Ce n'est jamais très bon signe quand on est « dans la tourmente ». C'est une belle expression. Ça sonne bien. Mais ce n'est jamais bon signe. La tourmente, c'est l'orage, la tempête. Et ça fait des dégâts, la tempête. Ça décoiffe et ça mouille. Et ensuite on s'enrhume et on mouche. Et quand on mouche on est moche. La tourmente, au sens propre, c'est une tempête violente... Et quand on est en mer, on fait alors appel au ‘tourmentin’. C’est un foc le ‘tourmentin’… Ohé Tourmentin ! Hu ! Hu ! Enfin je veux dire qu’on hisse le ‘tourmentin’… C'est un foc de tempête, le ‘tourmentin’… Une voile en tissu très épais conçue précisément pour résister au gros temps… La tourmente est une tempête violente, mais « de courte durée », précise le dictionnaire. Pourtant, en langage médiatique, la tourmente, par moment, peut durer très longtemps ! Voyez Michèle Alliot-Marie ! Deux mois « dans la tourmente » ! Deux mois ! Et même pas décoiffée. Pas une mèche de travers. Même pas mouillée non plus. Mais bien rincée. Douchée à froid et bien rincée par les semaines de polémique autour de ses vacances en Tunisie. Elle n'avait pas hissé son tourmentin... Hui ! Hui ! Ce sont toujours les polémiques qui provoquent la tourmente. Au sens journalistique du terme. En vrai, ce sont les courants atmosphériques. Le ciel. Ou le seigneur. C'est la colère divine. Fou ! Fou ! Une colère divine violente mais courte. Bref, la tourmente, elle vient d'ailleurs. On peut la provoquer soi-même, volontairement ou pas, mais ce sont toujours les autres qui la fabriquent, avant qu’elle ne s'alimente elle-même : plus on dit d'une personne qu'elle est dans la tourmente et plus elle l'est effectivement. Mais c'est un phénomène extérieur, la tourmente. C'est donc très différent du tourment. Qui, lui, est un sentiment intérieur. On est « dans la tourmente » : phénomène extérieur. On est « dans le tourment » : sentiment intérieur. Et l’on peut parfaitement être « dans la tourmente » sans être « dans le tourment ». Et réciproquement. « Ah vous dirais-je maman ce qui cause mon tourment ? » Ben non ! Michèle Alliot-Marie n'a cessé d'expliquer qu'elle ne se sentait coupable de rien. Elle n'était donc pas « dans le tourment ». « Papa veut que je raisonne comme une grande personne ! » Ben non ! Papa à 93 ans et veut que je l'aide à investir dans une société immobilière. Et moi je dis que les bonbons valent mieux que la raison, et que si, avec les bonbons, on peut avoir en prime un petit aller-retour en jet, c'est encore mieux ! D'une façon générale, celui qui est dans la tourmente, il reconnaît rarement ses responsabilités. John Galliano est « dans la tourmente », mais si on l'écoute, il n'a rien dit de mal. Nelson Montfort est « dans la tourmente », mais si on l'écoute il n'a rien fait de mal... En revanche il mouche. Parce qu'il a chopé un rhume. En commentant le patin à glace. C'est ballot. Un sportif aussi peut être « dans la tourmente »... Parce qu'on le soupçonne d'être dopé. Les cyclistes sont souvent « dans la tourmente ». Ils sont même plus souvent « dans la tourmente » qu'au sommet du Tourmalet. En fait, pour parler vulgairement, « être dans la tourmente », ça veut dire « être dans la merde ». Mais cette expression-là étant un peu délicate à employer, plutôt que de dire « dans la merde », les journalistes disent « dans la tourmente »... C'est plus élégant... D'ailleurs, petit conseil à ceux qui sont dans la tourmente : essayer plutôt de marcher dedans, on dit que ça porte bonheur ! Allez, bon vent ! Bonne mer ! Viens Tourmentin, on y va ! Hui ! Hui ! Chronique (« Gimmick ») du 05.03.11 dans l’émission « Comme on nous parle » :

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