Impossible de se retenir, impossible de ne pas danser. Parce que les boîtes sont fermées, que les soirées sont très limitées, ces "teufeurs" participent à des "free party" difficiles à contrôler pour les autorités mais dont les organisateurs assurent qu'ils prennent toutes les précautions.

Contrairement à d'autres soirées, c'est là une "free" en petit comité, bien éloignée des milliers de personnes rassemblés le mois dernier à Vincennes.
Contrairement à d'autres soirées, c'est là une "free" en petit comité, bien éloignée des milliers de personnes rassemblés le mois dernier à Vincennes. © Radio France / Léo Tescher

Au milieu d’une clairière, des guirlandes lumineuses au milieu des arbres, un DJ et ses platines. Nous sommes dans une forêt, à une heure en voiture au sud de Paris. C'est ici que se tient, en cette chaude nuit d'été, l'une de ces "free party", ces soirées clandestines qui contournent la fermeture des boîtes de nuit et les strictes mesures sanitaires dans les bars. Depuis le déconfinement, elles se multiplient, partout en France, et notamment autour de la capitale ; d'énormes soirées dans le bois de Vincennes en juillet ou bien une rave party le week-end dernier en Lozère, parfois au détriment des gestes barrières. 

"Le truc qui m'a manqué, c'est danser"

De mémoire de teufeurs, "on n’avait plus vu ça à Paris depuis les années 90". Et si la proportion des personnes infectées par le coronavirus dans le monde a triplé en cinq mois chez les 15-24 ans, si l'Organisation mondiale de la Santé alerte sur les risques de ces soirées et s'interroge – "Est-ce que vous avez vraiment besoin de faire la fête ? –, ces fêtards assurent que danser est un besoin indomptable

Au sud de Paris, dans notre clairière, une centaine de teufeurs profitent et exultent ce soir-là. "J'ai vécu un confinement atroce, toute seule", raconte l'une d'entre eux. "Le truc qui m'a manqué c'est danser, la seule et dernière liberté qui m'appartient."  

Contrairement à d'autres soirées, c'est là une "free" en petit comité, bien éloignée des milliers de personnes rassemblés le mois dernier à Vincennes. Pas de problème donc avec le Covid ? "Quand je vais faire mes courses, je fais la queue, je suis beaucoup plus à proximité des gens et je suis en intérieur. Là on est en extérieur, il faut faire attention, mais...", laisse planer un autre fêtard. Mais... il y a ce besoin de danser. 

"Chacun décide de la manière dont il veut se comporter face au Covid"

L'organisatrice de la soirée raconte le principe : "Les gens portent les masques s'ils le veulent, il y en à dispo, comme du gel hydroalcoolique", rassure-t-elle. "Et chacun a un mètre ou deux autour de lui pour danser tranquillement." 

Histoire de prouver que les choses sont vraiment encadrées, elle poursuit : "Il y a un centre de réduction des risques pour ce qui est prises de drogues. On fait les choses bien, ça peut paraître dangereux, inconscient, mais ça ne l'est pas... Et chacun décide de la manière dont il veut se comporter face au Covid." 

Au petit matin, les teufeurs s’engagent aussi à laisser la clairière propre. C’est l'esprit "free party" : des valeurs d’autant plus importantes à véhiculer aujourd’hui, abonde l'un d'eux. "Que ce soit le partage, la communion, l'écologie... Cette crise sanitaire n'est pas due à n'importe quoi, mais au fait qu'on n'a vraiment pas respecté cette planète et que ça a développé ce genre de maladies... Car ça ne vient pas de nulle part !" 

Arrêter de faire la fête ? C'est non !

"On a l'impression que c'est une grosse punition pour nous", raconte l'une des teuffeuses. "On ne peut pas dire qu'à cause de ça, le monde va aller mal... Se retrouver, faire la fête et faire ce qu'on aime, c'est super bon pour la santé", estime-t-elle.  

Pour certains, la fête est donc vitale. D'ailleurs, la mairie de Paris reconnaît l’émergence d’un vrai phénomène et discute actuellement avec des collectifs pour définir des zones de fêtes autorisées, dans le respect évident de certaines conditions sanitaires.