[scald=99729:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Des avocats américains sont venus vendredi à Paris pour tenter d'associer des plaignants français à une action de groupe par laquelle ils entendent demander jusqu'à 500 millions de dollars à la compagnie Costa Croisières, dont un paquebot s'est échoué le 13 janvier au large de l'Italie.

Cette procédure de "class action", inhabituelle en France, aurait séduit, selon les avocats du cabinet Ribbeck Law et ses correspondants français, plusieurs dizaines des 462 Français qui se trouvaient à bord.

La justice pénale italienne et le parquet de Paris conduisent déjà des enquêtes sur le naufrage du paquebot Costa Concordia qui a fait 25 morts et sept disparus parmi les 4.229 passagers et membres d'équipage à son bord.

Mais les avocats américains assurent pouvoir aboutir plus vite et plus efficacement qu'en Europe.

Geneviève Bourgeois, seule rescapée française s'associant à la procédure américaine présente à la conférence de presse, a déclaré qu'elle s'estimait maltraitée par Costa, filiale de l'opérateur américain de croisières Carnival.

"On n'est pas des bêtes, on est des humains, on a souffert, j'ai des difficultés encore, je suis angoissée, je prends des traitements pour dormir la nuit, je ne pense qu'à ça", a-t-elle dit.

La société Costa a tenté de négocier avec plusieurs associations de consommateurs italiennes un accord prévoyant le versement de 11.000 euros pour chacun des passagers du navire, en échange d'un renoncement à toute action judiciaire.

Cependant, cette tentative de règlement amiable semble tourner court, notamment en France, le tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine) ayant même contraint Costa à laisser trois mois aux victimes du naufrage pour étudier son offre.

Manuel von Ribbeck, représentant du cabinet américain, a expliqué jeudi qu'il entendait démontrer la responsabilité de la société, notamment sur la procédure dite de "l'inchino", la "révérence", qui consiste à approcher les bateaux des côtes et aurait été à ses yeux courante chez Costa.

RIBBECK PRENDRAIT UN QUART DES GAINS

Il a mis aussi en cause les procédures d'évacuation du navire, qui ont pris plusieurs heures alors que la durée légale est selon lui très inférieure.

Prié de dire quel pourcentage des gains le cabinet Ribbeck escomptait, Manuel von Ribbeck a répondu qu'il pouvait espérer 25% mais qu'en cas d'échec, il ne facturerait rien aux plaignants.

Cette méthode dite du "success fee", illégale en France, est un fondement de la justice américaine. La procédure de class action n'existe pas en France où chaque victime doit agir séparément.

Les avocats français qui s'associent à cette démarche ont assuré que leur objectif n'était pas de gagner d'argent et ont nié tout "marchandage et racolage". Ils disent vouloir une justice plus effective et plus rapide.

"Nos clients veulent faire impérativement comprendre à Costa, par des dommages et intérêts punitifs, que leur comportement a été inadmissible et qu'ils les ont traités comme du vrai bétail. Ces intérêts punitifs, on ne les a qu'aux Etats-Unis", a dit François Toucas, avocat du barreau de Toulon.

Il souligne que l'issue des procédures pénales et civiles peut attendre en Italie comme en France des années.

Juridiquement, le scénario du naufrage n'est pas encore définitivement établi. Le Costa Concordia heurté un rocher près de l'île de Giglio et s'est échoué, avant de chavirer.

La justice italienne a placé d'abord en détention, puis assigné à résidence le commandant du Costa Concordia, Francesco Schettino, accusé d'avoir provoqué l'accident en approchant de trop près les côtes toscanes.

Il a été inculpé d'homicides multiples et d'abandon de poste mais conteste ces accusations en expliquant qu'on lui avait demandé de faire "l'inchino".

La procédure devra donc s'attacher à savoir si cette procédure était courante, et quelle part de responsabilité il faut imputer ou non au capitaine et à la société.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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