C'est l'un des critères qui détermine si une métropole ou une région passe ou non en niveau d'alerte maximale, et sans doute l'un des éléments les plus parlants pour évaluer la gravité de la situation épidémiologique : la saturation des service de réanimation, déjà souvent surchargés, par des malades de la Covid.

Les départements ne sont pas tous égaux face à la surcharge des services de réanimation
Les départements ne sont pas tous égaux face à la surcharge des services de réanimation © Radio France / Olivier Bénis

Pendant la première vague de l'épidémie, c'était l'une des grandes inquiétudes des soignants : la peur d'avoir à "choisir" les patients que l'on soigne ou non en fonction des moyens disponibles. Un choix dont l'ombre plane à nouveau sur les services qui gèrent les malades les plus critiques, les services de réanimation.

Le seuil d'alerte, fixé par le gouvernement, est basé sur trois critères : un taux d'incidence supérieur à 100 chez les  personnes âgées, et un taux d'incidence hebdomadaire au-dessus de 250, au moins 30 % de patients Covid-19 en réanimation.

Département par département, pour déterminer si ce seuil a été atteint, nous avons croisé le nombre  de lits de réanimation (selon les chiffres de 2019 de la DREES) disponible et le nombre de patients atteints du Covid-19 pris en charge dans ces services. Notre carte montre à quel point les disparités sont fortes en France.

34 départements au-dessus des 30% en métropole

En métropole, 34 départements ont passé ce seuil symbolique de 30 %. Parmi eux, huit départements comptent même plus de 50 % de patients Covid par rapport à la capacité normale de leurs services de réanimation. Plusieurs hôpitaux ont depuis augmenté le nombre de lits de réanimation, notamment pour faire face à l'arrivée de patients supplémentaires.

  • L'Eure (116 % d'occupation par rapport au nombre de lits de réanimation existant en 2019)
  • Le Val d'Oise (51 %)
  • La Seine Saint-Denis (59 %)
  • L'Ariège (50 %)
  • L'Ardèche (50 %)
  • Les Hautes-Alpes (50 %)
  • Le Vaucluse (81 %)
  • La Haute-Corse (50 %)

Si l'on observe la situation sur l'ensemble de l'Île-de-France, plus de 34 % des lits sont occupés par des patients Covid.

Situation inquiétante aussi en Outre-Mer : Mayotte, la Guyane, la Martinique ont tous dépassé le seuil de saturation en réanimation. En Guadeloupe, tous les lits de réanimation sont aujourd'hui dédiés à la Covid.

A l'inverse, dans certains départements, les services de réanimation ne comptent aucun patient Covid (c'est le cas de la Vienne, la Corrèze, la Lozère ou la Haute-Saône, par exemple).

Une situation supportable... s'il n'y avait pas d'autres patients

Si les services de réanimation ne devaient gérer que des patients atteints par la Covid, la situation serait globalement sous contrôle. Sauf que ce n'est évidemment pas le cas : ces services doivent gérer toutes sortes d'autres patients graves. Il risque donc, si cette augmentation se poursuit, d'y avoir un grave problème de places en réanimation, pour des patients qui par définition sont difficiles à transférer vers d'autres établissements.

Une situation sur laquelle alertent de nombreux soignants depuis plusieurs semaines. Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du Conseil scientifique, expliquait lundi sur France Inter que "35 %, c’est vraiment le maximum qu’on peut accepter [en réanimation], sachant que les  personnels soignants dans ces services sont fatigués et qu'on ne peut pas leur en demander plus." Il évoque également les "autres patients dans ces réanimations, notamment des personnes qui avaient dû différer des interventions lourdes (neurochirurgie, chirurgie cardiaque, cancer…)"

En parallèle, depuis les débuts de l'épidémie, il ne s'est pas passé une journée sans que de nouveaux patients Covid entrent en réanimation en France. Et après une accalmie mi-juillet (où la hausse était "seulement" d'une dizaine de nouvelles entrées en réanimation par jour), la hausse est exponentielle.

En moyenne, on compte plus d'une centaine d'arrivées de patients Covid en réanimation chaque jour depuis deux semaines ; environ 130 arrivées quotidiennes cette semaine

Une hausse qui est aussi directement liée à celle du nombre de cas positifs détectés par les tests : mécaniquement, une proportion des personnes testées positif devra être prise en charge à l'hôpital, dont une partie encore ira en réanimation, mais avec un décalage allant de quelques jours à deux ou trois semaines. Le pic de contamination, atteint par certains départements ces deux dernières semaines, est sans doute en train de se répercuter en ce moment dans les services de réanimation.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.