Pour franchir les portes des collèges et lycées, c'est tenue correcte exigée, une règle inscrite dans le règlement intérieur des établissements. Mais filles et garçons ne sont pas égaux face aux codes vestimentaires, une inégalité que les adolescents dénoncent sur les réseaux sociaux où les témoignages pullulent.

Les collégiennes et lycéennes dénoncent une iniquité entre le code vestimentaire accordé pour les garçons et celui pour les filles.
Les collégiennes et lycéennes dénoncent une iniquité entre le code vestimentaire accordé pour les garçons et celui pour les filles. © AFP / Nancy Honey / Cultura Creative

C'est un mot-clé qui a été beaucoup utilisé par les collégiens et les lycéens avec le retour des beaux jours. Sur Twitter, le compte @Payetonbahut rassemble de nombreux témoignages d'adolescentes qui se sont vu interdire l'accès à leur établissement scolaire pour un short, une jupe trop courte ou des épaules dénudées. 

Parmi ces témoins, Jade qui, en classe de troisième, ne rentrait pas dans son collège du Val-de-Marne, sans passer sous le radar vestimentaire de la surveillante : "Elle a décidé notamment que les filles n'avaient pas le droit d'avoir les jambes dénudées alors que cela passait parfaitement pour les garçons dès qu'il faisait un peu beau." 

"Y compris avec des collants, raconte l'ancienne collégienne, cela ne passait pas, elle mettait des avertissements dans les carnets. En fin d'année, on a décidé, avec ma classe, de faire une journée où tout le monde devrait se mettre en jupe ou robe, comme ça ils ne pourraient pas prendre les carnets de tout le monde !"

Résultat, en plus des remarques que les collégiennes pouvaient avoir de la part des garçons, les reproches des surveillantes les incitaient à venir "en jeans", exclusivement.

"Au lieu d'éduquer les garçons, ce sont les filles que l'on restreint"

Des témoignages comme ceux de Jade, la journaliste, autrice et militante féministe Rokhaya Diallo en a recueilli des dizaines sur son compte Twitter. "Ce que je trouve incroyable, c'est qu'on cherche à protéger les jeunes filles des garçons, j'imagine", s'émeut la militante : "Au lieu d'éduquer les garçons, ce sont les filles que l'on restreint."

Et le risque, selon elle, c'est de brouiller le message qui est envoyé aux élèves. "On va demander à des filles très très jeunes de ne pas montrer leurs bretelles de soutien-gorge, par exemple, on leur dit qu'elles sont une distraction pour les garçons", regrette Rokhaya Diallo qui dénonce "une hyper sexualisation des jeunes filles avant même qu'elles n'aient conscience de leur sexualité".

"Je me suis sentie mal à l'aise en me disant que si j'étais embêtée, c'était de ma faute"

Alexandra, 23 ans, en a fait l'expérience : bloquée un premier temps à l'entrée du collège par une Conseillère principale d'éducation (CPE) qui lui reproche d'avoir les épaules dénudées et une jupe un peu trop courte (la collégienne avait laissé sa veste chez elle et dit qu'elle portait "une jupe à peine au-dessus du genou"), la jeune fille en parle à sa mère qui demande des explications. Réponse de la CPE : "C'est pour son bien, pour éviter que les garçons" ne soulèvent sa jupe.

Pour la collégienne, le message renvoyé, c'est qu'elle est responsable des ennuis qu'elle pourrait avoir : "Les garçons eux, ça ne leur ai jamais arrivé, ils pouvaient venir en débardeur sans problème. Moi je devais me changer pour pas distraire les garçons. Je me suis sentie mal à l'aise, en me disant que si je me faisais embêtée c'était de ma faute. Et si on m'embêtait, est-ce que je pourrais aller voir cette CPE ?"

Fille ou garçon, le 25 mai, tous les lycéens sont invités à découvrir leurs jambes pour la journée de la jupe.

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