Il y a six ans, le docteur Eric Karriger mettait en place le premier protocole d'arrêt de l'alimentation et d'hydratation de Vincent Lambert. Le début d'une longue bataille médicale et judiciaire. Entretien pour France Inter du premier médecin de Vincent Lambert.

Vincent Lambet est suivi à l'hôpital Sébastopol à Reims.
Vincent Lambet est suivi à l'hôpital Sébastopol à Reims. © AFP / FRANCOIS NASCIMBENI

FRANCE INTER  : C'est une semaine douloureuse pour vous ?

ERIC KARRIGER : "C'est une semaine au cours de laquelle les émotions remontent, en particulier pour la famille et l'équipe médicale qui l'accompagne. Les médecins en responsabilité dans cette affaire ont été respectueux du droit, donc il y a eu des recours légitimes. Avec le recul qui est le mien sur le cas de Vincent Lambert et de sa famille, j’ai du mal à faire sens de tout ce temps écoulé de juin 2015 (date de la décision de la Cour européenne des droits de l’Homme) à aujourd’hui, parce qu’il n’a malheureusement pas apporté beaucoup de valeur ajoutée, il n’a pas permis aux parents et à une partie de la famille d’entendre les décisions de la communauté médicale et juridique. Cela ne les a pas aidé à cheminer : la fin reste assez violente."

Cette situation autour du cas de Vincent Lambert est-elle exceptionnelle ? 

"Oui et heureusement. Toutes les histoires familiales ne sont pas aussi complexes. Chaque patient est unique, chaque histoire singulière. S’il y a eu une 'affaire', c’est parce que moi et tous ceux qui m’ont succédé, nous avons eu l’honneur de respecter un grand principe hippocratique, un principe déontologique et de droit, celui de l’interdit de l’obstination déraisonnable.  

Cette obstination déraisonnable a été plus que qualifiée par les meilleurs experts nationaux et internationaux et par les meilleures instances judiciaires. Les personnes le plus vulnérables, c’est en France et dans la communauté européenne qu’elles sont les plus protégées. Ces instances ont confirmé la légalité de notre décision : cela doit rassurer chacun d’entre nous sur le fait de subir une obstination médicale dans notre vie."

Qu'est-ce qui rend ces situations aussi difficiles pour les familles comme pour les médecins ?

"J’ai suivi à distance le cas de la petite Inès l’année dernière à Nancy. Ces expériences confirment souvent que, même si on a tous cette volonté ambivalente de laisser partir celui que l’on aime, on sait que quand le deuil est là, les proches peuvent s’apaiser, faire leur deuil, continuer à vivre. Depuis six ans, en particulier ces quatre dernières années, ce sont des vies entre parenthèses pour les membres de la famille de Vincent Lambert, quelles que soient leur position. C’est une souffrance pour l’équipe qui l’accompagne et c’est beaucoup de violence aussi car il y a des émotions qui sont entendables, mais il y a aussi des opinions dont je ne perçois pas la bienveillance."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.