La déclaration d'impôts 2019 est ouverte. Cette année, elle doit obligatoirement se faire en ligne. Pourtant, en France, un adulte sur cinq n'a pas accès ou ne sait pas utiliser un ordinateur ou un smartphone. L'association Emmaüs Connect leur vient en aide avec des ateliers numériques.

Un atelier numérique chez Emmaüs Connect à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Un atelier numérique chez Emmaüs Connect à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). © Radio France / FAUSTINE CALMEL

Ce matin-là ils sont neuf autour de la table à Saint-Denis, hommes et femmes. Un écran chacun. La plus jeune est trentenaire, la plus âgée a une soixantaine d'années. Tous sont volontaires, venus d'eux-mêmes ou orientés par des travailleurs sociaux, pour apprendre à utiliser cet outil qui leur fait si peur : Internet. 

Le cours débute par du traitement de texte. Houda El Ouali, conseillère numérique chez Emmaüs Connect, leur enseigne comment taper une majuscule, mettre le bon accent au bon endroit, aller à la ligne. "C'est indispensable aujourd'hui", admet Belkacem. "Je dois envoyer une lettre à Pôle Emploi par exemple, je ne veux pas faire de fautes ou alors j'ai l'air de je ne sais quoi. Ils me demandent de le faire par mail, alors je n'ai plus le choix"

La deuxième heure du cours est consacrée à Internet. Houda El Ouali compare le web à un océan, dans lequel les moteurs de recherche sont des îles et les sites des îlots. Mais certains participants se noient. "Je suis perdue, je n'y comprends rien" se désole Jamila, "je peux remplir un dossier, une feuille, mais rentrer sur Internet et y faire les démarches administratives, c'est trop difficile pour moi. Pour Pôle Emploi, pour la Caisse d'allocations familiales, tout est scanné. Aujourd'hui je demande à mes enfants, mais je veux être indépendante. J'aimerais avoir appris d'ici quelques semaines et pouvoir faire ma déclaration d'impôts toute seule, mais je ne suis pas sûre d'y arriver".

Une dématérialisation à marche forcée

Ce désarroi, Houda El Ouali y est confrontée régulièrement. Elle voit passer ces "précaires de l'Internet" au centre Emmaüs Connect de Saint-Denis deux fois par semaine. "C'est angoissant pour eux, surtout pour les personnes âgées, et pour certains il faudra plusieurs années pour être indépendants. Ils ne savent plus à qui demander de l'aide, les travailleurs sociaux n'ont plus forcément le temps de leur ouvrir une boîte mail par exemple, alors qu'elle est aujourd'hui indispensable pour toutes les démarches numériques. Ils vont être exclus".

Cette exclusion, le Défenseur des Droits l'a pointée dans un rapport publié mi-janvier. Jacques Toubon y faisait notamment une recommandation : "Qu'aucune démarche administrative ne soit accessible uniquement par voie dématérialisée".

Pour la déclaration d'impôts 2019, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin s'est voulu rassurant. Il assure que l'utilisation d'Internet est "encouragée" mais pas "obligatoire". Face à la menace d'une amende de 15 euros pour les adeptes du papier (hors personnes âgées, ceux qui ne peuvent effectuer la démarche sur Internet, ou dont la résidence principale n'est pas équipée d'une connexion), l'administration fiscale a promis qu'elle ferait preuve de "bienveillance".

Ceux qui déclarent en ligne auront cette année encore une fois un peu plus de temps que les autres : date limite le 16 mai pour la déclaration papier, et du 21 mai au 4 juin pour les télédéclarants, en fonction des départements.

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