Le 1er novembre, c'est traditionnellement le jour de l'année où les familles honorent leurs proches défunts. Avec une question parfois : comment faire vivre le souvenir. Dans le Carnet du journal Le Monde, un homme fait publier chaque mois, depuis 22 ans, un message à son compagnon disparu.

Une annonce dans le Carnet du Monde qui sert de thérapie
Une annonce dans le Carnet du Monde qui sert de thérapie © Getty / Ezuan Hafiz / EyeEm

Dans le journal Le Monde, le Carnet est la rubrique où paraissent les annonces de naissances, de disparitions, les hommages et les communications diverses. Elle est l'un des endroits où les proches de personnes décédées publient des messages, pour faire vivre le souvenir. 

Parmi eux, Jean-Jacques Baudouin Gauthier. Chaque mois, depuis 22 ans, il fait publier un message à son compagnon disparu, Jean-Louis Frasca. La date du publication ne varie guère : toujours autour du 14 du mois, car Jean-Louis Frasca est mort le 14 septembre 1996.

Le message en hommage à Jean-Louis Fresca, publié chaque mois dans Le Monde © Capture d'écran
Le message en hommage à Jean-Louis Fresca, publié chaque mois dans Le Monde © Capture d'écran / Capture écran

"Dans l'existence, vous rencontrez rarement des gens qui vous impressionnent et vous donnent envie de les suivre. Lui était brillantissime, il était médecin, il est sorti major d'HEC", raconte son ancien compagnon. 

"Du jour au lendemain, le fait de ne plus avoir son soutien, ce n'est pas seulement perturbant, ça vous anéantit complètement". 

Le docteur Jean-Louis Frasca a été renversé par un chauffard ivre qui a pris la fuite. La vie de Jean-Jacques Baudouin Gauthier a donc chaviré, non seulement parce qu'il a perdu celui qu'il aimait, mais aussi parce que la famille de ce dernier l'a en quelque sorte chassé de chez lui. 

L'annonce dans le Carnet du Monde a servi de thérapie. "Au départ, ça a été une réaction à l'endroit des parents. Et puis aussi le fait de le maintenir en vie. C'était la seule façon pour moi de dire mon désespoir, et puis aussi de dire à ceux qui le connaissaient qu'il était mort", raconte Jean-Jacques Baudouin Gauthier. Aujourd'hui, la béquille psychologique de cet homme parle à bien des endeuillés : "Il y a des gens qui m'écrivent en me disant qu'ils ont perdu un être cher et qu'il ne savent pas comment faire".

"La régularité des annonces reste quelque chose d'important" 

Pour la date anniversaire de décès, Jean-Jacques Baudouin Gauthier ajoute à son texte toujours le même poème, signé Wystan Auden, "celui qui illustre le film Quatre mariages et un enterrement", et dit "Il était mon nord, mon sud, mon est et mon ouest..."

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