Depuis 2016, des chercheurs européens étudient de près les maladies des huîtres. Le but est d'aider les ostréiculteurs à optimiser leur production. Ces maladies ne présentent aucun danger pour l'homme mais elles réduisent les rendements. En cause, la prolifération des algues vertes ou l'acidification des océans.

À Logonna Daoulas une sonde permet de voir que les huîtres sont déjà soumises à une eau plus acide ce qui peut avoir des conséquences sur leur survie
À Logonna Daoulas une sonde permet de voir que les huîtres sont déjà soumises à une eau plus acide ce qui peut avoir des conséquences sur leur survie © Radio France / Célia Quilleret

À Logonna Daoulas, sur la pointe du Château, dans le Finistère, Fabrice Pernet surveille de près la santé de ses huîtres. Ce chercheur de l'Ifremer, l'institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, en prélève quelques-unes, les congèle dans l'azote liquide et il observe la qualité de l'eau, c'est-à-dire la température, la salinité ou l'acidité. Grâce à une sonde qui mesure l’acidité de l'eau de mer à haute fréquence, ce qui est une première en France en zone côtière, il voit bien que l'océan est justement plus acide. "Les huîtres sont déjà exposées à des PH de 7,6 ou 7,8 (quantité de protons H dans l'eau), ce qui a déjà un impact sur leur cycle de vie", ajoute-t-il.  Or, "les nouvelles maladies prolifèrent quand l'océan est pollué, notamment à cause des algues vertes ou du manque d'oxygène". "Si l'eau s'acidifie, la température augmente et tout d'un coup une maladie émerge", explique-t-il. 

Des huîtres qui voyagent trop

Autre source de fragilité, certaines huîtres voyagent trop et les virus se multiplient. Isabelle Arzul, l'une des responsables de cette étude européenne à l'Ifremer, coordonne ce projet "Vivaldi". Elle constate que certaines huîtres "peuvent être déplacées neuf fois au cours de leur vie", ce qui favorise la propagation des virus. Elle recommande de limiter ces voyages d'huîtres ou, au minimum, de mieux suivre leurs déplacements.

À Logonna Daoulas, Isabelle Arzul et Fabrice Pernet tous deux chercheurs à l'Ifremer, étudient les nouvelles maladies des huîtres.
À Logonna Daoulas, Isabelle Arzul et Fabrice Pernet tous deux chercheurs à l'Ifremer, étudient les nouvelles maladies des huîtres. © Radio France / Célia Quilleret

Deux fois plus de mortalité à cause des algues vertes

Au laboratoire de l'Ifremer à Brest, les huîtres sont broyées, réduites en poudre, Fabrice Pernet et son équipe analysent les effets des algues sur leur santé, les résultats sont flagrants. "On a vu que les algues vertes avaient un effet très négatif sur les huîtres, avec 70% de mortalité contre 35% sur les témoins", détaille-t-il, "car le microbiote apporté par les algues vertes n'est pas bon". En revanche, les algues rouges améliorent la résistance des huîtres au virus et les algues brunes sont neutres. 

Une solution : développer la permaculture 

Face à ces algues, il faut par exemple diversifier les cultures et associer des espèces : les huîtres se défendent mieux lorsqu'elles cohabitent avec des moules ou des bigorneaux. Certains ostréiculteurs l'avaient constaté, c'est désormais prouvé. Pour Fabrice Pernet, "l'avenir est de mélanger les espèces et de trouver des associations de bienfaiteurs". Autre piste, attendre que les huîtres soient plus âgées et plus résistantes pour les placer dans les bassins. En tout cas, les ostréiculteurs doivent s'adapter. Depuis 2008, la production d'huîtres creuses a diminué de 30%.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.