L'écrivain franco-algérien Akli Tadjer va rencontrer ce vendredi les élèves du lycée Pierre Mendès-France de Péronne, dans la Somme. Fin septembre, les élèves ont refusé de lire des extraits de son livre "Le porteur de cartable", car l'auteur n'est pas français.

Akli Tadjer ne veut pas accabler les lycéens qui ont refusé de lire son roman.
Akli Tadjer ne veut pas accabler les lycéens qui ont refusé de lire son roman. © Radio France / Thibault Lefèvre

"Je ne veux pas les accabler plus que ça" : Akli Tadjer joue la carte de l'apaisement. L'auteur franco-algérien se rend ce vendredi au lycée Pierre Mendès-France, à Péronne dans la Somme, à la rencontre des élèves. Fin septembre, ces derniers ont refusé de lire des extraits de son roman "Le porteur de cartable", sous prétexte que l'écrivain n'était pas français. 

Je ne veux pas les traiter de petits fachos, ni de petits nazis. Je vais là-bas pour comprendre.

Le roman d'Akli Tadjer retrace l'histoire d'une amitié entre le fils d'un combattant du Front de libération nationale (FLN) et un fils de Pieds-Noirs. Omar et Raphaël se retrouvent à la fin de la guerre d'Algérie, et échangent sur la France, l'Algérie et leur avenir.

Fin septembre, l'écrivain avait publié sur Facebook un courriel envoyé par une professeure de l'établissement en question. Elle lui relaie les propos tenus par les lycéens : "l'histoire ne concerne pas la France" ou encore "il y a du vocabulaire en arabe". Un élève a même refusé de prononcer le prénom d'un des personnages, Messaoud.

Aujourd'hui, Akli Tadjer en parle avec le sourire, un sourire crispé, désabusé. "Moi, je vais là-bas pour comprendre comment des jeunes gens,  qui vont être majeurs l'année prochaine et qui vont voter, peuvent penser comme ça, explique l'écrivain. Le racisme, ce n'est pas une idée, c'est un délit en France."

"En Picardie, ça a été une vraie boucherie pendant la guerre et beaucoup de soldats, qu'on appelle des soldats coloniaux, sont morts là-bas, ils avaient un an ou deux de plus qu'eux, rappelle Akli Tadjer. À Péronne, il y en avait 44 qui s’appelaient Messaoud et qui sont morts dans leurs champs de betteraves. _Ne pas prononcer le prénom "Messaoud", c'est comme si on tuait deux fois ces jeunes soldats morts pour eux._"

Le rectorat a pris des mesures

L'Éducation nationale assure avoir fait le nécessaire, et rapidement, auprès des élèves et des professeurs du lycée Pierre Mendès-France. Sur les sept jeunes concernés par les propos racistes, trois ont été lourdement sanctionnés selon le rectorat d'Amiens. Celui qui a refusé de prononcer le nom "Messaoud" a notamment été renvoyé devant le conseil de discipline.

On est vraiment sur une atteinte aux valeurs de la République.'

Jérôme Damblant, inspecteur d'académie et référent "laïcité et enseignement du fait religieux" pour l'académie d'Amiens, se veut rassurant : "_il y a une prise de conscience_, les mots ont dépassé leur pensée. Un élève souhaite même s'excuser auprès de l'écrivain".  En vue de la rencontre avec Akli Tadjer ce vendredi, les lycéens ont repris le travail et réalisé un questionnaire.

Mais le travail auprès des élèves est loin d'être terminé. "Certains nous ont demandé pourquoi ils ne travaillaient pas sur l'histoire de France, souligne Jérôme Damblant. On a dû leur expliquer, leur rappeler que la guerre d'Algérie en faisait partie."

Selon l'inspecteur d'académie, l'établissement travaille depuis plusieurs années sur les questions de vivre ensemble et de laïcité. Mais, rappelle Jérôme Damblant, "ce sont de jeunes adolescents, ils se construisent, c'est donc un travail de longue haleine".

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