L'Académie de Médecine recommande un changement de doctrine, pour rendre obligatoire le port de masques "grand public" pour sortir pendant le confinement. Parmi ses membres, François Bricaire, infectiologue et ancien chef de service à la Pitié-Salpêtrière. Il était l'invité du journal de 13 heures d'Yves Decaens.

François Bricaire en octobre 2005 à la Pitié-Salpêtrière
François Bricaire en octobre 2005 à la Pitié-Salpêtrière © AFP / Joel Saget

FRANCE INTER : Des masques "light" pour tous, est-ce utile ou non ?

FRANÇOIS BRICAIRE : "Oui, ça peut être un complément tout à fait efficace pour ne pas transmettre le virus si on en est porteur. On sait que beaucoup de sujets sont porteurs asymptomatiques, quand on est malade ou qu'on vient d'être malade on peut encore excréter du virus... En d'autres termes, tout ce qui est une barrière est quelque chose de positif. Dire que ces masques alternatifs sont d'une grande qualité, c'est peut-être excessif, mais même en tant que première barrière, il faut le proposer au niveau de l'ensemble de la population."

Les masques alternatifs, c'est donc mieux que rien ? Tout comme les bandanas ou les écharpes ?

"Ça peut l'être. C'est automatiquement un arrêt potentiel de particules virales, même si ça n'est pas absolu. Mais il faut faire attention : ça ne doit pas, en aucune façon, diminuer l'importance des gestes barrières."

Y a-t-il eu un revirement de la politique en la matière, ou une simple évolution ?

"Depuis le début, on dit qu'un phénomène épidémique, ça évolue, qu'on apprend au fur et à mesure un certain nombre de choses, qu'on a des preuves scientifiques qu'on n'avait pas au départ, etc. Tout ceci doit entraîner des adaptations aux mesures qui sont prises. Donc on doit modifier des choses, et on en modifiera encore, c'est en évoluant dans le phénomène épidémique et la manière dont on le gère qu'on pourra prendre de nouvelles mesures."

Quand peut-on envisager l'arrivée du fameux pic de l'épidémie ?

"C'est aléatoire de vouloir donner des dates. Certains disent que pour la France ça pourrait être la semaine prochaine, d'autres vous diront que ce sera plus tardif... On s'appuie sur les données d'autres pays comme l'Italie, qui a une avance sur nous et constate actuellement le plateau, ce qui est un élément positif. Je crois qu'il y a aussi des différences entre territoires : ce n'est sans doute pas la même chose dans le Grand-Est que dans l'Ouest. Il y a beaucoup de facteurs qui font qu'il faut être très prudents pour se prononcer sur la date du pic."

Vous signez également ce samedi une pétition intitulée "ne perdons plus de temps" pour autoriser les médecins hospitaliers à prescrire de l'hydroxychloroquine...

"Soyons très clairs : je fais partie de ceux qui sont d'accord avec le fait qu'il faut impérativement mener des études pour déterminer si oui ou non la chloroquine est efficace. À travers cette demande, on ne souhaite pas libéraliser l'hydroxychloroquine. Il s'agit de mettre à disposition dans les pharmacies hospitalières, en milieu hospitalier, la chloroquine pour que, si des médecins veulent l'utiliser pour leurs malades, au moment où ils ne sont pas encore dans des formes sévères, ils puissent le faire en âme et conscience. Mais il faut impérativement que la surveillance soit médicale. Je signe cette demande d'autant plus volontiers que nous n'avons rien d'autre à proposer actuellement. Je pense que le doute doit bénéficier au malade."

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