Jeannette, 61 ans, est femme de ménage à l'Assemblée nationale. Elle est l'une des femmes mises en avant dans le film de François Ruffin et Gilles Perret, aux côtés d'aides-soignantes, d'auxiliaires de vie ou d'AESH.

Jeannette Sambo apparaît dans le film de François Ruffin "Debout les femmes".
Jeannette Sambo apparaît dans le film de François Ruffin "Debout les femmes". © Radio France / Victor Vasseur

Elle a le pas pressé et la foulée athlétique. Sans doute une habitude. Car depuis la grève des bus commencée il y a plus d’un mois à Melun, Jeannette Sambo marche, beaucoup, pour prendre le train direction Paris. Levée à 4 heures du matin dans son appartement de Dammarie-les-Lys, elle rejoint à pied la gare, à quelques kilomètres, elle ne sait pas combien exactement. 

Si tout se passe bien, Jeannette arrivera vers 6h20 à Gare de Lyon, puis direction l’Assemblée nationale. Depuis 2008, c’est ici que cette Congolaise d’origine travaille. C’est dans l’un de ces bureaux qu’elle a rencontré le député insoumis François Ruffin pour la première fois en juin 2020, l'un des deux réalisateurs du film "Debout les femmes", en salle le 13 octobre.

Jeannette, lors de sa première rencontre avec le député François Ruffin.
Jeannette, lors de sa première rencontre avec le député François Ruffin. / Debout les Femmes

"Il n'y a pas de sous-métier"

"Tout son parcours, c’est une bagarre, celui d’une femme émancipée", raconte le co-réalisateur, Gilles Perret à France Inter. Elle est arrivée en France en 1996 avec son mari Philippe, et sa fille de deux ans. Ils s’installent à Alès dans le Gard. Dix ans plus tard, Jeannette arrive à Paris, seule, dort dans un HLM bondé à Saint-Denis pendant quelques mois et cherche du travail. 

C’est par hasard, à la gare Montparnasse, qu’elle rencontre Antoine. Un jeune homme de Versailles, "avec une queue de cheval, il était avocat je crois". Ils discutent quelques minutes, "il me demande s’il y a un souci car il voyait que je n’étais pas bien. Je lui réponds que je cherche du travail." Jeannette est prête à tout : "Il n’y a pas de sous-métier. Je peux même laver les cadavres !" Antoine l’emmène à l’Assemblée nationale. Quelques jours après, elle reçoit un appel, pour un travail de femme de ménage.

Les députés, "ils sont sympas"

Jeannette rit beaucoup quand elle parle. Toujours le sourire en coin. Elle entame sa quatorzième année à l’Assemblée. Mais pas de la meilleure des manières. Elle revient tout juste de deux semaines d’arrêt maladie, à cause de son dos. "À force de marcher le matin et le soir, cela a remonté le mal de dos et de genoux." Jeannette avait hâte : "Je veux aller voir mes députés", rigole-t-elle, "je veux travailler, faut bien payer les factures !" Elle avait déjà passé huit mois à la maison par le passé, une hernie discale ne lui a pas laissé le choix.

Tous les matins, Jeannette nettoie 12 bureaux, et les petites chambres à côté, même quand les députés ne viennent pas, "il y a toujours les assistants qui travaillent", précise-t-elle. Elle connaît bien les élus. "Il y a Monsieur Dominique Pottier, Monsieur David Habid, Monsieur Jean-Louis." Jeannette connaît surtout leur prénom. "Ils sont sympas, il n’y a pas de différence." "Quand je cogne à la porte, les députés me laissent entrer, ils me disent 'faites comme chez vous'." Quand on lui propose le café, elle refuse. Pas le temps.

Jeannette, à la tribune de l'hémicycle du Palais d'Iéna à Paris.
Jeannette, à la tribune de l'hémicycle du Palais d'Iéna à Paris. / Debout les femmes

Le combat de Jeannette

Le député LFI François Ruffin voulait faire un film "dont je sois fier, et dont elles soient fières, un film qui les sortent dans la lumière, les sortent du mutisme aussi, qui les amène vers la parole", a-t-il expliqué mardi à France Inter. Et c’est réussi. Jeannette peut paraître discrète, mais c’est une meneuse. "Elle a une force intérieure" ajoute Gilles Perret. 

C’est elle qui va dans le bureau de François Ruffin, à la demande de l’une de ses collègues, pour soutenir le député dans son combat concernant les hausses des salaires des agents d’entretien de l’Assemblée nationale. Il y en a 175, et 127 sont des femmes. Tous sont employés par une entreprise sous-traitante.

Les femmes de ménage de l’Assemblée ont obtenu leur treizième mois l’été dernier. Elles gagnent à présent en moyenne 1.300 euros chaque mois, tout juste le SMIC, contre 900 euros il y a encore quelque temps. "Il fallait se battre et secouer un peu" répète Jeannette, d’un ton ferme. Ce combat, elle ne l’a pas mené pour elle. "C’est important pour les autres, je vais partir, c’est pour ceux qui vont suivre." Jeannette est fière. Fière d’apparaître dans le film, fière de faire son métier. Elle ne sent pas invisible car elle considère son métier utile. "Sans nous, les députés ne peuvent pas bien travailler dans leur bureau."

"Debout les femmes !", réalisé par François Ruffin et Gilles Perret, en salles le 13 octobre 2021.

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