Vent de fronde contre le Vatican chez les prêtres catholiques en Allemagne. Depuis le week-end dernier, dans une centaine d’églises, on assiste à une action coordonnée de bénédiction de mariages homosexuels. Une façon de s’opposer à l'interdiction décidée il y a deux mois par le pape François.

Le prieur Hans-Albert Gunk, 71 ans, a été l’un des premiers, samedi 8 mai, à bénir des unions homosexuelles à l'église dominicaine Saint Albertus-Magnus de Brunswick (Basse-Saxe)
Le prieur Hans-Albert Gunk, 71 ans, a été l’un des premiers, samedi 8 mai, à bénir des unions homosexuelles à l'église dominicaine Saint Albertus-Magnus de Brunswick (Basse-Saxe) © Radio France / Léandra Morich

Baptisé  "L’amour gagne" (#Liebegewinnt et son site internet), ce mouvement de protestation des prêtres est d’une ampleur inédite au sein de l’église catholique allemande. Les drapeaux arc-en-ciel fleurissent sur les façades des lieux de culte ou bien, comme ici, posés au sol, au pied de l’autel de cette église dominicaine Saint Albertus-Magnus de Brunswick (Basse-Saxe) où le prieur Hans-Albert Gunk a été l’un des premiers, samedi 8 mai après-midi, à bénir des unions homosexuelles. 

Notre Église est beaucoup plus en avance sur son temps que la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome. L’Église, je crois, est confronté à un énorme défi. Mais il y a surtout beaucoup de peur. 

Cela conduit à une décision que ce religieux de 71 ans juge dépassée et désuète, blessante aussi pour des couples homosexuels catholiques qui, depuis quatre ans (2017), peuvent légalement se marier devant le maire et, dans le meilleur des cas, obtenir une bénédiction mais dans le plus grand secret. C’en est fini, ces cérémonies sont publiques, certaines, comme celle de Brunswick, retransmises en direct sur internet

"Dieu n’exclut personne de son amour"

Les sermons très inclusifs parlent d'égalité et d'amour. Les couples, comme Alexander Langwald, 42 ans et son partenaire, défilent ensuite devant le prêtre pour recevoir la bénédiction. 

Dieu nous aime tous, et voudrait donner sa force et son soutien à notre relation. Mais malheureusement, cela ne vaut pas pour tous les couples. (Alexander Langwald)

Hans-Albert Gunk en charge de cette église de Brunswick depuis 1985 assume totalement cet acte de rébellion. 

Les bûchers ont été abolis il y a longtemps, non ? (rires) Je n’ai pas peur. Il n’y aura pas de conséquences.

L'église dominicaine de Brunswick fait partie de la centaine d'églises à participer au mouvement "L'amour gagne" qui va se poursuivre ces prochaines semaines en Allemagne
L'église dominicaine de Brunswick fait partie de la centaine d'églises à participer au mouvement "L'amour gagne" qui va se poursuivre ces prochaines semaines en Allemagne © Radio France / Léandra Morich

L'initiative menée par les prêtres est une première dans l'histoire récente de l'Allemagne, déclare Thomas Schüller, directeur de l'Institut de droit canonique de l'Université de Münster. Il l'a comparée aux protestations des couples de fidèles en 1969, lorsque l'Église catholique s'est prononcée contre le contrôle des naissances. La grande différence avec cette fronde de 2021, c'est qu'elle est dirigée et organisée par des prêtres.

Ils ne le font pas en secret, mais ils se tiennent debout et assument ce qu'ils font, c'est remarquable. (Thomas Schüller)

Quelle sera la réaction du Vatican ?

L’Église catholique allemande a perdu deux millions de fidèles ces dix dernières années à la suite des nombreuses révélations de scandales d’abus sexuels sur mineurs, et peine à se réformer, divisée entre des évêques progressistes de plus en plus nombreux et des conservateurs soutenus par le Vatican.

Mené conjointement par la Conférence des évêques et le Comité central des catholiques allemands, ce dialogue inédit appelé "chemin synodal" traite de questions aussi fondamentales que le célibat des prêtres, la morale sexuelle ou la place des femmes dans l’Eglise. Lancé fin 2019, il doit s’achever en 2022.

Un homme d'église comme Hans-Albert Gunk a bon espoir que l'Allemagne conduise à bien certaines de ces réformes, car comparé à d'autres pays catholiques, la symbiose qui existe ici plus qu'ailleurs en Europe entre catholiques et protestants crée les conditions d'une modernisation plus radicale.