[scald=105843:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Faits-divers sans précédent en France, l'assassinat de trois militaires puis de quatre personnes devant une école juive dans le Sud-Ouest ébranle la campagne présidentielle où le thème de l'insécurité n'avait plus le retentissement des débats du scrutin de 2002, marqué par la percée du Front national.

La prudence reste de mise sur les liens possibles entre les crimes de Toulouse et Montauban -imputables à un seul tireur- et d'éventuelles motivations ethniques ou confessionnelles mais des voix se sont élevées pour mettre en garde contre toute instrumentalisation de ces tueries "à l'américaine".

SOS Racisme et l'Union des étudiants juifs de France (UEFJ) ont toutefois établi lundi une corrélation entre ces crimes, qui font l'objet d'une enquête de la justice antiterroriste, et des "discours racistes et des "logiques de bouc émissaire" de plus en plus prégnants selon eux en France.

Le 27 mars 2002, à trois semaines du premier tour de la présidentielle, la tuerie du conseil municipal de Nanterre (Hauts-de-Seine), qui avait fait huit morts, avait marqué la campagne et suscité une controverse sur la "récupération" politique de ce type d'affaires.

Toujours en 2002, un autre fait divers au fort retentissement médiatique survenu trois jours avant le premier tour -l'agression de Paul Voise, un retraité de 72 ans, à Orléans (Loiret)- avait alimenté le débat d'alors sur la lutte contre l'insécurité.

Le candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen, s'était qualifié contre toute attente pour le second tour aux dépens du socialiste Lionel Jospin.

Le drame survenu lundi matin dans le collège-lycée Ozar Hatorah à Toulouse a bouleversé l'agenda des candidats à l'élection présidentielle, qui ont appelé à l'unité nationale par delà les luttes politiques du moment.

"IL N'Y A PLUS DE DROITE, PLUS DE GAUCHE"

Nicolas Sarkozy, qui fait campagne dans le registre du "président protecteur", a annulé un déjeuner à Saint-Mandé (Val-de-Marne) avec des hôteliers et restaurateurs et une réunion ministérielle sur les dossiers économiques afin de se rendre sur place avec les représentants de la communauté juive.

Son principal adversaire, le socialiste François Hollande, a fait savoir qu'il "suspendait" sa campagne pour aller à Toulouse témoigner de sa solidarité après un acte "dont le caractère antisémite est aussi évident qu'abject". Il a annulé ses rendez-vous de l'après-midi mais sa participation au Grand Journal de Canal+, en début de soirée, est maintenue mais écourtée.

Le candidat centriste François Bayrou a décidé d'annuler ses engagements du jour pour assister à 17h00 à une cérémonie oecuménique à la grande synagogue de Toulouse.

D'autres candidats, comme Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) ou l'ex-magistrate Eva Joly (Europe Ecologie-Les Verts), ont exprimé leur consternation, l'une pour dénoncer "un attentat", l'autre pour s'alarmer d'"une démence raciste".

La candidate du Front national, Marine Le Pen, a condamné une "fusillade criminelle" et présenté ses condoléances aux familles dans un communiqué. La dirigeante du FN a par la suite fait entendre sa différence, critiquant les initiatives de François Hollande et François Bayrou.

"J'entends que chacun part à Toulouse, je ne sais pas si c'est la place des candidats à la présidentielle, c'est je crois la place du président de la République", a-t-elle dit à des journalistes. "C'est justement dans des moments comme celui-là qu'il n'y a plus de politique, plus de campagne, il n'y a plus de droite, plus de gauche", a-t-elle souligné.

En signe de "solidarité", Marine Le Pen a demandé à la chaîne de télévision France 2 de reporter son débat avec le socialiste Arnaud Montebourg et Eva Joly programmé lundi soir.

L'association anti-raciste SOS Racisme a interpellé la classe politique "sur l'affaissement dans notre pays de la parole politique, intellectuelle et médiatique envers les discours racistes et en faveur des discours de vivre ensemble".

"À force d'agiter les logiques de bouc émissaire, de faire l'autruche face aux manquements à l'égalité, de ne combattre qu'avec la plus grande discrétion les partis d'extrême droite, quelle société prépare-t-on sinon une société faite de sang?", s'interroge-t-elle dans un communiqué.

"SOUVENIRS NAUSÉABONDS"

Une interpellation qui vise implicitement le FN mais paraît aussi remettre en question certains des discours passés du chef de l'Etat (Grenoble, juillet 2010) et ses déclarations récentes contre les dangers du communautarisme, par exemple.

"Voilà un passage à l'acte extrêmement important dans un climat de libération de la parole raciste et antisémite", a estimé Jonathan Hayoun, président de l'UEFJ, sur BFM TV.

L'avocat et essayiste Gilles-William Goldnadel, membre du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a souhaité que "pour une fois", il n'y ait "aucune instrumentalisation politique ou idéologique de ce drame".

"J'ai trop de souvenirs nauséabonds d'instrumentalisations, au demeurant fausses, du passé", a-t-il commenté sur BFM TV, citant notamment l'attentat contre une synagogue de la rue Copernic, à Paris, en octobre 1980, pour lequel la piste de l'extrême droite avait été évoquée à tort.

Pour Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils Analyses et Perspectives), ce fait divers hors norme n'aura "aucune incidence" sur la campagne "dans le mesure ou toutes les forces politiques vont le condamner".

"Nicolas Sarkozy, qui est chargé des questions de sécurité, va de toute façon arguer qu'il faut réagir avec énergie dans la lutte contre le terrorisme, comme ça s'est fait pendant toute sa présidence", a-t-il dit à Reuters.

Sophie Louet avec Service France et Dan Flynn, édité par Yves Clarisse

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