Le ministère de la Défense a rendu publique l'enquête conduite par le service épidémiologique et de santé des Armées sur l'épidémie à bord du Charles de Gaulle. Près de 70 % des marins et autres personnels y ont été contaminés par le Covid-19 entre la fin février et le début avril.

1064 des 1568 marins, aviateurs et autres personnels du Charles de Gaulle ont été contaminés par le Covid-19
1064 des 1568 marins, aviateurs et autres personnels du Charles de Gaulle ont été contaminés par le Covid-19 © Maxppp / Patrick Blanchard

Conduite auprès de la quasi-totalité des marins, des aviateurs et autres personnels présents à bord du Charles de Gaulle entre le 21 janvier et le 13 avril, l'étude ne permet pas précisément de comprendre comment ni par qui les marins du navire amiral de la Royale ont été contaminés. 

Deux choses sont néanmoins avérées. La première c'est que le virus se trouvait à bord avant la fameuse escale de Brest, à partir du 13 mars au soir. Les conclusions de l'enquête de commandement - distincte de l'enquête épidémiologique - indiquent  par exemple que celle-ci "met en évidence la présence du virus à bord dès la fin février, probablement importé en Méditerranée à l'occasion d'un mouvement de personnel depuis la terre." Avant Brest il y avait eu une autre escale : à Chypre et le bâtiment avait également reçu du personnel venu rejoindre son affectation à bord en février.

Autre certitude : l'escale de Brest - où la quasi-totalité du personnel a débarqué puis rembarqué - a été l'occasion d'une sur-contamination. L'étude met par ailleurs en lumière plusieurs souches différentes du virus chez les malades du Charles de Gaulle, signe probable de contaminations multiples.

Concernant d'éventuels erreurs de commandement ou retards quant à la mise en alerte épidémique à bord, l'étude épidémiologique note en effet que "Le signal d’une possible épidémie semble avoir été détecté tardivement" par les médecins du bord. Mais, note pour sa part la synthèse de l'enquête de commandement, s'il y a bien eu "un flux constant d'une dizaine de marins se présentant à l'infirmerie avec des symptômes grippaux, cela n'avait rien d'anormal, une partie de l'équipage opérant à l'extérieur par des températures avoisinant les 0 degré et des vents d'environ 70km/h".

Les médecins du bord n'étaient de toute façon pas équipés pour procéder à des tests en bonne et due forme. Et puis - on l'a su ensuite - une partie des porteurs du virus étaient totalement asymptomatiques ou ont développés des symptômes atypiques, qui n'avaient rien à voir avec ce que l'on connaissait de la maladie. Difficile dans ces conditions de poser un diagnostic.

Le plus intéressant dans cette étude c'est qu'elle est une sorte de "cas d'espèce" : elle porte sur une population relativement importante, toute pareillement exposée à la contagion et qui a été systématiquement testée. Sur les 1.568 marins, aviateurs et autres personnels du bord,  1.064 ont été diagnostiqués "positifs", soit 69,7 %. La population d'un porte-avion n'est certes pas comparable à d'autres populations (elle est plus masculine et plus jeune en moyenne que la population française par exemple). Reste que  l'étude donne tout de même quelques chiffres intéressants. 

Sur les 1.064 contaminés, les asymptomatiques représentent 13%, 8% des malades ont développé des symptômes atypiques : ni fièvre ni toux ni perte du goût ou de l'odorat, mais des douleurs thoraciques ou des maux de tête. En revanche une majorité de malades, qu'il s'agisse des 76% de malades ayant présenté les symptômes classiques ou des cas les plus sévères, la majorité ont également souffert de myalgies, autrement dit de douleurs musculaires dans les membres.

Autre enseignement : les personnes en surpoids ont 3,5 fois plus de chances de développer une forme grave de la maladie, et les personnes les plus âgées du bord, c'est-à-dire dans le cas du porte-avion la tranche d'âge 45-60 ans ont eu 6 fois plus de chances de souffrir de cette forme aiguë de l'infection virale, nécessitant une assistance respiratoire.

Enfin une confirmation : la contagion semble freinée chez les fumeurs... même s'ils sont tout de même 271 à avoir contracté la maladie sur le Charles de Gaulle ; en gros la moitié des fumeurs du bord.

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