Elles s’appellent Monica, Zelda, Ghislaine. Elles sont transsexuelles et ont toutes défilé le week end dernier à la marche pour les trans et les intersexes. Rencontre.

Racisme et transphobie : la double peine des trans de couleur
Racisme et transphobie : la double peine des trans de couleur © Radio France / Margaux Duquesne

Accrochée à une croix, en signe de souffrance, un code civil à la main et un drapeau LGBT dans autre, Monica Leon déambule à la manifestation Existrans à Paris, la marche pour les trans et les intersexes, munie d’un large sourire. Ancienne victime de persécution policière en Argentine, elle a effectué là-bas des années de prison pour s’être habillée en femme. Réfugiée politique en France, pays qu’elle remercie de l’avoir accueillie, elle n’en demeure pas moins critique sur le fonctionnement de la France et notamment les démarches judiciaire que doivent suivre les transsexuelles pour changer leur état civil. Elle dénonce notamment le non-respect de l’article 9 du Code Civil qui protège le droit à la vie privée.

Monica Leon, victime de persécution en Argentine, emprisonnée pour s'être habillée en femme.
Monica Leon, victime de persécution en Argentine, emprisonnée pour s'être habillée en femme. © Radio France / Margaux Duquesne

La loi Justice du XXIème siècle, adopté le 12 octobre dernier, a permis quelques avancées en démédicalisant la procédure : l’opération chirurgicale, le traitement hormonal et la stérilisation ne sont désormais plus obligatoires pour changer d’état civil mais c’est toujours un juge qui valide ou non ce changement. Pour les manifestantes de la marche parisienne, ces démarches devraient pouvoir se réaliser à la mairie ou à la Préfecture, sur simple déclaration. Ne pas avoir le même sexe que ce qui est écrit sur ses papiers d’identité est un handicap quotidien : impossible de retirer de l’argent à la banque, d’aller chercher un colis ou encore de voyager, sans faire face à l’incompréhension des agents et des autorités qui pensent que ce ne sont pas leurs vrais papiers.

Vivre avec les deux sexes

Pour Zelda, 27 ans, ce n’est pas à un juge de déterminer si elle peut changer de genre : « Ce n’est pas normal : je suis la seule personne à connaître mon genre. Je revendique à un changement d’état civil simplifié, qui n’est pas conditionné par l’approbation d’une personne extérieure qui ne me connaît pas. » Zelda n’a pas entamé les démarches, pour l’instant trop compliquées à réaliser. Elle dit continuer à se « déguiser en homme » quand elle se rend au travail le matin. « Ça prend du temps de ‘transitionner’, et ce n’est pas évident que ce soit accepté par les uns et les autres. »

Ghislaine, 47 ans, aussi a conservé les deux sexes :

« Dans le cadre de mon travail – dans le secteur du bâtiment- je suis en homme. Je vis avec les deux sexes. Dès que je peux, je suis en femme : c’est là que je me sens le mieux, que je me sens moi. J’ai fait mon coming out complet : la peur de ma vie ! Mais quand on vit caché, on a l’impression de vivre dans le mensonge, de faire quelque chose de mal. Alors qu’il n’en est rien. Quelle libération ! Ça ne sert à rien de vivre toute sa vie avec une souffrance abominable. Il n’y a pas une trans dans sa vie qui n’a pas pensé au suicide. »

Les transsexuelles sont environ au nombre de 50 000 en France et pour Lana, 18 ans, qui n’en est pas un mais qui manifeste pas solidarité, il faudrait une vraie éducation du personnel amené à s’occuper des transsexuelles, dans les administrations et les hôpitaux : « Qu’on arrête de pathologiser la transsexualité et le fait d’être transgenre. Ce n’est pas une maladie. » En France, la transsexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale depuis 2010.

 L'Existrans, la marche des trans et des intersexes, a lieu chaque année depuis 20 ans.
L'Existrans, la marche des trans et des intersexes, a lieu chaque année depuis 20 ans. © Radio France / Margaux Duquesne

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