Pour la première fois en France, un pilote se disant atteint du « syndrome aérotoxique » porte plainte. Il serait tombé malade à cause de l'air contaminé par les huiles moteurs.

Le commandant d'easyJet qui porte plainte contre X enchaîne les arrêts maladie depuis six ans.
Le commandant d'easyJet qui porte plainte contre X enchaîne les arrêts maladie depuis six ans. © Maxppp / Jean-Luc Flémal

Comme Eric B., commandant de bord français à easyJet, qui porte plainte contre X, ils seraient des dizaines à être victime d'une maladie non-reconnue : le « syndrome aérotoxique ». Des pilotes, des personnels navigants mais aussi des passagers qui développent un certain nombre de troubles à répétition comme des nausées, des gastro-entérites, de grosses fatigues, des vertiges, ou parfois même des pertes de mémoire. Ils pensent tous avoir été contaminés par des neurotoxiques qui circuleraient dans le système de ventilation des avions.

D’où viendrait l’air contaminé ?

Pour pouvoir respirer convenablement en vol, et donc en altitude, il faut que l’air circulant dans la cabine soit chaud et comprimé. Cet air est fourni par les réacteurs de l’avion. Il passe dans les compresseurs des moteurs avant d’être diffusé en cabine. En principe, le circuit qu’il emprunte l’empêche d’être mélangé aux huiles qui lubrifient les moteurs. Mais selon les médecins et chercheurs qui appuient les collectifs de victimes, en cas de fuites dues à une détérioration des joints, l’huile de synthèse chauffée à très haute température se dégraderait et libérerait des fumées toxiques et parfois invisibles qui arriveraient en cabine.

Lanceurs d’alerte ou complotistes ?

Selon les statistiques du transport aérien, seulement un vol sur 2 000 serait affecté par des émanations suspectes. Mais pour certains pilotes, cette statistique est biaisée. Tant qu’ils n’affectent pas vraiment le vol, ces incidents ne feraient pas l’objet de compte-rendu. C’est la mort en 2012 d’un pilote britannique âgé de 43 ans qui a convaincu Eric B. de porter plainte : « L’autopsie a révélé qu’à priori, les causes de son décès sont relatives à ce syndrome aérotoxique. »

Ce pilote français, reconnu inapte depuis juin 2015, se positionne donc à son tour comme lanceur d’alerte :

Ce qui m’indigne, c’est la négation du problème. Le principe de précaution voudrait qu’on s’y intéresse !

Les syndicats des grandes compagnies commencent à s’en préoccuper eux-aussi, comme à Air France où le CHSCT avait demandé une enquête en 2009. Les conclusions n’ont été rendues que six ans plus tard, en mars dernier. Et, même si elles ne s’intéressent qu’à un seul vol entre Paris et la Martinique et qu’elle n’établissent aucun lien de causalité avec la toxicité de l’air des cabines, l'enquête n’écarte pas le risque de pathologies invalidantes.

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