effort de pédagogie de la part des autorités et de redonner confiance en les institutions. "C'est légitime d'être précautionneux à propos de ce que l'on se fait injecter. Mais il faut rappeler qu'il existe toute une série de contrôles pour que le vaccin soit mis en place dans des conditions sanitaires qui soient les meilleures possibles et que le remède ne soit pas pire que le mal", souligne Antoine Bristielle.  

Selon le chercheur, la France a mal préparé l'arrivée d'un éventuel vaccin. Les pouvoirs publics doivent, pour atteindre une plus grande adhésion, insister sur les effets bénéfiques du vaccin, "meilleure possibilité de revenir à une forme de vie qui s'apparente à ce que l'on a connu avant" la pandémie. Étant donné que "beaucoup s'inquiètent des motivations pécunières des laboratoires pharmaceutiques", il faut pouvoir faire preuve d'une absolue transparence, insiste Antoine Bristielle. Enfin, l'étude souligne le rôle des médias dans le maintien d'une véritable confiance dans le monde scientifique sans quoi l'assentiment de la population est beaucoup plus difficile à obtenir. 

Le rôle des réseaux sociaux

Le rôle des réseaux sociaux est enfin à souligner. Le discours qui tend à dire que le remède est plus dangereux que le mal lui-même y est très relayé. L'étude rappelle qu'à âge, niveau de diplôme, niveau d’éducation et confiance institutionnelle similaires, plus une personne va s’informer sur internet et les réseaux sociaux, plus elle va avoir tendance à adhérer aux différentes théories conspirationnistes. Or, en France, 40% de la population pense que le gouvernement est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher la nocivité des vaccins.

Symptôme de cette défiance vaccinale, la sortie d’un "documentaire" Hold-Up, rassemblant un ensemble hétéroclite de théories conspirationnistes au sujet du Covid et d’un potentiel vaccin, visionné, en l’espace de quelques jours, plus de deux millions de fois

Enquête sur la galaxie des anti-vaccins

 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.