Le hashtag est apparu à la suite de la cérémonie des César, au cours de laquelle le réalisateur Roman Polanski a reçu le César du "meilleur réalisateur". Des centaines de femmes racontent leur traumatisme, affichant leur âge et celui de leur agresseur sur les réseaux sociaux.

Les manifestantes féministes rassemblées devant la salle Pleyel à Paris pour la 45e cérémonie des César, le 28 février 2020.
Les manifestantes féministes rassemblées devant la salle Pleyel à Paris pour la 45e cérémonie des César, le 28 février 2020. © AFP / Denis Meyer / Hans Lucas

Aux côtés du hashtag #CesarDeLeHonte, le #JeSuisVictime accompagne de nombreux témoignages de femmes, et de quelques hommes, qui se disent victimes d'abus sexuels. 

C'est une déferlante: au cours des 48 heures qui ont suivi la cérémonie des César,  plus de 80.000 tweets mentionnant le hashtag ont été publiés, selon la comptabilité dressée par un outil de veille en ligne, Visibrain, pour France Inter. A titre de comparaison, le hashtag #Balancetonporc lancé dans la foulée de l'affaire Weinstein avait donné lieu à 116.000 tweets en 48 heures en 2017.

L'activité des hashtags #jesuisvictime #jesuisunevictime et #jaipasditoui depuis vendredi soir
L'activité des hashtags #jesuisvictime #jesuisunevictime et #jaipasditoui depuis vendredi soir / Visibrain

#Jesuisvictime est apparu après une cérémonie des César agitée. "Bravo la pédophilie !" ou "C'est la honte" s'est exclamé l'actrice Adèle Haenel, en quittant la salle de la 45ème cérémonie des César, alors que Roman Polanski venait d'être nommé meilleur réalisateur pour son film J'accuse. Au même moment, des manifestantes scandaient leur colère devant la Salle Pleyel.

"Des Roman Polanski, il y en a partout"

Sur les réseaux sociaux aussi, la colère se manifeste. "Des Roman Polanski, il y en a partout. Je ne connais pas de filles qui n’ont pas été agressées ou failli l’être au cours de leur vie. Des jeunes, des moins jeunes. Je ne donnerai pas les noms, mais j’ai envie de parler en leur nom sur #JeSuisVictime", a commencé une internaute dans la nuit de vendredi à samedi.

Par la suite, la parole se libère. Des centaines d'histoires, de listes d'agressions s'alignent sur Twitter. Certaines victimes racontent les détails de leur agression, d'autres affichent leur âge et celui de leur agresseur au moment des faits.

Une démarche difficile, puisque nombre de victimes luttent contre les conséquences du traumatisme de souvenirs parfois enfuis. Elles se replongent dans le corps de la petite fille de 7 ans, 12 ans, de la jeune fille de 17 ans... Victime "de mon frère, pendant 6 ans, personne ne sait", raconte l'une. "Je n’ai jamais dévoilé son nom pour ne pas gâcher sa vie malgré qu’il ait gâché la mienne", confie une autre. Certaines vont jusqu'à nommer leur agresseur.

Ces tweets suscitent la plupart du temps des messages de soutien en commentaire, même s'il y a quelques réponses malveillantes. Le collectif féministe #NousToutes a tenu à afficher son soutien : "Nous vous croyons. Vous êtes fortes et courageuses. Vous n’y êtes pour rien. Les violences sont graves et interdites par la loi. Nous sommes à vos côtés". 

Quelques hommes, peu nombreux, ont également témoigné avec ce hashtag qui vise à libérer la parole de toutes les victimes d'abus sexuels, en particulier de pédophilie.

Ce hashtag n'est pas le premier du genre à provoquer une vague de récits d'agressions sexuelles. Ce fut le cas du #MeToo, lancé par l'actrice Alyssa Milano et repris par des milliers de femmes pour dénoncer le harcèlement au travail. Puis, du #BalanceTonPorc, tweeté pour la première fois par Sandra Muller, qui appelait les victimes à accuser nommément leur agresseur.

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