Un rapport estime à plus de 900 millions d'euros le coût de démantèlement d'un réacteur. Là où EDF n'a prévu que 350 millions... Et le nombre de sites obsolètes augmente.

A l'heure actuelle, dix réacteurs sont à l'arrêt ou en cours de démantèlement
A l'heure actuelle, dix réacteurs sont à l'arrêt ou en cours de démantèlement © AFP / Fred Dufour

Dans les années à venir, une partie importante du parc nucléaire français va atteindre la durée initiale d’exploitation, qui est de 40 ans : 80% des réacteurs présents sur le territoire ont été mis en service entre 1977 et 1987.

La centrale de Fessenheim pourrait venir s'ajouter à une longue liste de réacteurs – connectés au réseau ou pas – arrêtés. Mais que vont devenir ces installations ? C’est le sujet auquel s’est intéressée une mission parlementaire, rapportée par la députée socialiste Barbara Romagnan et le député LR Julien Aubert, qui ont présenté ce mercredi matin à l’Assemblée leurs conclusions sur le démantèlement des centrales nucléaires.

Un démantèlement, c’est 11 postes de dépenses

La question posée par ce rapport est en somme de savoir s’il est possible, techniquement et financièrement, de procéder au démantèlement complet du parc nucléaire français. Et avec les pistes de réponses apportées par le rapport, il apparaît qu’en l’état actuel des choses, cela sera difficile.

Si la “faisabilité technique (...) n’est pas entièrement assurée” selon ce rapport, il se pose essentiellement une question d’argent. Car démanteler un réacteur nucléaire coûte cher, très cher : selon l’Agence de sûreté nucléaire (ASN), prévoir le démantèlement d’un réacteur, c’est chiffrer pas moins de 11 postes de dépenses différents (les opérations préliminaires, l’arrêt, le gardiennage, la gestion des déchets, du combustible, la remise en état du site, etc.).

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Un coût largement sous-estimé

Or la mission parlementaire redoute qu’EDF n’ait pas suffisamment bien estimé le coût que cela représente : la provision pour ces démantèlements est de 350 millions d’euros par tranche. Les recherches dont le rapport fait état montrent que les exploitants européens prévoient plutôt des provisions de 900 millions à 1,3 milliard d’euros par réacteur. Et même si l’on prend en compte les économies d’échelle et les effets de série, qui font que le coût du premier démantèlement sera forcément plus fort que celui du dernier, les provisions d’EDF sont les plus faibles de l’OCDE.

Malgré un budget de 36 milliards d’euros de provisions prévu par EDF pour le démantèlement de son réseau nucléaire, la mission d’information se dit beaucoup moins optimiste que le gestionnaire des centrales. D’abord parce qu’un chantier de démantèlement “ne commence jamais avec la mise à l’arrêt définitif, un délai de cinq à sept ans étant nécessaire (...) pour obtenir l’autorisation”. A l’heure actuelle 10 réacteurs sont en cours d’arrêt ou de démantèlement, et cinq sont à l’étude.

La retraite à 60 ans ?

Ensuite parce que pour la mission, toutes les hypothèses prises en compte par EDF ne seront pas forcément respectées : pour la mission d'information, les effets d’échelle sont sur-estimés.

Conclusion : selon ce rapport, EDF “compte explicitement sur l’allongement de la durée d’exploitation, si possible jusqu’à 60 ans”. Ce qui lui permettra d’augmenter petit à petit les provisions qu’elle peut faire. Mais ce programme, appelé “grand carénage”, est estimé par la Cour des comptes à 74 milliards d’euros, soit plus ou moins l’estimation qui correspond à un démantèlement total.

Inquiétudes sur la sûreté nucléaire

Ce rapport tombe au moment où les commissions locales d’information (CLI) sur le nucléaire s’inquiètent : en 2016, il a fallu lancer le contrôle de 18 réacteurs après une anomalie détectée sur l’une des pièces centrales, le générateur de vapeur. Il y a aussi eu l’affaire de l’usine Areva du Creusot, des irrégularités décelées dans le suivi des pièces fabriquées, sans compter un accident de chantier à la centrale de Paluel en Seine-Maritime. “Les candidats à l’élection (présidentielle) sont en train de tous se positionner sur la question de poursuivre ou non le nucléaire, mais on ne les entend pas sur la sûreté nucléaire”, déplore Jean-Claude Delalonde, président de l’association des CLI.

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Autre inquiétude : l’Autorité de sûreté nucléaire a-t-elle subi des pressions en décembre dernier pour redémarrer des réacteurs à l’arrêt en raison du pic de froid ? L’ASN s’en défend, tout en jugeant le contexte nucléaire français “préoccupant”.

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