La désertification médicale oblige les gendarmes à réquisitionner des médecins généralistes pour constater un décès, dès lors que la personne décédée n'a plus de médecin traitant. Une situation de plus en plus courante, chez les personnes âgées notamment, qui oblige les généralistes à laisser leurs patients en plan.

Les médecins réquisitionnés pour constater un décès ne peuvent pas refuser.
Les médecins réquisitionnés pour constater un décès ne peuvent pas refuser. © AFP / IGOR STEVANOVIC / SCIENCE PHOTO

La pénurie de médecins généralistes provoque des situations compliquées pour les médecins. Dans le Val-de-Marne (région parisienne) comme ailleurs, un certain nombre de patients n'ont plus de médecin traitant. C'est en particulier le cas de personnes âgées qui n'en ont pas retrouvé, quand le leur est parti à la retraite. 

En cas de décès, c'est donc le généraliste le plus proche du lieu de la mort qui est réquisitionné pour rédiger le certificat de décès, et pas question de discuter.  

De 167 à 97 médecins généralistes en dix ans

Cela fait 25 ans que le Docteur Philippe Licong exerce à Champigny, dans le Val-de-Marne. Mais jamais il n'avait vécu cette situation. "La police a débarqué, à quatre personnes, dans ma salle d'attente, pour me réquisitionner. J'ai dû interrompre ma consultation pendant que deux policiers restaient en faction dans la salle d'attente et que j'accompagnais les autres, à bord de leur véhicule" raconte le praticien. 

"Les patients sont impressionnés, ils se demandent ce qui se passe" ajoute le docteur Licong, qui rappelle qu'il peut aussi y avoir des situations d'urgence parmi les patients installés dans la salle d'attente.

À Champigny, il y avait 167 médecins généralistes en 2007 et seulement 97 dix ans plus tard. Et la situation pourrait empirer. Comme le constate le docteur Bernard le Douarin, président du Conseil de l'ordre des médecins du Val-de-Marne, "25% des médecins qui viennent s'inscrire dans le Val de Marne n'ont aucun projet professionnel abouti et viennent pour exercer des remplacements uniquement".

Ils remplacent mais ne s'installent pas, donc le manque n'est pas comblé. Une convention vient d'être signée avec l'Agence régionale de santé pour accompagner les jeunes médecins vers une installation. Mais le temps que la convention soit appliquée, les médecins devront encore laisser leur cabinet en plan, lorsqu'ils seront réquisitionnés par la police.

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