Pour "raccrocher" les jeunes mineurs sortis des radars de l'Éducation nationale, une obligation de formation jusqu'à 18 ans va s'imposer à partir de la rentrée scolaire 2020. Un rapport est remis aujourd'hui au Premier ministre. Les missions locales seront au cœur de ce nouveau dispositif.

Aujourd'hui 15% des 16-29 ans sont actuellement sans emploi ni formation, selon un rapport sur le décrochage scolaire remis lundi au Premier ministre. Image d'illustration.
Aujourd'hui 15% des 16-29 ans sont actuellement sans emploi ni formation, selon un rapport sur le décrochage scolaire remis lundi au Premier ministre. Image d'illustration. © Getty / PhotoAlto / Sigrid Olsson

Dans le sillage de l'Allemagne ou de l'Angleterre qui ont déjà mis en place des mesures similaires, l'obligation de formation jusqu'à 18 ans pour les mineurs décrocheurs s'appliquera en France dès la rentrée prochaine. Sous quelle forme ? Un rapport rédigé par Sylvie Charrière, députée de Seine-Saint-Denis et Patrick Roger, président de la mission locale de Strasbourg, a été remis lundi au Premier ministre. 

Certaines de ses préconisations ont déjà été approuvées. D'autres restent à étudier. Car aujourd'hui 15% des 16-29 ans sont actuellement sans emploi ni formation. Ils représentent jusqu'à 30% de la jeunesse dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. 

Suivi des décrocheurs en temps réel

Première nouveauté annoncée par Matignon, le lancement d'une plateforme de suivi des décrocheurs scolaires plus efficace. Les alertes ne se feront plus chaque trimestre mais en temps réel, ce qui permettra d'être beaucoup plus réactif, explique l'entourage du Premier ministre. Surtout, ce nouvel outil informatique doit faire le lien entre les différents professionnels amenés à travailler avec les jeunes. C'est l'Éducation nationale qui aura la charge de ce chantier, mais les missions locales auront accès aux informations de la plateforme. 

Des missions locales qui seront au centre du dispositif de "raccrochage" de ces jeunes mineurs. Pour faire simple, lorsqu'un jeune quitte le collège ou le lycée, la mission locale du territoire concerné sera immédiatement alertée, aura toutes les informations sur le décrocheur en question, et le devoir d'"aller le chercher", jusque dans la rue s'il le faut

Des expérimentations de ce type, en partenariat avec les éducateurs spécialisés, ont déjà été menées ces derniers mois dans plusieurs départements. Une enveloppe de 50 millions d'euros sera débloquée pour la mise en oeuvre de ces actions en direction des jeunes les plus éloignés des institutions. 

S'adapter à la situation de chaque jeune, mais jusqu'où ?

Le rapport préconise de ne pas avoir de réponse-type pour ces jeunes sortis de manière précoce du système scolaire, mais des propositions individualisées. Une palette de solutions est possible, détaille-t-on dans l'entourage du Premier ministre : garantie jeunes (dispositif indemnisé), apprentissage ou autres formations plus spécifique. 100 millions d'euros du nouveau Plan "investissement compétences" seront fléchés sur ce public sorti de l'école sans aucun diplôme. 

Mais tout cela ne sera pas évident, ont déjà prévenu conseillers de missions locales et éducateurs spécialisés. Certains jeunes tombés dans de petits trafics gagnent déjà illégalement leur vie, d'autres sont en grande pauvreté, sans moyens de locomotion. Le rapport propose donc un fonds spécial, une cagnotte afin de permettre des aides en nature au cas par cas pour les jeunes qui auraient besoin d'un coup de pouce, notamment pour se déplacer. Mesure cruciale insistent ses auteurs. À discuter, répond Matignon. 

Mettre fin à un gâchis humain et financier

Les jeunes concernés partagent un même sentiment, celui d'en avoir "marre de l'école". "L’impression de ne pas voir le sens des enseignements théoriques qui leur sont prodigués, la difficulté à rester concentré de longues heures d’affilée dans un format papier-crayon, le sentiment de ne pas réussir en classe malgré les efforts sont autant de facteurs de décrochage. Ces expériences négatives de la scolarité laissent des traces durables chez les jeunes", affirme enfin le rapport. Les modèles de formations centrées autour de la démarche de projets méritent de se diffuser, au delà de l'apprentissage, suggèrent ses auteurs. 

Pour Sylvie Charrière et Patrick Roger, le décrochage scolaire représente un gâchis humain mais aussi financier. En 2012, une étude réalisée par le cabinet BCG pour le compte du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a estimé qu’en France, l’absence de diplôme est associée à un surcoût tout au long de la vie évalué pour la collectivité à environ 230 000€ par sortant précoce

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