Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, entré au capital de plusieurs médias, dont Le Monde, est en visite à Paris. Il défend ses investissements motivés "par l'ambition de soutenir la démocratie européenne et de lutter contre le populisme".

Daniel Kretinsky en 2019 à Paris
Daniel Kretinsky en 2019 à Paris © AFP / Thomas Samson

"A l'époque communiste, la France pour moi, c'était le monde libre que je ne connaissais pas mais que j'adorais", explique Daniel Kretinsky au micro de France Inter, qui l'a interrogé à l'issue de sa prise de parole aux Rencontres de l'Udecam à Paris (un rendez-vous pour les publicitaires et professionnels des médias). Il justifie ainsi ses investissement dans la presse française: "les informations doivent être indépendantes, pertinentes, équilibrées, transparentes sur la source. Quelle différence avec la nouvelle période digitale !", dit-il en français.

Daniel Kretinsky a investi dans plusieurs médias français l'an dernier (les magazines Marianne, Elle, Version Femina, Art & Décoration, Télé 7 Jours, France Dimanche, Ici Paris et Public, ainsi qu'une entrée au capital du Monde), ainsi que dans l'énergie (son groupe vient d'acquérir deux centrales à charbon). Il a refusé en revanche d'aller plus loin pour expliquer la vision qu'il a pour le journal Le Monde. 

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Daniel Kretinsky

Par Béatrice Dugué

"L'ambition de soutenir le journalisme traditionnel est l'ambition de soutenir la démocratie européenne et de lutter contre la manipulation et le populisme"

A la tribune, le milliardaire tchèque dont les prises de parole publiques sont rares, a tenu à détailler devant les professionnels des médias et de la publicité, "ses motivations personnelles pour investir dans la presse et plus spécifiquement dans la presse française".

Après un long exposé sur les qualités requises pour être journaliste, Daniel Kretinsky a déploré que le numérique ait "ouvert la porte aux flux massifs et sauvages d'informations à la qualité et légitimité inconnues".

"Pour la première fois dans l'histoire de nos démocraties, nous sommes dans une situation où la population est massivement confrontée aux manipulations, aux mensonges, aux informations pas vraies", a-t-il regretté, s'exprimant en français.

Un phénomène "massivement accéléré par les GAFA" : "Google, mais encore plus Facebook, vit de cette masse énorme d'informations de qualité inconnue", avec pour conséquence d'affaiblir les médias traditionnels et les sociétés démocratiques, selon lui.

"Les jeunes, qui passent la majorité de leur temps sur les réseaux sociaux, votent pour des populistes, des manipulateurs ou des amateurs qui ne comprennent pas le métier de politique. Cela a des conséquences très graves en Europe et je suis persuadé que cette tendance va s’accélérer", a ajouté le magnat.

Il a "l'ambition de soutenir le journalisme traditionnel, l'ambition de soutenir la démocratie européenne et de lutter contre la manipulation et le populisme".

Permettre aux médias européens de trouver des outils technologiques communs

Afin d'y remédier, il a estimé qu'une "action législative" pour responsabiliser les GAFA était nécessaire : "Je ne vois aucune raison pour laquelle une page Facebook avec une audience de millions de personnes n'ait pas la même responsabilité qu'une société médiatique ou un journaliste".

Autre priorité pour les médias selon lui : "trouver des formats européens" permettant à des médias de plusieurs pays de construire des outils technologiques communs.

Il vient aussi de mettre un pied dans la grande distribution hexagonale, avec une petite prise de participation au capital de Casino. 

Le Monde va diffuser à partir de dimanche à 21h30 une émission hebdomadaire intitulée Plan B, à la fois sur Facebook Watch, la plateforme vidéo de Facebook, et sur son propre site. Ces vidéos de 8 minutes sur des thématiques environnementales, diffusées pendant 44 semaines, mettront en avant des personnalités œuvrant pour la planète, a précisé le patron du quotidien, Louis Dreyfus, lors des Rencontres de l'Udecam.  "On a un service Planète très engagé, on est très sourcilleux sur les enjeux environnementaux", a-t-il ajouté, alors que de nombreux médias ont décidé de mettre en avant l'environnement en cette rentrée.  

Pour Le Monde, il s'agit aussi d'accélérer dans la vidéo, avec une équipe dédiée de 12 journalistes et 3 motion-designer (créateurs de graphiques animés, ndlr) qui travailleront sur Plan B.  

Dans ce contexte de tension, la collaboration entre Facebook et les médias traditionnels est "possible et souhaitable", a commenté pour sa part Laurent Solly, patron du réseau social pour l'Europe du Sud.

Au Monde, où il s'est allié à Matthieu Pigasse, ses intentions inquiètent : le pôle d'indépendance du journal (salariés, journalistes et société des lecteurs) a demandé aux principaux actionnaires de s'engager sur un "droit d'agrément", qui leur donnerait un droit de regard en cas de changement de contrôle capitalistique.

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