La plupart du temps, c'est dans les émissions culturelles qu'on entend l'expression. Ce sont avant tout les artistes qui ont un « univers ». On ne parle jamais de l'univers de Franck Ribéry, ni même de l'univers de Nadine Morano. Mais on dit l'univers de Michel Houellebecq, l'univers de François Ozon, l'univers de Kafka – un univers très « kafkaïen »', l'univers de Fellini – un univers très « fellinien », l'univers de Michel Sardou – un univers très... Alors comment qualifier l'univers de Michel Sardou ? « Sardouesque »', pour l'instant, ça n'existe pas. Mais bon, disons qu'il a un univers, c'est-à-dire un petit monde bien à lui dans lequel on n'entre… pas forcément. C'est ça, le principe, avec les univers : on y entre… ou on n'y entre pas. Comme dans les boutiques. On passe devant une boutique de téléphone. On y entre… ou on n'y entre pas. On passe devant une boutique de tatouages. On y entre… ou on n'y entre pas. On passe devant une boutique de chaussures. On y entre. Si l'on est une femme. La chaussure étant l'accessoire principal de l'univers féminin ! Je plaisante… Masculin, féminin : là également on parle d'univers, alors qu'a priori, l'univers est une chose qu'on a tous en commun. C'est ce qu'on apprend à l'école. Il y a la terre et les autres planètes, il y a la lune et les étoiles et les bateaux à voile et tout cela compose l'univers. Lequel, d'ailleurs, est infini, quand il n’est pas « impitoyable »… Peut-on qualifier d’impitoyable l'univers de Michel Sardou ? Et celui de Lara Fabian ? L’autre soir, elle était l'invitée de la nouvelle émission de France 2, « Dans l'univers de ». Ils ont fait « Dans l'univers de Michel Leeb », puis « Dans l'univers d'Elodie Gossuin », programmation haut de gamme, et là c'était donc « Dans l'univers de Lara Fabian »... Bon. L'émission s'arrête. Ça ne marche pas du tout. Mais elle avait de très jolies chaussures, Lara Fabian ! Ah si ! Très jolies ! Et puis on entend aussi beaucoup la formule dans les télé-crochets, « Star Ac' » et « Nouvelle Star », là où des experts de la musique jugent les prestations de chanteurs débutants... « Purée, Benji, tu nous as carrément emmenés dans ton univers. » « Jessifer, j'adore ton univers ». Ou alors, à l'inverse, « Pamantha, moi, je n'aime pas trop ton univers »... Aussi dur à entendre que « je n'aime pas trop tes nouvelles pompes ». Et, parfois, ça donne même : « Ton problème, c'est que toi, tu n'as pas d'univers »... « Ah bon. Première nouvelle ! Vous, vous avez un univers mais moi, j'en ai pas, trop fort, je suis 'hors univers' »... Ne pas avoir d'univers, c'est vraiment l'insulte suprême. Ça signifie d'emblée qu'on est sans intérêt... Pas d'univers, pas d'intérêt. Pas de bras, pas de chance. Parfois, toutefois, y'a pas besoin de faire grand chose pour montrer qu'on a son propre univers. Par exemple les frères Bogdanov. Eux, il suffit de voir leur tête pour se sentir tout de suite dans la 4ème dimension. Chronique (« Gimmick ») du 19.11.10 dans l’émission « Comme on nous parle ».

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