Depuis les attentats de janvier 2015, la "déradicalisation" est devenue un business qui n’attire pas que des professionnels sérieux. Elodie Guéguen a enquêté.

Conférence de presse de Manuel Valls contre la radicalisation et le terrorisme
Conférence de presse de Manuel Valls contre la radicalisation et le terrorisme © Maxppp / Thomas Padilla

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24 octobre 2016, centre des congrès de la Villette à Paris. Manuel Valls prononce le discours de clôture des rencontres nationales sur la prévention de la radicalisation. Devant un parterre d’élus locaux et de militants associatifs, le Premier ministre promet de débloquer des crédits exceptionnels. "Plus de 100 millions d’euros, sur trois ans", l’équivalent du budget annuel de l’Elysée. Une manne qui attire logiquement de nombreuses entreprises et associations. Aujourd’hui, près de 80 structures travaillent sur ce nouveau marché.

Il faut dire que depuis les attentats de Paris, la demande en matière de prévention de la radicalisation explose. Collectivités locales, préfectures, Education nationale ou encore grandes entreprises sollicitent des associations afin qu’elles les sensibilisent à cette nouvelle problématique. Ces associations parcourent la France en proposant des formations sur la détection des « signaux faibles », la laïcité ou la propagande djihadiste.

Mais certaines de ces structures se voient confier des missions bien plus sensibles : prendre en charge des jeunes radicalisés. La tâche est confiée à des équipes composées de médiateurs sociaux, d’éducateurs ou de psychologues. Aujourd’hui, 2.200 personnes signalées "radicalisées" sont ainsi suivies par des associations à la demande des pouvoirs publics.

« Ils n’y connaissent rien »

Ces associations sont-elles suffisamment professionnelles ? Ont-elles mis en place des méthodes efficaces ? La sénatrice Esther Benbassa tente de répondre en ce moment à ces questions à travers une mission parlementaire. Cette écologiste a conduit de nombreux entretiens, elle s’est rendue sur le terrain. Et ce qu’elle a vu, nous a-t-elle raconté, l’a tout bonnement effaré :

"Plus on avançait, plus on se rendait compte qu’il y avait des associations qui s’étaient engouffrées dans le créneau parce que ça rapporte de l’argent, et que ces associations faisaient n’importe quoi. Je n’aime pas utiliser les mots d’ "escroc" ou de "charlatan", mais je parlerais de gens totalement incompétents ! Qui ne connaissaient pas le sujet du tout ! Ils auraient pu faire une formation en informatique ou tout à fait autre chose."

"Pas armés pour accompagner des radicalisés"

Le constat de cette sénatrice est sévère. Mais il ne l’est pas plus que celui d’un ancien salarié d’une structure de "déradicalisation" que nous avons rencontré. Il vient de jeter l’éponge après près d’un an passé dans une association mandatée par les pouvoirs publics :

"Lorsque j’ai rejoint cette structure, je n'avais aucune compétence en lien avec la radicalisation mais juste une modeste connaissance de l'islam. Je m'attendais à ce qu'on soit formé, qu'on ait une culture, une méthode commune. Il n'en a rien été. On confie le cas de ces jeunes radicalisés, de leurs familles, à des gens qui sont souvent de bonne volonté, mais qui ne sont pas du tout armés pour les accompagner !"

Selon lui, l’amateurisme de certaines structures peut avoir de lourdes conséquences :

C'est valorisant de bosser sur la radicalisation.

"Tant pis si les gamins rechutent, se radicalisent encore plus. L'essentiel c'est de montrer qu'on est présent sur le terrain. Parce que c'est valorisant, de bosser sur la radicalisation. Et puis parce qu'il y a de l'argent à la clé, évidemment. Ces associations le savent : les pouvoirs publics ne leur laisseront pas les cas de radicalisation vraiment lourds. Alors autant en profiter !"

Vedettariat

A lire ce témoignage, on peut se demander pourquoi certaines de ces associations sont tout de même choisies par des préfectures, des conseils départementaux ou des municipalités. La radicalisation étant un sujet nouveau, beaucoup de dirigeants, d’élus, seraient dans le flou selon la sénatrice Esther Benbassa. Pour elle, il est donc aisé de faire illusion dans un secteur où la demande est forte.

"Tout le monde peut s’engouffrer parce que ce n’est pas difficile, on donne trois cours d’islam et on fait de la palabre ! On fait d’abord de l’effet auprès de la préfecture ou du département, on se fait ensuite quelques interviews et après on devient la personnalité du coin ! Les médias vous tombent dessus et vous devenez des vedettes. Mais ce n’est pas avec du vedettariat qu’on fera du travail. La déradicalisation, ce n’est pas du vedettariat !"

Esther Benabssa fait référence, en creux, à des femmes qui ont été très médiatisées, comme Sonia Imloul. Cette militante associative est aujourd’hui mise en examen pour détournements de fonds public. En 2014, elle avait créé une "maison de la prévention de la radicalisation" en Seine-Saint-Denis, près de Paris. Sonia Imloul était alors présentée comme une pionnière. Elle enchaînait les interviews sur les plateaux télé et dans les journaux. Elle mettait en avant une équipe de grands professionnels qui suivait une trentaine de personnes.

Pourtant, l’envers du décor était bien différent selon Julien Revial. Le jeune homme s’est retrouvé, un peu malgré lui, le "numéro 2" de cette structure :

Julien Revial
Julien Revial © Radio France

"Quand je voyais certains articles de presse, je me demandais vraiment si c’était la structure dans laquelle je travaillais ! On parlait de juristes, de « victimologues-criminologues », de gens avec des compétences très solides, alors que, dans la réalité, il y avait Sonia (Imloul), moi qui n’avait aucune compétence sur ce sujet et la personne chargée du pôle psychologie qui était stagiaire."

L’association de Sonia Imloul était subventionnée par le comité interministériel de prévention de la délinquance et de la déradicalisation (CIPDR) et par la préfecture de police de Paris. Julien Revial en veut aujourd’hui à ceux qui ont soutenu financièrement le projet de ne pas avoir relevé que les chiffres avancés par l’association dans la presse étaient fantaisistes :

Pour moi, il y a eu une manipulation de l’opinion.

"Les institutions voyaient bien tout cela. Elles savaient que ces données étaient amplifiées, qu’on ne suivait pas autant de familles mais jamais il n’y a eu de reproche fait dans ce sens, parce que ça permettait de montrer que le système était bien ficelé, que l’Etat prenait à bras-le-corps ces sujets-là et qu’il soutenait des projets sérieux, solides, qui allaient permettre de juguler ce phénomène de radicalisation religieuse qui préoccupait grandement l’opinion publique."

Soupçons de détournement de fonds

Le jeune homme dit avoir compris dès le premier jour que son association allait servir de faire-valoir à des pouvoirs publics qui entendaient montrer qu’ils agissaient face au risque jihadiste.

"Il y a eu plus de journalistes que de familles qui sont venus dans la structure. Cette donnée à de quoi interpeller ! Il y avait des journalistes qui étaient là dès le premier jour où on prenait possession de nos locaux. Là j’ai compris que ce que nous allions faire était de promouvoir l'action de l'Etat. Avec le recul, je me dis que nous avons été un laboratoire médiatique."

Amer, Julien Revial vient de tirer un livre de son expérience (Cellule de déradicalisation, chronique d’une désillusion, éd. Michalon). Son ancienne "patronne" qui dirigeait la maison de prévention de la radicalisation a été dénoncée à la justice par le préfet de police de Paris. Soupçonnée de détournements de fonds publics, elle sera jugée au mois de mars. Sonia Imloul n’a pas souhaité répondre à nos questions avant la tenue de son procès.

Résultats contestés

Une autre femme incarne la "déradicalisation à la française" : Dounia Bouzar. Figure incontournable dans les médias, elle vient de jouer son propre rôle dans Le ciel attendra, un film racontant la radicalisation d’adolescentes tentées par le djihad. Pendant plus de deux ans cette ancienne éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) a été la "madame désembrigadement" du gouvernement. Pour Dounia Bouzar, les mécanismes d’adhésion à l’idéologie de Daech relèvent de l’emprise sectaire. Si cette théorie ne fait pas l’unanimité, elle lui a permis pendant deux ans de remporter l’essentiel des marchés publics passés par l’Etat - près d’un million d’euros - . Et de « sauver », dit-elle, un millier de jeunes des griffes de Daech. Ces résultats, impressionnants, laissent pourtant certains parlementaires sceptiques. Comme la sénatrice UDI Nathalie Goulet, qui a mené une mission parlementaire sur les réseaux jihadistes et qui a réclamé un audit sur la gestion des fonds attribués à la prévention de la radicalisation :

"A partir du moment où on a demandé des évaluations et à partir du moment où on ne les a pas eues, le doute s’est instauré, forcément. Je mets en doute l’ensemble résultats, et pas seulement ceux de Dounia Bouzar. En France, on a un vrai problème pour l’évaluation des programmes, mais, là, c’est extrêmement grave parce qu’on a quand même des jeunes qui sont des bombes ambulantes dans nos rues !"

Dounia Bouzar se défend. Durant les deux années passées à travailler pour le gouvernement, son association n’a pas cessé de faire l’objet de contrôle. L’ancienne éducatrice affirme avoir été totalement transparente sur ses méthodes comme sur ses résultats. Et elle maintient ce chiffre de mille jeunes "sauvés" de l’islamisme radical. Dounia Bouzar dit ne pas comprendre ces critiques, il était tout à fait normal, pour elle, de décrocher marché public relatif à la mise en place d’ "équipes mobiles d’intervention" auprès des préfectures :

"L’appel d’offres était de 600.000 euros. Nous étions les seuls à postuler. J’ai arrêté ma vie professionnelle pendant un an pour essayer de sauver ces mille gamins. Nous avons été jusque dans les DOM-TOM déradicaliser. 600.000 euros, je le dis clairement, ce n’était rien ! Et j’aimerais bien voir un seul sénateur avoir le dixième du dixième du rythme qu’on a subi, avec le stress et Daech qui nous courait après !"

Chacun pour soi

Dounia Bouzar indique ne plus vouloir percevoir de subventions publiques aujourd’hui, Elle compte ouvrir une école de déradicalisation sur le web, qui fonctionnera, espère-t-elle, grâce à des fonds privés.

La sénatrice Esther Benbassa est encore plus critique que sa collègue Nathalie Goulet. Plus que le manque de transparence, elle reproche aux associations leur incapacité à travailler ensemble :

"On ne peut pas donner de l’argent à des associations, chacune faisant à sa tête… Il faut qu’on sache ce qui se fait ! En Allemagne ou au Danemark, il existe des plateformes, les associations travaillent en réseau. Nous, en France, on n’est pas capable de faire cela. C’est chacun pour soi et Dieu pour tous !"

La sociologue Ouisa Kies qui pilote des programmes de prévention de la radicalisation en prison partage ce constat. Selon elle, de nombreuses associations refusent de travailler en collaboration afin de ne pas avoir à "partager le gâteau".

Ouisa Kies
Ouisa Kies © Radio France

"Je crois qu’il faut obliger tous ces professionnels à faire des échanges de pratiques. Aujourd’hui il y a un "business" et donc, les gens ne veulent pas travailler ensemble. C’est le rôle des pouvoirs publics d’obliger ces personnes à se réunir. Il s’agit d’argent public et je crois que ça devrait être une condition d’obtention de subventions."

CV approximatifs

Lors de notre enquête, nous avons aussi découvert que certaines associations qui se sont lancées dans la prévention de la radicalisation allaient jusqu’à mettre en avant des soutiens qu’elles n’avaient pas obtenus. C’est le cas d’Unismed, une structure basée à Nice qui vient de remporter un appel d’offre national pour prendre en charge des personnes radicalisées. Sur ses brochures, ses documents officiels et sur son site internet, Unismed se targue d’avoir le soutien d’ONG prestigieuses comme France terre d’asile.

Capture d'écran faite le 1er octobre 2016 du site http://www.unismed.com/ qui présente France Terre d'Asile comme un soutien
Capture d'écran faite le 1er octobre 2016 du site http://www.unismed.com/ qui présente France Terre d'Asile comme un soutien © Aucun(e)

Lorsque nous sommes allés voir le président de cette dernière, Pierre Henry, avec les publicités d’Unismed en main, il est tombé de sa chaise :

"Je découvre ceci. Je vais être très clair, je connais le directeur d’Unismed que j’ai croisé à deux ou trois reprises mais à aucun moment il ne nous a demandé l’utilisation du logo de France terre d’asile. Franchement, je suis surpris par les documents que vous me présentez et je vais demander à Unismed de retirer les références à France terre d’asile. Il n’y a pas à se servir de notre image dès lors qu’il n’y aucun accord de partenariat."

Depuis notre intervention, Unismed a retiré de son site internet le logo de France Terre d’asile et adressé un mail d’excuse à Pierre Henry.

Pas d’enquête de police

Autre fausse note que nous avons relevée : sur le CV que nous avons eu entre les mains, le directeur d’Unismed mentionne une "thèse en prépration au laboratoire universitaire Urmis sur les méthodes de désengagement des processus de radicalisation". Contacté, le laboratoire nous soutient que si des échanges ont pu avoir lieu avec le directeur de l’association, il n’y a jamais eu de thèse en préparation chez eux. Le directeur d’Unismed n’a pas directement répondu à nos questions, c’est le tout nouveau président de son association, Jean-Marc Borello qui s’en est chargé.

"Je crois que le directeur n’est pas très doué sur le plan administratif et peu importe. Tout ça, ce sont des activités annexes. Ce qui est important, c’est qu’il a une véritable expérience de la médiation culturelle, qu’il a créé la structure, il a effectivement des missions depuis de nombreuses années, y compris – et là nous avons vérifié – pour des autorités préfectorales qui nous disent qu’elles sont parfaitement satisfaites de ses prestations. Qu’il ait un peu exagéré un certain nombre de ses missions, je vais dire que c’est un péché véniel."

L’association Unismed vient de remporter - avec l’association Sauvegarde - la succession de Dounia Bouzar pour la mise en place d’équipes mobiles d’intervention auprès de jeunes radicalisés. Muriel Domenach, secrétaire générale de comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, nous assure que des contrôles scrupuleux ont été menés sur les associations choisies :

Muriel Domenach lors des rencontres nationales contre la radicalisation, 2016
Muriel Domenach lors des rencontres nationales contre la radicalisation, 2016 © Radio France

"On s’est évidemment appuyé sur le travail de terrain de ces structures, là où elles étaient référentes auprès des préfectures. La convention fait aussi l’objet d’un suivi, nous avons un comité de pilotage qui se réunit pour veiller à l’évaluation de notre coopération avec ces associations."

Si des contrôles existent, les pouvoirs publics ne vont pas jusqu’à vérifier les détails d’un CV avant de confier un marché à une association qui intervient auprès de personnes radicalisées. "Si nous menions des enquêtes de police sur ces militants associatifs, vous n’imaginez pas le scandale !", lance un cadre du ministère de l’Intérieur.

Sur le secteur de la "déradicalisation", des associations émergent presque quotidiennement, attirées par des initiatives de plus en plus nombreuses. A Sarcelles par exemple, en banlieue parisienne, le député-maire lance un programme de centre de prévention de la radicalisation. Le budget annuel de la structure, selon des documents que nous avons consultés, pourrait dépasser les 466.000 euros par an.

Professionnaliser

Consciente de la convoitise suscitée par ces nouveaux projets, la sénatrice centriste Nathalie Goulet estime qu’il faudrait profiter de cet effet d’aubaine pour professionnaliser le secteur de la déradicalisation et faire le tri entre les bons et les mauvais professionnels :

Nathalie Goulet
Nathalie Goulet © Radio France

"Il faut mettre un peu d’ordre dans cette armée mexicaine. Ce n’est pas parce que votre fille ou votre fils s’est radicalisé que vous pouvez ouvrir demain matin une association pour prévenir de la radicalisation, ce n’est pas vrai ! Je m’interroge sur la nécessité de professionnaliser ce secteur. Ces dernières années ont vu surgir des tas de nouvelles professions. Il y a vraiment des nouveaux métiers et je ne vois pas pourquoi celui-là n’en serait pas un."

Avant de professionnaliser le secteur, encore faudrait-il définir une philosophie générale, une doctrine globale. Le sujet, nouveau et sensible, fait l’objet de querelles idéologiques redoutables. Certains professionnels expliquent par exemple qu’il faut avant tout combattre l’islam politique et, donc, refuser de travailler avec l’union des organisations islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans. Les autres estiment au contraire qu’il faut, pour être efficace, inclure l’UOIF dans la prévention de la radicalisation.

Querelles idéologiques

Ces visions antagonistes, on les retrouve aussi à travers la bataille d’idées qui fait rage le politologue Gilles Kepel et le chercheur Olivier Roy. Le premier considère que la radicalisation est directement liée à l’islam. Le second pense que la radicalité se cristallise autour de l’islam comme elle pourrait le faire autour d’autre chose. Un désaccord qui a des conséquences bien concrètes, sur le terrain, selon Bernard Godard, un ancien chargé de mission au bureau des cultes du ministère de l’Intérieur.

"Récemment, lors d’une bataille pour un budget lié à une grande enquête sur la radicalisation en France, j’ai vu s’affronter une équipe Roy et une équipe Kepel ! En fait, il y a des écuries…"

Si on n’arrive déjà pas à se mettre d’accord sur l’origine de la radicalisation, il sera difficile de se mettre d’accord sur le remède à prescrire. Aujourd’hui aucune théorie scientifique ne s’impose. Pour le magistrat Jean Maillard, vice-président du tribunal de grande instance de Créteil et représentant du syndicat FO Magistrats, les pouvoirs publics ont voulu aller trop vite, l’action a précédé la réflexion.

"Comme on ne sait pas ce qu’est la radicalisation, on sait encore moins ce qu’est la déradicalisation. Donc on est dans l’invention d’un concept dans lequel on cherche à mettre en place des dispositifs avant d’avoir défini ce sur quoi on allait agir. Et quiconque se présente aujourd’hui comme expert en radicalité ou "déradicalisateur en chef" peut se voir attribuer des crédits qui ne vont ni à la police ni à la justice."

"Contre-lavage de cerveau"

Jean de Maillard n’en fait pas un mystère, il ne croit pas un instant en ces initiatives de "déradicalisation".

"Comme on a vu émerger un phénomène dont on ne comprend ni d’où il vient ni sur quoi il repose, on a transposé dans le domaine de la lutte contre le terrorisme les vieilles ficelles que l’on avait élaborées dans le traitement de la délinquance ordinaire, et dans lequel on dit qu’un délinquant est une personne inadaptée, désinsérée. Plutôt que de remettre en cause notre grille d’analyse des dysfonctionnements de notre société, on préfère avoir une réponse aux petits pieds, la plus facile possible en disant : 'Ces gens-là, c’est un peu comme des gens qui sont dans une secte, et on va essayer, après qu’ils aient reçus un lavage de cerveau, de faire un contre-lavage de cerveau."

Du côté des pouvoirs publics, on reconnaît que les expériences sont balbutiantes. "On avance en marchant", répète-t-on à l’envi. "Nous n’avons pas encore de recul, c’est une évidence." Certains ministres reconnaissent aussi s’être engagés dans la mauvaise voie et préfèrent ne plus parler de "déradicalisation", préférant désormais employer l’expression « désengagement de la violence". "Je n'utilise pas le terme de déradicalisation, a indiqué le garde des Sceaux lors d’une conférence de presse le 25 octobre. Je ne crois pas qu'on puisse inventer un vaccin contre cette tentation." Preuve qu'on avance à tâtons, Jean-Jacques Urvoas a amorcé un virage à 180 degrés en annonçant la fin du dispositif de regroupement des détenus radicalisés dans des unités dédiées. Du temps a été perdu avec ces expérimentations hétéroclites, a reconnu le ministre.

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