"Plus beau pied gauche du foot", l'aura de Diego Maradona, fervent soutien d'une gauche prolétarienne, avait dépassé depuis longtemps l'enceinte des stades pour atteindre les arcanes de la politique. Les hommages de nombreuses figures politiques en témoignent, depuis l'annonce de sa disparition.

En mars 2005, rencontre entre Diego Maradona et Lula Da Silva, à l'époque président du Brésil
En mars 2005, rencontre entre Diego Maradona et Lula Da Silva, à l'époque président du Brésil © AFP / RICARDO STUCKERT / PLANALTO / AFP

Comme l'avalanche de réactions qu'elle a entrainé dans le monde du ballon rond, la mort de Diego Maradona a aussi provoqué l'émoi dans la classe politique, tant l'aura de ce joueur, enfant des bidonvilles argentins et soutien de la gauche mondiale, a dépassé le simple cadre de la pelouse des stadiums.

"Danseur en crampons" pour Emmanuel Macron

Un vibrant hommage a été rendu,  dans les heures qui ont suivi l'annonce du décès, par Emmanuel Macron, estimant que cet "artiste", ce "génie", "ce joueur somptueux" est "le plus grand footballeur de tous les temps", celui qui "a fait la révolution sur le terrain". 

Le président, fan de football, s'est ainsi adressé à "tous ceux qui ont économisé leur argent de poche pour compléter enfin l'album Panini Mexico 1986 avec sa vignette, à tous ceux qui ont tenté de négocier avec leur compagne pour baptiser leur fils Diego, à ses compatriotes argentins, aux Napolitains qui ont dessiné des fresques dignes de Diego Rivera à son effigie". Emmanuel Macron fait ainsi référence, dans son hommage, à ce geste qui a marqué l'enfant de 8 ans qu'il était, sans doute alors devant sa télé : un but de la main contre l'Angleterre en quart de finale du Mondial-1986, aussitôt rebaptisé "main de Dieu", et qui restera comme l'une des images les plus mémorables de l'histoire du football : 

"La main de Dieu avait déposé un génie du football sur terre. Elle vient de nous le reprendre, d'un dribble imprévu qui a trompé toutes nos défenses" - Emmanuel Macron.

"Voulait-elle, par ce geste, trancher le débat du siècle : Diego Maradona est-il le plus grand joueur de football de tous les temps ? Les larmes de millions d'orphelins y répondent en ce jour par une évidence douloureuse" poursuit, lyrique, Emmanuel Macron. Pour le président français, Maradona a été un "danseur en crampons", dont le football "n'avait rien de récité" grâce à "une inspiration toujours renouvelée" et qui "incarnait la magie du jeu".

Un joueur "géopolitique"

Emmanuel Macron rappelle aussi, dans ce communiqué, que ce quart de finale de la Coupe du monde, le 22 juin 1986 à Mexico, fut éminemment politique : l'Angleterre de Margaret Thatcher, face à l'Argentine, avec qui elle se trouve en conflit sur les îles Malouines : "Il lui restait à écrire l'histoire d'un pays meurtri par la dictature et par une défaite militaire. Cette résurrection a lieu en 1986, dans le match le plus géopolitique de l'histoire du football", dans lequel il a ramené ainsi la "coupe du peuple". Toutefois, le président français note que "ses expéditions auprès de Fidel Castro comme de Hugo Chavez auront le gout d'une défaite amère".

Une remarque qui n'a pas été du goût des admirateurs de Maradona dans les rangs de la gauche, comme Jean-Luc Mélenchon (LFI) qui a tenu à rappeler que le joueur était avant tout "un compagnon de combat" : 

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Ailleurs dans les rangs de la France insoumise, Eric Coquerel a rappelé lui aussi la lecture politique du jeu de crampons de la légende argentine du foot : "Il restera celui qui, de deux buts divins, un de la main, l’autre d’un exploit solitaire de 60 mètres, redonna la fierté à tout son peuple après la perte des Malouines".

Surnommé "le Che du sport" par Fidel Castro, son "second père", "amoureux" d'Hugo Chavez et "soldat" de Nicolas Maduro, Diego Maradona avait en effet toujours montré un fervent engagement politique à gauche. À tel point que le joueur avait tatoué, au mollet gauche, l'effigie de Castro, et à l'épaule droite, l'autre figure de la révolution cubaine, l'Argentin Che Guevara. Une couleur politique que n'auront pas manqué de rappeler, après l'annonce de sa disparition, des figures de la gauche d'Amérique Latine, comme le président bolivien Nicolas Maduro, qui a tweeté la vidéo de la rencontre entre Fidel Castro et Maradona. Ou encore L'ex-président brésilien Lula, qui explique, dans un hommage vidéo, que Maradona avait "continué à jouer pour les pauvres du monde entier".

"L'histoire a voulu qu'ils partent le même jour", lui a rendu aussi hommage le ministère des Affaires étrangères de Cuba, ce mercredi 25 novembre 2020, quatre ans jour pour jour après celle de Castro.

"Le plus grand de tous" pour le président argentin

En Argentine, terre natale du "Pibe de Oro", l'hommage sensible du président français a été souligné par son homologue Alberto Fernandez : "Le texte écrit par Emmanuel Macron impressionne par sa sensibilité (...) un texte qui va droit au coeur"

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"Tu nous a emmenés sur le toit du monde. Tu nous as rendus immensément heureux. Tu as été le plus grand de tous" - Alberto Fernandez

Le président argentin avait décrété trois jours de deuil national, ainsi qu'une veillée funèbre ce jeudi.

"Addio Diego" en Italie

Du côté des élus italiens, les hommages ont aussi afflué, en souvenir de la carrière italienne du joueur à Naples (de 1984 à 1991, club à qui il a rapporté les deux seuls titres de champion de son histoire) : "Éternel champion", pour le président du conseil des ministres Guiseppe Conte, ou "Éternel 10" pour Matteo Renzi son prédécesseur. 

Même Silvio Berlusconi (ancien premier ministre italien et ex-président de l'AC Milan, grand rival de Naples) n'a pas dérogé à la règle de l'hommage, avec son tweet 'Addio Diego' : "Un grand champion dans la vie et un adversaire extraordinaire sur le terrain. Avec Maradona nous quitte un symbole et un étendard du football. Cela me fait beaucoup de peine." 

En Espagne, où Maradona a joué au FC Barcelone (1982-84), le chef du gouvernement Pedro Sanchez a rappelé la force de la légende : "Avec ta main gauche tu as dessiné les rêves de plusieurs générations".

Marseille, le rendez-vous raté

En 1989, Bernard Tapie manque de signer El Pibe de Oro à Marseille, un rendez-vous raté que les fans de l'OM se racontent encore aujourd'hui. L'ex-président du club de l'Olympique de Marseille a réagit dans les colonnes du magazine "Le Point" : "Sa disparition me bouleverse vraiment. Pour moi, il était le meilleur footballeur du monde. Devant Pelé, devant Beckenbauer, devant Platini, devant Zidane. (...) J'ai toujours regretté que ce transfert n'ait pas eu lieu". Un raté qui perdure dans la culture foot de la ville, dont les élus ont été nombreux à se rappeler Maradona : le président de région Renaud Muselier ("Le plus beau pied gauche de l'histoire du foot") ou l'actuel premier adjoint à la maire de la ville, Benoit Payan, qui cite la chanson de Manu Chao en l'honneur du joueur. Michèle Rubirola, maire de Marseille, a, en toute logique, remercié celui qui l'a "inspiré" : 

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