Des scientifiques de l’Inra et d’AgroParisTech ont installé un potager, à Paris, sur le toit d'un immeuble. Après cinq ans d'expérience, ils ont non seulement réussi à faire pousser des salades, mais aussi à recycler les déchets urbains et retenir les eaux de pluies.

Une expérience montre que l'on produit autant sur un toit qu'en maraîchage professionnel.
Une expérience montre que l'on produit autant sur un toit qu'en maraîchage professionnel. © Maxppp / Christian Watier

Cultiver ses légumes en ville, c'est possible et ce n'est pas qu'une mode. Même plus besoin de jardin partagé, des chercheurs de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) et d’AgroParisTech ont trouvé la parade : faire pousser des salades sur les toits. L'expérience a débuté en 2012, autour de quatre points : "Quelle culture, sur quel substrat, avec quelle production et quel service écosystémique rendu", détaille Christine Aubry, chercheur à l'Inra et professeur-consultant à AgroParisTech.

Valoriser les déchets de la ville

Sur ce toit de l'école d’ingénieur, situé dans le cinquième arrondissement de Paris, il y a une trentaine de bacs en bois posés sur le sol. Un coin de verdure ou on croise de la mâche, mais aussi des fèves et des herbes aromatiques. Particularité de ce potager, il n'y a pas de terre dans les bacs, mais des déchets organiques qui habituellement finissent à la poubelle, comme l'explique Christine Aubry : 

On travaille avec du compost de déchets verts, du mars de café avec du mycélium de champignon, du bois fragmenté, etc. Certains bacs ont également des déchets inorganiques comme de la brique concassée. L'idée c'est de pouvoir cultiver tout en valorisant les déchets de la ville.

Dans les bacs en bois où poussent les légumes, il n'y a pas de terre mais des déchets organiques.
Dans les bacs en bois où poussent les légumes, il n'y a pas de terre mais des déchets organiques. © Radio France / Sandy Dauphin

La pollution n'influe pas sur la qualité des légumes

Ce potager sur le toit ne permet pas seulement de recycler des déchets. L'expérience montre qu'il s'avère également utile pour retenir l'eau de pluie qui ruisselle en ville : 

Par rapport à un toit nu qui ruissellerait, on retient dans les bacs entre 75 et 85 % de l'eau qui tombe. Donc c'est vraiment un service de rétention d'eau qui est important. La ville de New York finance aujourd'hui ce service, parce que, disent-ils, ça leur évite d'augmenter la taille des tuyaux pour récupérer l'eau qui tombe des toits.

Par ailleurs, selon Christine Aubry, la pollution urbaine ne nuit pas à la qualité des légumes : "Nous avons pu l'établir sur plusieurs années : nous sommes très en dessous des normes européennes de commercialisation en ce qui concerne les métaux lourds. Si on est suffisament loin et suffisamment haut des lieux d'émission, oui, on peut cultiver de manière tout à fait saine."

Cultiver bien et cultiver relativement beaucoup : le potager produit l'équivalent de 40 à 80 tonnes par hectare et par an. Soit l'équivalent de ce qui est obtenu en maraîchage périurbain professionnel, selon Christine Aubry.

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