A l’approche des fêtes de fin d’année, il y a de fortes chances que vous envoyiez (ou receviez) des voeux en emoji. Mais comment cela fonctionne-t-il ?

C'est l'arrivée des emoji sur iOS et Android qui a popularisé leur utilisation
C'est l'arrivée des emoji sur iOS et Android qui a popularisé leur utilisation © AFP / Miguel Medina

Le petit sapin de Noël 🎄, l’étoile 🌟, le père Noël 🎅, un cadeau 🎁, un bisou 😘 ou même un gros coeur ❤️ : ce week-end et le week-end prochain, vous aurez l’embarras du choix si vous voulez souhaiter un joyeux Noël ou une bonne année en faisant appel aux emoji, les fameux petits symboles disponibles sur les smartphones et dans des applications de plus en plus nombreuses.

L’utilisation des emoji est de plus en plus répandue. Selon le rapport 2016 de l’application Emogi, qui propose des applications de claviers virtuels, 49% des utilisateurs de smartphones envoient tous les jours des emoji dans leurs messages. En 2016, selon l’estimation de ce même rapport, 2,3 milliards de messages auront été envoyés avec au moins un emoji à l’intérieur.

Mais au juste, c’est quoi un emoji ?

Le mot japonais "emoji" est composé à partir de "e", qui signifie "image" et "moji" qui désigne les lettres. Sa meilleure traduction française serait donc "pictogramme". L’emoji est donc un pictogramme qui traduit un sentiment ou une activité de sorte à être compris universellement, de la même façon par un utilisateur français ou chinois.

En termes typographiques, un emoji est considéré comme un "dingbat", c’est-à-dire un caractère qui représente un dessin et non un chiffre ou une lettre.

Qui les a créé ?

L’écrivain Gavin Lucas, qui a consacré un livre entier aux emoji, note que les emojis ont de nombreux ancêtres : les premiers émoticones typographiques, comme ":-)", dont la première apparition remonte à… 1648 dans un poème du Britannique Robert Herrick (et pour la première fois sur un écran d’ordinateur en 1982) ! Mais aussi le fameux Smiley jaune créé dans les années 60, les typographies comme Zapf Dingbats (très populaire dans les années 90 car l’une des rares permettant d’insérer des dessins dans une page de texte) ou encore l’art ASCII, qui consiste à créer des dessins à partir de caractères.

Mais le premier véritable emoji, tel qu’on les connait (presque) aujourd’hui, date de 1995, et c’est un coeur : l’opérateur japonais NTT Docomo intègre un caractère en forme de coeur à ses "pagers" (équivalent du Tatoo ou du Tam-Tam, pour les nostalgiques). Et en 1999, le directeur artistique Shigetaka Kurita crée une première série de 179 emoji - acquise depuis quelques semaines par le MoMA, le musée d’art moderne de New-York.

1999 ? C’est si ancien ?

Oui ! Dans les années 2000, c'est sur les ordinateurs de bureau que les emoji ont eu leur heure de gloire, grâce aux messageries instantanées, notamment le désormais culte MSN Messenger.

Mais pour voir réellement les emoji envahir le monde de la téléphonie mobile, il faut attendre plus de dix ans. La raison : si vous envoyiez un emoji à un correspondant qui n’avait pas un appareil de la même marque que vous, il ne pouvait pas le voir. Et ce problème a persisté jusqu’à l’arrivée des smartphones, expliquant que jusque-là, ce sont les smileys typographiques qui ont mené la danse. ;-)

Que s’est-il passé ensuite ?

Les emoji ont été intégrés au standard Unicode. Il s’agit d’une norme informatique qui définit précisément des caractères de sorte qu’ils soient compréhensibles de la même façon quel que soit l’appareil que vous utilisez. Très pratique notamment pour les langues qui utilisent un alphabet autre que l’alphabet latin, il n’intégrait jusqu’alors pas les emoji.

Mais avec l’arrivée de l’iPhone d’un côté et des téléphones Android de l’autre, Unicode a dû se plier aux demandes d’Apple notamment et intégrer, en 2010, des emoji. Cela signifie que chaque emoji que vous tapez sur votre appareil correspond à un code, lisible, et donc traduisible universellement sur tous les appareils. C’est cela qui a permis le succès considérable des emoji.

Pourquoi y a-t-il un emoji "pizza" et pas d’emoji "blanquette de veau" ?

La question est récurrente : pourquoi tel ou tel emoji n’existe-t-il pas ? Selon l’enquête publiée en novembre par Emogi, 75% des utilisateurs réguliers seraient favorables à un plus grand choix d’emoji.

La palette des emoji disponibles évolue assez lentement. Car avoir des symboles utilisables sur toutes les plateformes demande de la coordination, et donc du temps. Le choix de ces petits symboles est l’affaire d’une association nommée le Consortium Unicode, qui réunit les géants des nouvelles technologies (Apple, Google, Facebook, etc.) mais aussi des entreprises qui deviennent membres pour proposer des nouvelles entrées ou pour se tenir au courant du processus de décision.

"Tous les membres peuvent proposer de nouveaux emoji, mais seules les grandes entreprises décident", explique Albin Perigault, membre du consortium et fondateur de l’entreprise Strip Messenger. "Pour avoir le droit de vote, il faut payer un droit d’entrée très élevé", explique-t-il. Il faut en effet débourser 18.000$ par an pour avoir voix au chapitredans le choix de nouveaux emoji à intégrer à Unicode.

Ensuite, l’association se réunit plusieurs fois par an pour décider quels emoji feront leur entrée ou pas dans la version suivante de la norme Unicode. Ce qui donne parfois lieu à des débats endiablés : la question de l’intégration des drapeaux régionaux par exemple a suscité de vives discussions (mais ils arriveront finalement prochainement), tout comme celle d’un emoji représentant un préservatif, défendue par plusieurs fabricants (mais toujours pas approuvée par le consortium). Le mois dernier, une journaliste américaine a raconté son parcours du combattant pour faire reconnaitre l’emoji "ravioli".

Et après ?

Une fois les caractères emoji ajoutés à Unicode, reste à chaque plateforme de l’adapter à sa propre sauce. Car dans le standard Unicode, les emojis sont représentés sous la forme d’une courte description. Par exemple, le plus utilisé de tous les emoji s’appelle officiellement "Visage avec larmes de joie" 😂. Ensuite, que le visage soit rond ou pas, que les larmes soient bleues ou blanches, qu’il y en ait deux ou quatre, cela reste à l’appréciation de celui qui l’adapte.

Ce qui donne parfois lieu à des différences d’une plateforme à l’autre. Par exemple, pour l’emoji "Chanteur homme", Apple et Android ont créé un emoji à l’effigie de David Bowie 👨‍🎤 … mais ni Facebook ni Twitter. Un petit David Bowie envoyé depuis Android deviendra un chanteur lambda dans Facebook Messenger.

Ces différences peuvent parfois prendre l’allure d’une prise de position : cet été, Apple a annoncé que la nouvelle version de son système iOS ne contiendrait plus de revolver, mais un pistolet à eau 🔫 . En réalité, Apple s’est contenté de modifier l’allure de l’emoji Unicode "pistolet". Ce qui signifie qu’un pistolet à eau envoyé depuis iOS deviendra un vrai pistolet sur Android.

Des chercheurs se sont penchés sur les différences de compréhension selon l’allure d’un emoji, et ont notamment relevé que l’emoji "visage grimaçant avec des yeux souriants" 😁 est perçu comme plus ou moins joyeux selon la plateforme utilisée. Il a depuis été modifié sur les appareils iOS.

Quel avenir pour les emoji ?

Le catalogue défini par Unicode va continuer à s’étoffer : de nouveaux emoji ont déjà été présélectionnés pour une validation en 2017 (et donc une arrivée prochaine sur les différentes plateformes) : on y trouvera par exemple un visage qui fait "chut", une femme qui allaite son enfant, une girafe, ou encore une tourte ou un bretzel (la blanquette de veau n’est plus très loin) !

Et si vous n’en avez pas assez, vous pourrez vous rassasier au cinéma : un film sur les Emoji sortira l’été prochain. XD.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.