La grève a été revotée ce jeudi. Les discussions ont repris mercredi entre la direction et les journalistes, ces derniers attendant plus de précisions sur le projet de la chaîne.

Les journalistes d'iTELE ont voté la reconduction à 84%, au dixième jour du mouvement
Les journalistes d'iTELE ont voté la reconduction à 84%, au dixième jour du mouvement © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Au onzième jour de grève, aucune issue au conflit n'a encore été trouvée. La grève a été massivement revotée jeudi alors que la veille des discussions avaient timidement repris. Les grévistes attendent des précisions sur le projet du patron de Canal+, Vincent Bolloré, de plus en plus critiqué pour sa gestion de la crise.

Outre le départ de l'animateur controversé Jean-Marc Morandini, les salariés réclament une charte éthique pour garantir leur indépendance vis-à-vis de leur principal actionnaire et la nomination d'un directeur de la rédaction, distinct du poste de directeur général d'iTELE. A ce jour, Serge Nedjar cumule les deux fonctions. Ils demandent également davantage de moyens pour relancer la chaîne, lourdement déficitaire.

Quatre membres de l'état-major de la chaîne cryptée du groupe Vivendi ont rencontré les représentants des salariés : le n°2 de Canal+ Jean-Christophe Thiéry, le patron de la chaîne d'info Serge Nedjar, le directeur des antennes Gérald-Brice Viret et la directrice des ressources humaines du groupe, Sandrine Morin.

A la sortie de la réunion, Antoine Genton, président de la Société des journalistes d'iTELE, a assuré que "tous les sujets avaient été évoqués". Après cette première session mercredi après-midi, les discussions pourraient reprendre jeudi matin, car la direction doit apporter des réponses et plus de précisions sur son projet.

Entre temps, mercredi soir, le site d'information Les Jours a annoncé que le banquier d'affaires Mathieu Pigasse, déjà propriétaire des Inrocks, de Radio Nova, et co-propriétaire du Monde (avec Xavier Niel et Pierre Bergé), serait prêt à faire une offre d'achat de iTELE si Vincent Bolloré choisit de mettre la chaîne en vente.

La CSA pourrait se saisir du dossier

Le 24 octobre, la SDJ et les représentants syndicats de iTELE ont écrit une lettre au Conseil supérieur de l'audiovisuel pour dénoncer ce qui leur paraissent être des violations de la convention entre la chaîne et le CSA. Après avoir convoqué Jean-Christophe Thiéry, le n°2 de Canal+ il y a une semaine et s'être déclaré "vivement préoccupé quant à la pérennité de la chaîne", le régulateur a commencé à examiner cette plainte et une vingtaine de signalements de téléspectateurs jugées recevables. Un examen qui pourrait aboutir à des sanctions.

Cagnotte de solidarité

Après onze jours de grève, une cagnotte de solidarité a été lancée sur le net pour aider les grévistes. Près de 200 personnes y ont déjà contribué. Elle s'ajoute à la solidarité des salariés d'iTELE eux même et de Canal +.

Depuis le lundi 17 octobre, les journalistes votent chaque matin la grève à plus de 80% des voix, et de nombreuses autres rédactions et personnalités leur ont apporté leur soutien en manifestant devant iTELE et en tweetant avec le hashtag #JesoutiensiTele.

Le gouvernement appelé à intervenir

Mercredi, la CGT a exhorté le gouvernement à intervenir. L'organisation syndicale vient en écho au sénateur de Paris David Assouline, qui demandait une médiation dès mardi pour remédier au blocage.

Peu de politiques ont pris position dans ce conflit jusqu'à maintenant. Après Benoît Hamon, Nathalie Kosciusko-Morizet et le parti communiste, Jean-Christophe Cambadélis a critiqué à son tour mercredi la gestion de la crise et en a appelé au Conseil supérieur de l'audiovisuel.
Dans un éditorial publié mercredi, Le Monde note "le peu d'empressement des politiques à se signaler dans le dossier", qui "révèle la puissance financière de l'homme d'affaires".

Débat des primaires maintenu

La grève ne devrait cependant pas remettre en cause l'organisation du deuxième débat de la primaire de droite, prévue le 3 novembre sur iTELE et BFMTV. Les salariés se sont engagés mercredi à organiser le débat, "quelle que soit l'évolution du conflit". C'était "un engagement pris depuis longtemps" explique la Société des journalistes, qui parle d'un "moment important du débat démocratique".

Après avoir déménagé brutalement des bureaux d'iTELE pour faire place à la rédaction de Direct Matin (également propriété de Bolloré), la direction a désactivé mercredi les badges des pigistes, selon des journalistes, mais ils ont été rapidement réactivés après la protestation de représentants syndicaux.

Plusieurs figures de la chaîne ont annoncé ces derniers jours leur départ, du rédacteur en chef Alexandre Ifi au chroniqueur spécialiste des questions internationales, Olivier Ravanello.

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