L'UFC-Que Choisir a récemment été victime d'une campagne pour attaquer sa "note" sur les réseaux sociaux, organisée par des opticiens mécontents. Mais l'association est loin d'être la première à subir ce type d'attaque coordonnée. Une méthode qui, jusqu'ici, a toujours été assez peu efficace à long terme.

L'acteur Chadwick Boseman lors de l'avant-première européenne du film Black Panther
L'acteur Chadwick Boseman lors de l'avant-première européenne du film Black Panther © Maxppp / WILL OLIVER/EPA/Newscom

Il aura suffi à l'UFC-Que Choisir de lancer sur son site un comparateur en ligne des prix dans le domaine de l'optique pour attirer l’œil (et la colère) de certains professionnels du secteur. Ils ont donc décidé de lancer une attaque coordonnée pour faire baisser la "note" de l'association, autrement dit diminuer sa réputation sur les réseaux sociaux (ce qu'on appelle du "review bombing"). Et ça marche ! Les avis ont subitement baissé sur Facebook ou sur PagesJaunes.fr, jusqu'à attendre la note infamante d'1 étoile sur 5 dans le pire des cas.

Action, réaction : l'association a lancé un appel à ses adhérents et à ses soutiens pour voter dans l'autre sens. Avec succès : la note frôle désormais les 5 étoiles sur Facebook, notamment.

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Le reportage de Soisic Pellet

Par Soisic Pellet
La note de l'UFC-Que Choisir au 28 février 2018
La note de l'UFC-Que Choisir au 28 février 2018 / Capture Facebook

L'histoire peut paraître anecdotique, mais la méthode est loin d'être originale sur Internet : lobbys, partis politiques, militants ou fans en colère ont souvent tenté de détourner ces systèmes d'évaluation pour des objectifs économiques, politiques, ou juste pour se défouler. Trois exemples récents ont démontré l'efficacité très éphémère de cette petite manipulation.

Quand "l'alt-right" veut dissuader les gens de voir "Black Panther"

LES DÉTAILS DE L'ATTAQUE ► Le film des studios Marvel centré sur un super-héros noir et africain était très attendu, mais certains ne l'entendaient pas de cette oreille. Aux États-Unis mais aussi en France, l'extrême-droite y voyait ainsi un film "raciste" peuplé de gentils noirs et de méchants blancs.

Compte Twitter d'un membre de l'équipe Fdesouche, proche du FN
Compte Twitter d'un membre de l'équipe Fdesouche, proche du FN / Twitter

Outre-Atlantique, certains ont donc tenté de saborder le film dès sa sortie, le 15 février, en bombardant de critiques négatives le site Rotten Tomatoes (une des références des critiques rédigées par des internautes sur le cinéma) afin de faire baisser sa note le plus rapidement possible. Un évènement Facebook avait même été créé pour coordonner l'attaque, officiellement au nom de la défense des films DC contre ceux de Marvel (les deux plus grosses entreprises du monde des super-héros, dont les fans se livrent souvent une guerre sans merci).

SON RÉSULTAT ► Plus qu'un échec, c'est un super-échec. Alerté de la manœuvre, le site Rotten Tomatoes a rapidement bloqué cette pluie d'avis négatifs, identifié leurs auteurs avant de les bannir. Facebook a également supprimé le groupe à l'origine de l'appel. Quant au film, il est bien parti pour être l'un des plus gros succès commerciaux du cinéma mondial cette année.

Quand Kev Adams se découvre des fans presque trop fans

LES DÉTAILS DE L'ATTAQUE ► On est ici dans le cas diamétralement opposé : une campagne massive pour dire du bien d'un film. En 2015, le film français "Les Nouvelles Aventures d'Aladin" avec Kev Adams sort sous un déluge de critiques élogieuses. Enfin, pas vraiment dans la presse, qui l'assassine assez largement, mais sur le site AlloCiné et dans les commentaires des utilisateurs, qui multiplient les notes à 5 étoiles sur 5.

Sauf que ces avis enthousiastes ont fini par mettre la puce à l'oreille des utilisateurs. D'autant que pour beaucoup, ils émanent de comptes tout juste créés, dont c'est la première critique, et aux photos de profil représentant de jolies filles. Il n'en fallait pas plus pour qu'une polémique naisse sur ces "vrais-faux avis", certains allant même jusqu'à imaginer que le studio et le site étaient de mèche pour donner une meilleure image au film à sa sortie (ce qu'ils ont toujours nié).

SON RÉSULTAT ► Le film a été un succès commercial (avec 4,4 millions d'entrée en France) mais dans l'esprit de beaucoup, il est resté lié à cette polémique. Des petits malins se sont même amusés à prendre les faussaires à leur propre piège, en publiant massivement des critiques encore plus enthousiastes, jusqu'au ridicule, comme celle-ci : "Ce film est un monument du septième art, rien de moins. Dépressif depuis de nombreuses années je repense désormais avec nostalgie à mes différentes tentatives de suicide qui me paraissent aujourd'hui insensées". Depuis, le temps a fait son œuvre et les notes sont largement reparties vers le bas.

La moyenne des critiques des Nouvelles Aventures d'Aladin a largement baissé depuis
La moyenne des critiques des Nouvelles Aventures d'Aladin a largement baissé depuis / Capture AlloCiné

Révélée par Aladin, cette technique a aussi connu un petit moment de gloire dans la série "Dix pour cent" (sur le travail au quotidien d'agents de comédiens plus ou moins célèbres), où l'un des personnages lance un retentissant "on va écrire des commentaires sur AlloCiné", comme si c'était désormais un élément de son travail à part entière.

Quand un jeu vidéo s'attire les foudres des fans d'un youtubeur

LES DÉTAILS DE L'ATTAQUE ► PewDiePie est un célèbre vidéaste suédois, connu pour être le plus riche dans son domaine, mais aussi l'un des plus polémiques. En 2017, dans une vidéo où il commente sa partie sur le jeu vidéo "Firewatch", il utilise au détour d'une phrase une insulte raciste. Colère de certains spectateurs, mais surtout du développeur du jeu, qui réclame à YouTube le retrait de la vidéo (supprimée peu de temps après) et se désolidarise du youtubeur.

En représailles, certains de ses fans décident de bombarder de critiques négatives la page du jeu sur Steam (l'une des plus grosses plateformes de vente de jeux vidéo en ligne), espérant faire diminuer ses ventes. Pour la première fois depuis son lancement, le jeu reçoit plus de critiques négatives que positives, faisant passer son niveau de recommandation de "Très positive" à "Mitigée".

SON RÉSULTAT ► Le jeu était déjà sorti depuis un an au moment de la polémique, et avait déjà reçu d'excellentes critiques. Cette affaire a toutefois poussé Steam à réagir, en adaptant un peu son gestionnaire de critiques. Désormais, un graphique est visible qui permet de repérer rapidement si, sur une période précise, on a vu passer un nombre anormalement élevé de notes négatives. Sur celui de "Firewatch", on voit tout de suite le moment où l'attaque a eu lieu, en septembre 2017.

Les avis des joueurs sur Firewatch sont vite redevenues positives
Les avis des joueurs sur Firewatch sont vite redevenues positives / Capture Steam

Le "review-bombing" existe encore aujourd'hui, et continuera sans doute à être utilisé pour son effet de visibilité immédiat. Steam, notamment, assure avoir pris pleinement conscience du problème. Mais comme souvent avec ce type d'actions, tout devient quasi invisible à moyen et à long terme. À peine laissent-elles une petite marque sur les statistiques.

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