Le ministère de l'Intérieur a lancé ce jeudi une expérimentation permettant à des pompiers de partir en intervention équipés d'une mini-caméra, afin de lutter contre les agressions physiques et verbales, en nette augmentation.

Les pompiers parisiens désormais équipés de caméras
Les pompiers parisiens désormais équipés de caméras © Radio France / Ariane Griessel

"Déjà, quand on part en intervention, on se fait insulter à cause de la circulation, raconte un pompier de Paris, fataliste. Puis, à l'arrivée, certains nous injurient à nouveau parce qu'ils ne comprennent pas qu'on ait mis autant de temps, toujours à cause de la circulation". Dans le meilleur des cas, les invectives s'arrêtent là. Mais de plus en plus de pompiers se plaignent d'agressions, physiques, verbales, ou les deux  : "J'ai reçu une bouteille en verre sur la tête. À cause des lieux, on n'a pas pu reconnaître l'agresseur", ajoute le même secouriste.

En lançant ce jeudi l'expérimentation du port de mini-caméras, le ministère de l'Intérieur espère endiguer le phénomène : "Les caméras-piétons permettront  un travail de prévention, parce que c'est un moyen qui peut dissuader de l'agression, mais c'est aussi un outil de fermeté parce que l’enregistrement de l'événement permettra ensuite à l'instruction judiciaire de sanctionner ces comportements", assure le ministre Christophe Castaner, qui a publié le 19 juillet le décret lançant l'expérimentation.

Une expérimentation dans dix départements 

Ce dispositif est expérimenté par dix services départementaux d'incendie et de secours (Haute-Garonne, Gironde, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Morbihan, Nord, Pyrénées-Orientales, Rhône, Val-d'Oise, Yvelines) ainsi que par la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (qui interviennent dans la capitale et sa proche banlieue) et les marins-pompiers de Marseille. 

La mini-caméra est fixée sur le torse du pompier, et ne tourne pas en permanence : ce dernier la déclenche lorsqu'il se sent en danger. Les images ne sont pas visualisables en temps réel, mais enregistrées pour une durée de six mois, et ne peuvent être visionnées que par la hiérarchie du secouriste ou les enquêteurs. L'historique des consultations est, quant à lui, conservé durant trois ans. Le pompier porteur de la caméra n'a pas accès à l'enregistrement. 

Le ministère de l'Intérieur affirme que des expérimentations similaires menées à l'étranger ont montré un effet préventif du port de ces caméras.

"Toute une palette d'outils" pour lutter contre les agressions

Au-delà de ce support technologique, le ministère lance une série de mesures afin de lutter contre les agressions, telles que des formations aux gestes de défense, la distribution, dans certaines casernes, de gilets pare-lame, ainsi qu'une campagne nationale de sensibilisation auprès des particuliers, qui doit être lancée à l'automne.

L'administration annonce également son intention de porter plainte à chaque agression de pompier, et invite ces derniers à faire de même à titre individuel. Christophe Castaner déclare avoir demandé que policiers et gendarmes se déplacent dans les casernes afin d'y recueillir le dépôt de plainte. Cette expérimentation doit être menée jusqu'en février 2022. Pour le ministère de l'Intérieur, c'est la juxtaposition de ces actions qui peut faire bouger les lignes : 

C'est toute une palette d'outils : aucun ne réglera la totalité des problèmes, Mais il nous faut, sur ces sujets, faire comprendre qu'une personne qui agresse celui qui vient la secourir se menace soi-même, se blesse soi-même.

1 274 agressions de pompier entre janvier et septembre 

Les agressions de pompiers, qu'elles soient physiques ou verbales, ont triplé entre 2008 et 2017. Entre le 1er janvier 2019 et début septembre, la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) a recensé 1 274 agressions physiques ou verbales de pompiers, soit cinq par jour en moyenne, pour 10 000 interventions quotidiennes. Ces agressions ont touché 2 012 pompiers, dont 312 ont été blessés. 

Dans 80% des cas, ces agressions proviennent des personnes secourues elles-mêmes ou de leurs proches. 

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