Deux premiers rapports scientifiques sur l'efficacité des vaccins contre le Covid-19 viennent d'être publiés : le premier sur le vaccin Pfizer-BioNTech, déjà administré au Royaume-Uni, le second sur celui, pas encore autorisé, de AstraZeneca. Dans un cas comme dans l'autre, l'efficacité est au rendez-vous.

Une séance de vaccination dans un centre médical à Londres
Une séance de vaccination dans un centre médical à Londres © AFP / Victoria Jones / Pool

"Il n'y a pas assez d'informations scientifiques" publiées sur les nouveaux vaccins contre le Covid-19 : c'est un reproche fait par plusieurs personnalités aux laboratoires fabricants des premiers modèles de vaccins, qui commencent à être distribués au Royaume-Uni, et le seront probablement cette semaine aux États-Unis. Ces informations commencent à arriver : pour le vaccin Pfizer-BioNTech, le premier à être distribué, la FDA, l'agence américaine du médicament, a publié ce mercredi un rapport très détaillé sur l'efficacité et la sûreté de ce vaccin : l'agence s'était engagée, pour assurer un minimum de transparence, à rendre publics une partie des documents que le laboratoire lui avait adressé, quelques jours avant de statuer sur une éventuelle autorisation. Et les conclusions sont rassurantes.

L'impressionnante performance de 95% est en effet confirmée sur les 44 000 volontaires recrutés au Brésil, aux Etats-Unis, en Argentine et en Afrique du Sud. Deux groupes ont été constitués : vaccins en deux doses pour les uns, placebo pour les autres. Sur les 170 personnes qui ont finalement eu le Covid, 162 avaient reçu le placebo et 8 le vaccin. Les données montrent par ailleurs qu'il faut impérativement deux doses. En effet, avec une seule injection, il apparaît après une semaine que l'efficacité tombe à 52%.

Deux mois de protection minimum

Combien de temps est-on protégé ? Au moins deux mois, dit le laboratoire, qui n'a pas plus de recul et continue de suivre la cohorte sur les risques. Toujours avec deux mois de recul, aucun problème n'est apparu. Or, il est courant que les problèmes - quand il y en a - interviennent dans les six semaines qui suivent une vaccination. Fait important : les personnes à risques, obèses, ou avec comorbidités, ont bien été protégées par le vaccin. Un vrai bémol toutefois : 82% des volontaires étaient des Blancs, seulement 10% des Noirs, 26% des Hispaniques. Or, des études ont montré, tant aux États-Unis qu'en Grande-Bretagne, que les minorités noires, hispaniques et indiennes étaient particulièrement plus touchées par le SARS-CoV-2.

Au lendemain des premières injections au Royaume-Uni, les autorités ont exclu des bénéficiaires les personnes allergiques : deux soignants, au terrain allergique attesté, ont en effet développé une hyperréaction après avoir été vaccinés mardi. 

Des données scientifiques commencent à arriver sur un autre vaccin : celui du laboratoire britannique AstraZeneca, qui repose non plus sur l'ARN messager mais sur adenovirus, une méthode de fabrication plus classique. Dans ce cas, les chercheurs ont préféré une publication classique dans un journal de prestige spécialisé : c'est la revue scientifique The Lancet qui, cette fois, détaille les résultats de la phase 3 de l'essai. Pour les scientifiques, il est important de publier dans une revue, le fait d'être relu par ses pairs faisant la valeur d'un travail de recherche.

Une dose et demi plus efficace que deux doses ?

Que dit l'article en question ? Là encore, on a confirmation de ce qui avait été annoncé : le vaccin est sûr. En dépit de trois cas d'effets indésirables majeurs (dont une myélite transverse, une maladie neurologique), qui ont d'ailleurs provoqué une interruption temporaire de l'essai, d'autres effets secondaires sont fréquents, mais bénins : rougeurs à l'endroit de la piqûre, maux de tête, fatigue, douleurs musculaires.

Sur l'efficacité, là encore, l'article confirme ce qui avait été annoncé par AstraZeneca : de façon inexpliquée, lorsqu'on injecte d'abord une demi-dose, puis un mois plus tard, une dose complète, le vaccin est efficace à 90%, là où avec deux doses identiques, son efficacité tombe à 62%. Il sera donc difficile pour les autorités de se prononcer sur ce qu'il conviendra de faire ; d'autant plus que dans le groupe qui a reçu une dose et demie, il n'y a que peu de volontaires, et aucun âgé de plus de 55 ans. Or, on le sait, le risque d'une forme grave de la maladie augmente avec l'âge.

Conscient de ces faiblesses, AstraZeneca a annoncé un autre essai. Mais aux États-Unis où 60% des commandes portent sur ce vaccin (soit 300 millions de doses) le New-York Times évoquait hier une confiance rompue avec la FDA. En effet, à cause de l'interruption temporaire, certains sujets n'ont reçu la 2e dose qu'après trois mois. Astra Zeneca a cependant un atout de taille : il est bon marché (3 euros) et se conserve facilement à 4°C, quand le vaccin de Pfizer-BioNtech devrait être vendu 17 euros et exige de la carboglace à - 70°C pour son stockage.