Un tiers des patients ne répond pas aux antidépresseurs classiques. Des études pointent aujourd'hui la piste inflammatoire… Un documentaire d'Arte fait le point.

Des études indiquent une nouvelle piste pour soigner les dépressions. Un documentaire diffusé sur Arte fait le point.
Des études indiquent une nouvelle piste pour soigner les dépressions. Un documentaire diffusé sur Arte fait le point. © Getty / Sarah Small

On l'appelait jadis mélancolie, spleen... La dépression est aujourd'hui l'une des premières causes de mortalité dans le monde. Selon les dernières estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le nombre de dépressifs dans le monde aaugmenté de plus de 18% de 2005 à 2015.

Allons même plus loin avec quelques chiffres marquants :

  • 350 millions de personnes souffrent de dépression dans le monde
  • Une personne sur cinq traverse au cours de sa vie au moins un épisode dépressif
  • Selon une estimation de l’OMS, les troubles psychiques tels que la dépression d’ici 2020, les troubles les plus répandus après les maladies vasculaires
  • Les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes
  • Le suicide est, dans plus de la moitié des cas, la conséquence d’une dépression. Il fait aujourd'hui plus de 9000 victimes par an en France - soit plus que la circulation routière, les drogues, la criminalité réunis

Cette semaine, Ali Rebeihi consacrait cette semaine une émission sur ce sujet, avec notamment les docteurs Antoine Pélissolo et Pascal-Henri Keller. Une émission de Grand bien vous fasse réalisée en partenariat avec Arte - qui diffuse ce samedi un documentaire passionnant sur le sujet (documentaire qui est disponible dès aujourd'hui sur le site internet de la chaîne).

Portrait robot d'un dépressif
Portrait robot d'un dépressif © Getty / Jonathan Knowles

Portrait robot d’un dépressif

Qu'est-ce que la dépression ? "Toutes les déprimes ne sont pas des dépressions" souligne le docteur Antoine Pélissolo. Il ne faut pas confondre l'une, passagère, avec l'autre, qui peut durer plusieurs mois voire plusieurs années.

Il dresse la liste rapide (et non exhaustive, forcément) de quelques symptômes qui, s'ils arrivent de façon concomitante, indique une dépression :

  • Tristesse très forte et durable
  • Perte du plaisir à faire les choses (manger, jouer, parler avec ses amis)
  • Perte du sommeil
  • Perte de l’appétit
  • Tendance à ressasser les choses
  • Epuisement, fatigue. Incapacité à faire les choses

Comment soigner la dépression ?

En 2003 est paru Des Bienfaits de la dépression, un ouvrage intéressant car il montre que la dépression n'est pas une pathologie à combattre mais, avant tout, un symptôme à interroger. L'auteur, Pierre Fédida, y fait la différence entre dépressivité (qui accompagne l’existence de tous les humains) et l’état de dépression, particulièrement douloureux, qui nécessite une intervention relationnelle - voire des médicaments qui peuvent être une étape nécessaire pour certains patients.

Mais, comme une auditrice de l'émission, Marie, le souligne :

La prise de médicaments est considérée aujourd'hui comme la solution la plus simple et pas forcément la plus pertinente à long terme.

Un tiers des malades souffrants de dépression ne réagissent pas aux antidépresseurs.
Un tiers des malades souffrants de dépression ne réagissent pas aux antidépresseurs. © Getty / Dwight Eschliman

Une alternative aux antidépresseurs ?

Dans ce documentaire diffusé sur Arte, on apprend que des études de grande ampleur (jusqu'à 90 000 personnes) ont été conduites et qu'elles montrent que les patients auxquels on administre un antidépresseur commettent au minimum autant de suicides que ceux prenant un placebo. Pourtant, ils prenaient un médicament sensé traiter la dépression.

On apprend aussi qu'un tiers des patients ne répond pas aux antidépresseurs classiques :

Notre hypothèse, c’est qu’il pourrait s’agir de patients dont l’organisme présente un niveau d’inflammation élevé. Les troubles psychiques pourraient être d’origine biologique, beaucoup plus qu’on ne le pensait jusqu’ici.

L'hypothèse de ces chercheurs est une des pistes de recherche importante depuis maintenant plusieurs années, au niveau international. Dans certaines dépressions, on a des taux d'inflammation anormaux...

Lorsque l'organisme est infecté par des blessures ou attaqué par des bactéries ou des virus, le système immunitaire déclenche une réaction inflammatoire. Il fabrique des anticorps pour combattre l'agression mais aussi une substance qui va provoquer une inflammation puis la faire régresser dès que l'agent pathogène aura été supprimé.

Mais, dans certains cas, l’inflammation persiste.

Pour les chercheurs, ce phénomène pourrait favoriser une dépression.

Si l'inflammation est facteur de dépression, la lutte contre l'inflammation avec des antibiotiques pourrait représenter une nouvelle piste thérapeutique…

Le docteur Pascal-Henri Keller rappelle cependant, avec prudence : "Il est très important d’attendre les études qui vont confirmer cet étude. Pour l’instant, c’est au conditionnel. Il n’y a aucune certitude sur les déterminants biologiques de la dépression".

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