La Russie a annoncé samedi avoir détecté le premier cas de transmission du virus de la grippe aviaire, le H5N8, de la volaille à l'homme. La France, qui maintient l'épidémie sous contrôle dans les élevages de volaille depuis novembre, attend d'en savoir plus sur ces contaminations et le séquençage du virus.

En France, de nombreux abattages ayant eu lieu, l'épidémie est "sous contrôle" selon le ministère de l'Agriculture
En France, de nombreux abattages ayant eu lieu, l'épidémie est "sous contrôle" selon le ministère de l'Agriculture © AFP / Alain Pitton / NurPhoto

C'est un virus dont on pensait qu'il ne concernait que les oiseaux sauvages et les volailles d'élevage, d'où son statut de "grippe aviaire". Mais selon la Russie, le H5N8 pourrait aussi se transmettre à l'humain. Moscou assure avoir détecté un cas de transmission, sous contrôle, et en avoir informé l'OMS, après avoir identifié le virus chez sept personnes contaminées dans une usine de volailles du sud du pays. 

Si cette transmission est avérée, ce serait la première fois que le H5N8 infecte des humains. Or, l'épidémie de grippe avaire concerne plusieurs pays d'Europe, dont la France, où les autorités surveillent depuis des mois la situation et attendent désormais plus d'informations en provenance de la Russie. 

Une épidémie "hautement sous contrôle" en France

Depuis le premier cas avéré de grippe aviaire, détecté cette année en novembre en France, les autorités agricoles et sanitaires suivent le dossier de près. Ce virus est hautement contagieux quand les volatiles sont en grande concentration, d'où les mesures d'abattage imposées aux éleveurs. 

Cette année, 461 foyers ont été détectés, et trois millions de canards abattus. Le ministère de l'Agriculture estime que l'épidémie est hautement sous contrôle, même s'il reste quelques foyers dans le sud ouest, le dernier s'étant déclaré dans le Gers. Depuis le début de l'hiver, le virus est régulièrement séquencé par l'Agence nationale de sécurité sanitaire qui dispose maintenant de 130 séquences selon Gilles Salvat, directeur général délégué de l'Anses pour la recherche et la référence. "Et il existe aussi des centaines d'autres séquences européennes venant de nos voisins qui eux aussi connaissent l'épidémie" ajoute t-il. 

Le travail de comparaison avec le virus identifié en Russie a déjà commencé, précise t-il, puisqu'il a été publié dans la base Gisaid, spécialement créée en 2008 pour signaler les virus aviaires et depuis élargie à d'autres pathogènes.  Il sera mené à la fois par les vétérinaires et le Centre national de Référence de l'institut Pasteur et des Hospices de Lyon (actuellement très sollicités sur le virus du COVID 19) afin de comparer les séquences humaines et animales. Cela va réclamer quelques jours car il y a plusieurs dizaines de milliers de protéines virales à analyser, prévient Gilles Salvat. 

Une transmission incomprise

Jusqu'ici, le virus H5N8 reste trop éloigné de l'homme pour qu'une transmission à l'humain puisse avoir lieu. Les 7 cas russes posent donc la question d'une mutation d'envergure qui pourrait expliquer le passage de la barrière d'espèce.  "Certains marqueurs du franchissement de la barrière d'espèce sont assez bien connus" précise Jean-Luc Guérin, professeur Aviculture et maladies aviaires à l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse et chercheur à l'INRAE.  

"Cela permet de connaitre le potentiel d'adaptation aux mammifères" complète t-il. L'agence sanitaire russe Rospotrebnadzor n'a pas précisé dans quelles conditions les ouvriers de la ferme-usine avaient été contaminés. Or c'est essentiel pour comprendre estime Jean-Luc Guérin. Y a t-il eu manipulation d'animaux morts, éviscérés ? Dans ce cas, les personnes si les conditions d'hygiène ne sont pas optimales peuvent se retrouver avec une grande quantité de virus dans l'air. Mais, il se peut aussi que le virus n'ait été retrouvé que dans leurs fosses nasales . "Quand on traverse un élevage contaminé par un pathogène, il arrive qu'on se retrouve avec du virus dans les fosses nasales et qu'il faille 2 jours pour l'éliminer, sans pour autant être malade ou contaminé" explique François Moutou, vétérinaire et auteur d'un ouvrage qui parait ce mois-ci sur les zoonoses et ces maladies qui nous lient aux animaux

Contaminés en décembre, ce n'est que le 20 février que l'agence sanitaire russe signale ce cas inédit. Les personnes ont selon toute vraisemblance été suffisamment malades pour qu'on recherche en elle le virus aviaire. "Il serait essentiel de savoir si elles ont développé des anticorps" pour Jean-Luc Guérin. 

Les grippes aviaires favorisées par l'élevage intensif

Si elle est avérée, cette contamination inter-espèces devra être surveillée partout dans le monde. Les grippes aviaires sont devenues une importante menace dans le monde. L'épidémie actuelle en Europe est l'une des plus importantes qu'on ait connu selon Serge Morland, spécialiste des zoonoses au CIRAD et actuellement en Thaïlande dans le cadre d'un vaste projet d'étude sur les transmissions animaux-hommes. Il note que les élevages industriels favorisent les contaminations tout en soulignant que les pays ne semblent pas égaux face à la résistance. Il émet l'hypothèse que la pollution de l'air pourrait protéger en partie les populations. Car, là où il y a beaucoup de pollution, il y a eu moins de cas du SARS-Cov-2 par exemple. C'est le cas en Thaïlande et dans d'autres pays d'Asie.  Comme si le système respiratoire s'était petit à petit immunisé contre les attaques émergeantes.