Au micro de Bruno Duvic, l'académicienne Danièle Sallenave a décrypté la logique sur laquelle va s'appuyer l'Académie française pour féminiser les noms des professions.

Danielle Sallenave
Danielle Sallenave © AFP / JACQUES DEMARTHON

L'Académie française a voté ce jeudi après-midi le rapport qui vise à féminiser les professions. Car les femmes ne sont plus seulement sages-femmes, infirmières et institutrices, mais aussi écrivaine, cheffe, ambassadrice ou Première ministre.

Un vote décisif et très attendu par Danièle Sallenave, académicienne et écrivaine, qui a contribué à l'élaboration du rapport et en explique la logique : "L'Académie ne fixera pas de normes. Elle va essayer de montrer que nous sommes dans une période de transition, qui fait état de quelque chose d'ancien mais de plus en plus présent : la présence des femmes dans de nombreuses fonctions, y compris les fonctions les plus élevées. Il est normal que cela se voit dans la langue."

L'égalité entre les femmes et les hommes doit passer aussi par la linguistique. Mais cette démarche n'est pas "uniquement féministe", affirme-t-elle, c'est aussi une question d'adapter la langue française aux usages : "Pendant longtemps, on a considéré que les fonctions échappaient à la détermination du sexe, mais c'était surtout l'époque où peu de femmes les occupaient, ces fonctions. Au fur et à mesure que les femmes ont occupé ces fonctions, elles ont petit à petit désiré qu'on les nomme au féminin."

L'esthétisme des mots, un faux prétexte

Cela dit, la solution n'est ni définitive, ni universelle, poursuit notre invitée : "Quand j'étais plus jeune, on disait 'doctoresse', maintenant on ne le dit plus. Il y a des professions où la féminisation n'est pas passée, il y a des mots dans lesquels elle est en train de passer, dans lesquels elle va probablement passer [...] S'il y avait des formations qui étaient franchement choquantes par rapport aux règles de la langue, là nous le dirions, mais il ne s'agit pas d'imposer cela d'une manière autoritaire."

Danièle Sallenave alerte toutefois sur la tentation de ne pas retenir une féminisation qui semblerait "moche". Pour l'académicienne, "ces questions d'esthétique datent un peu" : "La beauté, l'esthétique des mots, c'est très subjectif. Cela peut tout à fait changer. Quelque fois, cela peut être un argument pour ne pas changer, donc nous essayons de ne pas du tout utiliser ce genre d'arguments."

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