[scald=109497:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - François Fillon s'est "étonné" jeudi de la détention de Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, avant de retirer ses propos.

Ce commentaire est intervenu le jour d'une audience cruciale dans ce dossier judiciaire portant notamment sur le possible financement frauduleux de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

La cour d'appel de Bordeaux examine ce jeudi la demande de libération de Patrice de Maistre, emprisonné depuis une semaine et mis notamment en examen pour "abus de faiblesse".

A moins d'un mois du premier tour de l'élection présidentielle, l'opposition de gauche somme le chef de l'Etat de s'expliquer tandis que l'UMP, son parti, souligne que les accusations sont infondées.

"Il y a quand même des coïncidences: à chaque fois que François Hollande est un peu en difficulté dans les sondages, on trouve de nouvelles affaires qui naissent et qui réapparaissent", a dit le Premier ministre, sur France Inter.

"Aujourd'hui, on nous sort de nouveau l'affaire Bettencourt qui ressort régulièrement depuis deux ans, sans que jamais le début du commencement d'une preuve n'ait été apporté, je trouve qu'il y a là des méthodes qui à mon avis ne tromperont pas les Français", a-t-il déclaré.

Avant d'ajouter à propos de Patrice de Maistre: "On peut s'étonner sur les raisons qui conduisent à écrouer cet homme par rapport aux règles qui sont celles de notre justice".

Le chef du gouvernement est revenu ensuite sur ses propos, dans le courant de l'émission, expliquant qu'il avait "immédiatement regretté" sa phrase.

"J'ai des opinions personnelles mais je suis Premier ministre et je suis garant aussi du bon fonctionnement des institutions judiciaires donc je retire cette phrase", a-t-il déclaré.

Le candidat socialiste à l'élection présidentielle, François Hollande, a invité le Premier ministre à "laisser la justice travailler en toute indépendance et en toute sérénité".

"UN PATHÉTIQUE 'SAUVE-QUI-PEUT'"

"Un Premier ministre doit maîtriser son langage comme d'ailleurs un président de la République et quand il s'agit d'une enquête menée par la justice, il n'y a rien à dire et rien à commenter", a-t-il dit en marge d'un déplacement à Montpellier (Hérault).

Dans une interview publiée jeudi dans Le Monde, François Hollande juge que si les faits de financement illégal étaient avérés, "le candidat concerné devrait forcément en rendre compte".

Dans un communiqué, Bernard Cazeneuve, l'un des porte-parole du candidat socialiste, dit percevoir dans la volte-face de François Fillon "un pathétique 'sauve-qui-peut la droite'".

Si Patrice de Maistre restait en prison, il serait sous pression pour ses prochaines dépositions devant le juge d'instruction bordelais Jean-Michel Gentil, qui examine notamment des retraits d'espèces de 800.000 euros en Suisse à la veille de l'élection de 2007 et ses liens avec Eric Woerth, alors trésorier de l'UMP et de la campagne Sarkozy.

L'ancien homme de confiance de l'héritière de L'Oréal était à l'époque des faits membre du "premier cercle" regroupant les donateurs fortunés de l'UMP.

Une "commission rogatoire" (demande d'aide) du juge Gentil à Genève a fait apparaître des retraits en espèces ordonnés par Patrice de Maistre sur la fortune Bettencourt en Suisse de quatre millions d'euros au total entre 2007 et 2009, dont deux retraits de 400.000 euros chacun au premier semestre de 2007, le 5 février et le 26 avril.

Dans un carnet saisi par la police, le photographe François-Marie Banier, proche de Liliane Bettencourt, rapportait à cette même date du 26 avril une phrase de la milliardaire: "De Maistre m'a dit que Sarkozy avait encore demandé de l'argent. J'ai dit oui".

Jean-Baptiste Vey, Sophie Louet, Thierry Lévêque, avec Marion Douet à Montpellier, édité par Patrick Vignal

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