"Bernard Arnault, patron de LVMH, possède, par exemple, un patrimoine équivalent à la valeur de l’ensemble des logements de Toulouse", remarque l'Observatoire des inégalités dans son rapport.

Des étudiants attendent pour recevoir de la nourriture, lors d'une distribution du Secours Populaire à Strasbourg le 12 janvier 2020.
Des étudiants attendent pour recevoir de la nourriture, lors d'une distribution du Secours Populaire à Strasbourg le 12 janvier 2020. © AFP / Frederick Florin

Il est encore trop tôt pour dresser un vrai bilan, mais des tendances se dessinent. L’Observatoire des inégalités dévoile son rapport ce mercredi et bien que des chiffres publiés dans l’étude "datent d’avant le début de la crise" reconnaît l’Observatoire, tout un chapitre est consacré aux premiers effets de l’épidémie de Covid-19 sur les inégalités, qui se renforcent.

Le nombre de pauvres a-t-il explosé ?

L’Observatoire des inégalités rappelle qu'une personne est considérée comme pauvre lorsqu'elle "vit avec moins de 885 euros par mois". À l’inverse, on est considéré comme riche "à partir de 3 542 euros par mois". 

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, trop de fausses informations concernant la pauvreté circulent s’offusquent les auteurs de ce rapport. Notamment sur le nombre de pauvres en France. La crise sanitaire et ses conséquences économiques auraient fait basculer un millions de français dans la pauvreté, selon des associations. Louis Maurin, le directeur de l’Observatoire des inégalités, s’emporte contre ce chiffre : 

Rien ne dit que l’on a un million de pauvres supplémentaire. Il y a aucun élément qui permet statistiquement de le dire !

 L'évolution du nombre de foyers allocataires du RSA.
L'évolution du nombre de foyers allocataires du RSA. / Observatoire des inégalités

Les plus riches ont épargné

Si les aides apportées par le gouvernement, le "quoi qu’il en coûte" ont permis d’amortir l’impact de la crise, les inégalités se sont amplifiée en 2020. "Deux France" se distinguent estime l’Observatoire des inégalités : "celle des épargnants au sens large, pas uniquement les grandes fortunes et celle des plus précaires". "Le contraste est très fort entre des populations en difficulté croissante et de l’autre une population qui met de l’argent de côté, qui investit dans l’immobilier" insiste Louis Maurin. Il poursuit : 

On a largement maintenu les revenus des catégories des plus aisés, qui ont profité de la crise pour épargner

Or, à eux seuls, les 10% des plus fortunés possèdent 46,4% de l’ensemble du patrimoine des ménages avant même la crise sanitaire. "Le patrimoine médian des ouvriers non qualifiés (la moitié possède moins, l’autre moitié plus) est de 12 300 euros" écrit le rapport. "Chez les cadres supérieurs retraités, il est de 397 000 euros, soit 32 fois plus." L’Observatoire des inégalités note également que "Bernard Arnault, patron de LVMH, possède, par exemple, un patrimoine équivalent à la valeur de l’ensemble des logements de Toulouse."

Les jeunes, les grands perdants de 2020

Le rapport de l’Observatoire des inégalités consacre tout un chapitre à la crise sanitaire, et propose un premier bilan. "Dans le camp des perdants" peut-on lire, il y a les salariés ayant fait du chômage partiel. Il a concerné près de 10 millions de travailleurs au plus fort de l’épidémie. 

Un autre chiffre est disséqué par l’Observatoire pour analyser les conséquences de la crise : la hausse du chômage. À la fin 2020, Pôle emploi enregistrait une hausse de 8 % du chômage en un an, soit 270 000 demandeurs d’emploi supplémentaires. Si ces données "n’incluent pas ceux qui sont découragés de rechercher du travail" affirme les auteurs, "elles ne prennent pas en compte non plus les indépendants dont l’activité s’est arrêtée, ni les 'petits boulots' non déclarés". Puis, ils s’arrêtent sur la difficulté des jeunes pour s’insérer dans le marché du travail : "La génération de jeunes fraîchement diplômés, qui trouve des conditions d’embauche particulièrement difficiles, ne figure pas dans ces chiffres, alors que le déclassement qu’elle subit est violent"

La fracture est également générationnelle. Plus d’un jeune sur deux travaillent avec un contrat précaire, en CDD ou en intérim. "Les plus touchés en termes de revenus par les conséquences de la crise sanitaire sont les jeunes actifs qui ont perdu un contrat précaire et n’avaient pas assez cotisé pour avoir droit à des indemnités chômage" explique l’Observatoire des inégalités.