2020 est l'année internationale des sages-femmes et du personnel infirmier par l’Organisation mondiale de la Santé. Le 5 mai aurait dû être une grande fête pour elles, mais le Covid-19 a détourné nos regards. Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, recèle de nombreuses ressources sur leur histoire.

Traité complet des accouchemens naturels, non naturels, et contre nature, expliqué dans un grand nombre d'observations & de réflexions sur l'art d'accoucher. Tome 1 / . Par le sieur de La Motte
Traité complet des accouchemens naturels, non naturels, et contre nature, expliqué dans un grand nombre d'observations & de réflexions sur l'art d'accoucher. Tome 1 / . Par le sieur de La Motte © BnF/ Gallica

La Bibliothèque nationale de France rend hommage aux soignants depuis le début de la crise du Covid en mettant en avant ses ressources dans un blog dédié. Cette semaine, honneur aux sages-femmes, dont c'était la journée internationale le 5 mai, en compagnie de Nathalie Sage Pranchère, enseignante de l'histoire de la Santé et ancienne représentante des lecteurs de la BnF.

La BnF a numérisé de grands corpus concernant les sages-femmes, des écrits des XVIIIe siècle et du XIXe siècle, des écrits de vulgarisation, des prospectus qui donnent si bien le ton de chaque époque, et même des périodiques syndicaux. 

"Leurs écrits ont fondé la virtuosité d'aujourd'hui"

Les sages-femmes (ce titre remonte au XIVe siècle) ont publié de nombreux ouvrages, jusque vers 1830, conjointement avec des médecins. Leurs traités et méthodes on été nombreux, régulièrement ré-édités, et "ils ont forgé, par leur qualité, la virtuosité des professionnel.le.s d'aujourd'hui", selon Nathalie Sage Pranchère. Ces femmes ont dû lutter contre les dangers de l'accouchement, c'est-à-dire infections et mortalité, et ont dû développer des trésors d'ingéniosité, ainsi que leurs savoirs, pour permettre aux femmes de survivre aux accouchements. 

L'histoire a retenu aussi le premier livre d'obstétrique incluant des données d'anatomie écrit en 1609 par Louise Bourgeois, dite La Boursier.  C'est elle qui a accouché la reine Marie de Médicis. Son approche des causes plutôt que des symptômes a marqué l'histoire des pratiques médicales.

Un peu plus tard, en 1677, on trouve une Instruction familière et très facile, faite par questions et réponses touchant toutes les choses principales qu'une sage-femme doit savoir pour l'exercice de son art, écrit par Marguerite de La Marche. 

Sur le fil Twitter de UntexteUnjour, a été publié cette semaine un extrait de L'Art des accouchements d'Angélique du Coudray, sage-femme sous Louis XV. Ce n'est pas tout à fait le premier manuel, mais la particularité d'Angélique Coudray a été d'aller enseigner en public, partout en France, pour dispenser les bonnes pratiques, pour remplacer la "formation sur le tas" des matrones accoucheuses. 

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"Au fil du temps, les médecins seront de mieux  en mieux formés à l'obstétrique et c'est à partir de la fin du XIXe siècle, qu'ils vont s'imposer dans les publications sur les accouchements et le suivi des grossesses", explique Nathalie Sage Pranchère. Les femmes, elles, publieront plutôt des ouvrages de vulgarisation.

Elles s'appellent Boivin, La Marche, Jonet ou Messager

"Mes coups de cœur, dans les choix de Gallica, vont par exemple au grand manuel d'accouchement de _Marie-Anne Boivin_, et à toutes ses recherches ou ses traductions de textes rédigés en Angleterre", dit Nathalie Sage Pranchère. On peut notamment consulter un Traité pratique des maladies de l’utérus et des annexes, co-écrit avec Antoine Dugès, et accompagné d’un atlas de 41 planches in-fol, dessinées par Boivin elle-même, gravées et coloriées, représentant les "principales altérations morbides" des organes génitaux de la femme. 

Boivin Marie-Anne, Dugès Antoine, Traité pratique des maladies de l’utérus et des annexes, accompagné d’un atlas de 41 planches in-fol., gravées et coloriées
Boivin Marie-Anne, Dugès Antoine, Traité pratique des maladies de l’utérus et des annexes, accompagné d’un atlas de 41 planches in-fol., gravées et coloriées / BnF/ Gallica

Gallica a mis en avant cette semaine une dynastie de sages-femmes, dont l'histoire est liée à plusieurs établissements parisiens. Marie Jonet, née en 1730, est la fille de Dame Jonet, sage-femme jurée à la prison parisienne du Châtelet. Elle suit la même voie que sa mère et va à son tour former sa propre fille, Marie-Louise Lachapelle. En 1775, Marie Jonet, après avoir épousé un officier de santé du nom de Dugès qui lui enseigne quelques rudiments en médecine, devient sage-femme en chef à l’Hôtel-Dieu  de Paris. C'était le seul établissement parisien ouvert aux indigentes. Elles y accouchaient dans des conditions d'insalubrité telles, que Marie Jonet a dû trouver un remède contre les fièvres. 

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Nathalie Sage Pranchère signale aussi le cas de Virginie Messager, sage-femme parisienne qui exerça autour de 1850. Elle a rédigé un remarquable manuel de la jeune mère et s'est intéressée à la période de la ménopause (appelé âge critique). Pour une fois, toutes les étapes du développement féminin ont été prises en compte, même l'adolescence. "Là il s'agit de _textes écrits à l'adresse des femmes pour elles-mêmes_" signale l'historienne.

> ALLER PLUS LOIN : Consultez plus généralement, l’histoire des hôpitaux parisiens rassemblée ici sur Gallica 

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