Les services de police judiciaire et de renseignement réclament des mesures concrètes urgentes car ils sont dans le "brouillard".

Messageries cryptées, les services de police judiciaire et de renseignement réclament des mesuresurgentes
Messageries cryptées, les services de police judiciaire et de renseignement réclament des mesuresurgentes © Maxppp / picture alliance / Jochen Eckel

Bernard Cazeneuve reçoit ce mardi son homologue allemand Thomas de Maizières. Le moteur franco-allemand veut se mettre en marche contre les terroristes qui utilisent "le cryptage", c’est-à-dire le chiffrement de leurs communications orales et écrites. À l'issue de la rencontre place Beauvau, une initiative devrait être annoncée.

A l'issue du conseil de défense du 11 août, Bernard Cazeneuve expliquait que "beaucoup des messages échangés en vue de la commission d’attentats terroristes le sont désormais par des moyens cryptés". pour le ministre de l'Intérieur "la nécessité d’y faire face se situe au plan international, parce que ce n’est pas un pays seul qui peut prendre des initiatives"

Le chiffrement des communications, une question centrale dans la lutte antiterroriste

Les services de police judiciaire et de renseignement réclament des mesures concrètes urgentes car ils sont dans le "brouillard", comme l'explique le commandant Christophe Rouget, membre du syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI-CFDT, syndicat majoritaire chez les officiers) :

Nous permettons à des terroristes d’utiliser ces réseaux sociaux pour faire de la propagande et préparer des actes terroristes. C’est un scandale ! Si nous sommes en guerre et si ce n’est pas seulement des mots, alors il faut prendre des mesures pour que les services de police puissent suivre en direct ces messageries et protéger nos citoyens. Il y a-t-il une atteinte à la liberté différente si on vous écoute sur Snapchat et WhatsApp par rapport à Orange ou SFR ? Non, donc il faut prendre des mesures d’urgence pour être efficaces dans cette lutte. On est dans un cadre légal et borné, que ce soit administratif ou judiciaire, avec des réquisitions et des juges qui suivent ces informations. C’est juste la technologie qui a changé, la finalité est la même : communiquer entre deux personnes. C’est important que les policiers qui sont aujourd’hui dans le brouillard, puissent demain anticiper ces actes terroristes.

Bras de fer ou ou accord ?

Face à un iPhone chiffré ayant appartenu aux auteurs de l’attentat de San Bernardino, le FBI a engagé, au début de l'année, un bras de fer avec Apple, qui n'a jamais accepté de débloquer le téléphone. Le FBI a finalement trouvé une autre solution. Le gouvernement britannique a longtemps tenté d'obliger les opérateurs du net à lui fournir des clefs de déchiffrement les messages, ou d’installer des "portes dérobées" dans leurs logiciels.

Dans l'entourage de Bernard Cazeneuve, on précise qu'il ne s'agit pas de s'attaquer au chiffrement, au cryptage des téléphones ou des communications, d'autant que même Interpol et l'agence nationale française des système de sécurité informatique (ANSSI) ont affirmé cet été qu'il faut mieux se protéger avec plus de chiffrement, justement. La stratégie serait d'y aller en douceur, mais le plus rapidement possible.

D'abord, réussir à obtenir des interlocuteurs sur la durée avec les responsables des applications et des sociétés qui proposent des services gratuits ou payants de communication indécryptables en temps réel. Ensuite les inviter à discuter, à négocier, comme ce fut le cas en octobre 2014 à Luxembourg avec les plus grands opérateurs. Discuter, négocier sans imposer dans un premier temps, comme avec Twitter qui a fermé 235 000 comptes vecteur de haine et de terrorisme.

Mais après les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse pratiquée par la NSA américaine, le "moteur franco-allemand" devra convaincre qu'il s'agira uniquement de coopérer pour lutter au cas par cas contre le terrorisme ou la grande criminalité organisée, et pas d'obtenir des facilités pour espionner des chefs d'entreprise, des personnalités politiques ou des journalistes.

Un collectif de personnalités du monde numérique défend l'utilisation du cryptage

Ces personnalités, parmi lesquelles figure Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil, a publié lundi sur le site du Monde une tribune intitulée "Chiffrement et lutte contre le terrorisme: attention à ne pas se tromper de cible" qui défend le chiffrement comme moyen de protection des entreprises et des citoyens.

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