Depuis l'été 2016 à Calais, une quarantaine d’enfants ont rejoint leur famille en Angleterre de façon tout à fait légale, sans avoir à risquer leur vie, comme Ibrahim et Houda...

Camp de Calais
Camp de Calais © Radio France / Philippe Reltien

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Obtenir le statut de demandeur d’asile

Ibrahim et Houda sont frère et sœur, deux adolescents kurdes d’Irak retrouvés cachés dans une caravane de la "Jungle de Calais" avant d’être hébergés pendant 4 mois dans une famille d’accueil officieuse à Calais. Dominique Mégard, qui les a pris sous son aile avec son épouse, raconte leur histoire :

Le père d’Ibrahim et Houda a été assassiné. En 2008, leur mère est partie en Angleterre en compagnie des trois plus jeunes enfants tandis qu'eux restaient avec leur grand-mère paternelle. Quand leur grand-mère est morte, ils ont revendu ses bijoux et se sont dit "maintenant on va retrouver notre maman".

Ce fut un long voyage. Irak, Turquie, traversée de l'Europe jusqu'à Calais.
Pour retrouver leur mère, cela n’a pas été simple car ni la France, ni l’Angleterre ne voulait entendre parler d’un regroupement familial, car cela aurait pu donner envie aux autres de faire pareil. Mais il existe un dispositif du droit européen qui le permet, l’article 8 du règlement Dublin III daté du 26 juin 2013, que personne ne connaissait jusqu’à ce que se présente le cas « Ibrahim et Houda ». Pour faire jouer ce dispositif légal, il fallait d’abord que ces jeunes obtiennent le statut de demandeur d’asile en France. Il a fallu aller devant le tribunal administratif de Lille car la sous-préfecture de Calais traînait les pieds et lancer une demande de prise en charge à l’Angleterre, 6 mois de procédures , la maman de substitution, Nadine Rubanbleu, s’arrachait les cheveux.

C’est décourageant. C’était entre la sous-préfecture de Calais et celle de Paris, qui ne fonctionnaient et n’avaient pas le même texte. C’est fou, c’est la maison d’Astérix et Obélix ! Monter, redescendre, remonter, à gauche, à droite…

La décision de la justice

Le 11 février dernier le Tribunal de Lille a finalement donné raison à la famille. Il s’en suit une autre bataille juridique, côté anglais cette fois-ci, car l’Angleterre demande une analyse ADN pour être bien sûr que la maman supposée est bien la mère des deux adolescents. La situation se débloque quelques jours avant le Brexit. Cette procédure a été, elle aussi, interminable, explique l’avocate de la famille Marie-Charlotte Fabié :

Il aura fallu attendre que des confrères anglais aillent devant les tribunaux pour qu’une expertise ADN soit faite au Royaume-Uni. Nous avons rencontré les mineurs en novembre 2015 et ils ont retrouvé leur mère le 4 juillet 2016. Ils sont encore un peu moins de 40 et une petite dizaine devrait passer.

Un espoir pour les autres

L'avocate Marie-Charlotte Fabié a donc ouvert une brèche qui permet à des enfants de rejoindre l’Angleterre sans risquer leur vie… Aujourd'hui, les deux pionniers Ibrahim et Houda, ont rejoint leur mère et leurs trois frères et sœurs à Birmingham. Nous leur avons demandé comment ils allaient par l’intermédiaire de Dominique Mégard sur Facebook. Voici la réponse :

"Pour nous ici, c'est plutôt la galère parce que je dors dans le living-room avec mes valises ou avec ma mère et deux autres enfants. La maison est très sale. Souvent il y a des insectes rampants sur les couvertures ou sur les plats à la cuisine. Huda dit que ce sont des serpents, ce sont plutôt des limaces. Il y a aussi des rats, gros comme j'ai jamais vu ailleurs. Voilà notre situation, on n'est toujours pas installés."

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S’ils ne sont « pas installés », la mère et les enfants sont réunis et cela donne de l’espoir pour d’autres. Il y a encore près de 800 mineurs isolés à Calais qui rêvent de passer de l’autre côté de la Manche.

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