[scald=95803:sdl_editor_representation]par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - De l'interrogatoire de Dominique Strauss-Kahn aux malversations présumées des fédérations du Pas-de-Calais, des Bouches-du-Rhône et de la mairie de Strasbourg, les affaires judiciaires perturbent la campagne présidentielle du candidat socialiste, François Hollande.

L'UMP et le Front national ont lancé une offensive sur ce thème mercredi, alors que la garde à vue de Dominique Strauss-Kahn se poursuivait à Lille, que des enquêtes de nature financière se développaient sur des élus PS à Marseille et à Strasbourg et qu'un ex-élu du Nord promettait des révélations dans un livre qui doit sortir jeudi.

L'UMP a demandé à François Hollande de s'expliquer sur les malversations prêtées aux fédérations des Bouches-du-Rhône et du Pas-de-Calais, soulignant qu'il avait été premier secrétaire du Parti socialiste pendant onze ans, de 1997 à 2008.

Plus inattendu, la porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet, a attaqué son rival sur l'affaire privée qui motive la garde à vue de Dominique Strauss-Kahn, depuis mardi à Lille. L'ancien patron du Fonds monétaire international est soupçonné d'avoir bénéficié de prestations de prostituées payées par les fonds de sociétés privées.

"Si Ségolène Royal veut vraiment parler de corruption, c'est à Lille qu'elle doit se rendre", dit Nathalie Kosciusko-Morizet dans des propos rapportés par Le Monde daté de jeudi.

"Il y aura peut-être, au terme de la garde à vue de Dominique Strauss-Kahn des informations intéressantes sur les pratiques des fédérations socialistes du Nord et du Pas-de-Calais. Si François Hollande est là où il est, c'est parce que Dominique Strauss-Kahn est là où il est", ajoute-t-elle.

"FAIT DIVERS"

La patronne du PS Martine Aubry et plusieurs dirigeants ont répondu à propos de ce dossier qu'il s'agissait à leurs yeux d'un "fait divers" et non d'un dossier politique. Selon eux, l'affaire ne concerne donc ni la gauche ni la campagne.

L'affaire évoquée par l'ancien maire PS de Hénin-Beaumont Gérard Dalongeville, écroué pour corruption durant huit mois en 2009, paraît potentiellement plus embarrassante pour le PS, puisque cet ex-élu promet de dévoiler un supposé système compromettant toute sa fédération.

Il doit donner une conférence de presse à Paris jeudi chez son éditeur, le jour de la sortie de son livre qu'il a intitulé "Rose mafia".

"J'ai toujours cru en mon parti, le PS. J'ai menti pour le protéger. J'ai subi l'enfermement, l'emprisonnement pour sauver un système. J'ai payé pour d'autres. Et un jour, j'ai dit: 'ça suffit'", dit-il en exergue de cet ouvrage. L'affaire, déjà connue, fait l'objet d'enquêtes préliminaires sous le contrôle du parquet.

Sur ce cas précis, Martine Aubry a clairement pris ses distances avec l'ancien maire d'Hénin-Beaumont. "Pour moi M. Dalongeville n'a pas de crédibilité, je ne l'entends pas, je ne l'écoute pas", a-t-elle dit à la chaîne de télévision LCP.

"ASSOCIATION DE MALFAITEURS"

Le dossier rappelle l'autre information judiciaire instruite à Marseille où le sénateur Jean-Noël Guérini, homme fort du PS local, est mis en examen pour "association de malfaiteurs" en raison de supposées malversations sur des marchés publics et de présumées pratiques clientélistes. Jean-Noël Guérini s'est mis en "congé" du PS après sa mise en examen.

Martine Aubry a rappelé mercredi devant la presse que des procédures internes étaient ouvertes sur ces deux affaires, dont une commission d'enquête sur le Pas-de-Calais présidée par l'ex-ministre de la Défense Alain Richard et Dominique Lefevre, membre de la cour des Comptes.

"Vous verrez si on trouve des choses qui concernent le Parti socialiste", a-t-elle dit à LCP.

Une dernière affaire est susceptible de gêner la campagne de François Hollande, une information judiciaire ouverte à Nancy pour favoritisme sur une étude de faisabilité du tramway de Bamako, capitale du Mali, payée 50.000 euros en 2009 à trois sociétés par la ville de Strasbourg, dirigée par le PS Roland Ries.

Aucune exclusion de cet élu de l'équipe de campagne de François Hollande, où il est chargé des questions de transports et de mobilités urbaines, n'a été évoquée dans l'immédiat.

La bataille sur les "affaires", si elle s'ouvre, n'est pas sans risques pour l'UMP, elle-même en première ligne dans d'autres procédures visant notamment l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt et une supposée corruption en marge d'un attentat de 2002 au Pakistan.

Et le dernier développement de l'affaire Guérini est une demande d'extension des poursuites à Bernard Squarcini, patron des services de renseignement et proche de Nicolas Sarkozy.

avec Elizabeth Pineau, édité par Patrick Vignal

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