Lundi, la première campagne de dépistage massif du Covid-19 de France démarre au Havre, pour les 270 000 habitants de l'agglomération. Des centaines de personnes seront mobilisées dans la cité normande pour tester, puis tracer et isoler les cas positifs. Mais ce dépistage ne fait pas l'unanimité.

La ville du Havre va lancer une opération massive de dépistage.
La ville du Havre va lancer une opération massive de dépistage. © AFP / Alain Jocard

Est-ce parce que cela se passe chez un ancien Premier ministre, Édouard Philippe, que c'est allé si vite ? Un premier dépistage massif arrive ce lundi au Havre (Seine-Maritime). Et on peut dire que la ville n'a pas perdu de temps : les autres communes qui procèderont au même dispositif, Roubaix et Saint-Etienne, ne le feront pas avant le mois de janvier. 

Des tests la semaine avant Noël

Des centaines de personnes sont mobilisées dans la cité normande pour tester, mais aussi tracer et isoler les cas positifs aussitôt le résultat du test connu, c'est-à-dire au bout de 20 minutes – puisqu'il s'agit surtout de tests antigéniques, donc rapides. L'objectif d'un tel dépistage, c'est en effet de repérer les cas positifs qui s'ignorent, les asymptomatiques qui passent sous les radars, et donc de réduire, en les isolant, la circulation du virus.

De ce point de vue, procéder à cette opération la semaine avant Noël est une très bonne idée, estime le professeur de santé publique Philippe Amouyel. Et même si les tests antigéniques, qui seront majoritairement utilisés, sont moins sensibles que les tests PCR, ce sera tout de même, d'après lui, très utile : "Si vous ne le faites pas, vous passez à côté de tous les asymptomatiques. Si vous le faites, vous aurez deux asymtomatiques sur trois. C'est quand même pas mal." 

L'expérience de Liverpool peu probante ?

Mais les habitants seront-ils au rendez vous ? Dans une interview au Journal du dimanche, le maire, Edouard Philippe, estimait que "si on testait 50% de la population, je serais le plus heureux des hommes. Nous serons sans doute en dessous". 

Pour l'épidémiologiste Catherine Hill, tous ces efforts ne serviront a rien si la population, par lassitude, peur ou désintérêt, ne se mobilise pas massivement : "Si on ne dépiste qu'un quart de la population, c'est comme si on avait des souris dans un immeuble, et qu'on n'envoyait le dératiseur que sur un étage sur quatre". 

Critique également, l'épidémiologiste Renaud Piarroux, pas convaincu par l'opération du même type déjà menée à Liverpool en Grande-Bretagne : "On n'a pas les éléments pour dire qu'il s'est passé quelque chose d'intéressant à Liverpool. En regardant en même temps Liverpool et Manchester, on ne fait pas la différence avant les deux courbes"

À l'échelle d'une seule agglomération, qui n'est pas isolée du monde, sans certitude de tester le plus grand nombre, avec qui plus est un test en une seule fois, plutôt que des tests réguliers tous les 15 jours, certains ont des doutes sur l'efficacité du dispositif. L'expérience du Havre leur semble davantage un moyen d'expérimenter une logistique a grande échelle