Une vidéo montrant un wagon du RER B “réservé aux femmes” est partagée en masse depuis jeudi. Une “initiative locale” des agents de la Gare du Nord à Paris, précise la SNCF, mais qui pose la question de la sécurité des femmes dans les transports en commun, en période de très grosse affluence et de trains bondés.

Une vidéo montrant un wagon du RER B “réservé aux femmes” est partagée en masse depuis jeudi.
Une vidéo montrant un wagon du RER B “réservé aux femmes” est partagée en masse depuis jeudi. © AFP / NurPhoto / Samuel Boivin

Ces images sont sans doute inédites en France. Sur le quai du RER B, des agents de la sûreté SNCF bloquent l’accès à un wagon du train à l’approche. “Messieurs, si vous êtes tous seuls, il faut aller un peu plus loin”, crie l’un d’entre eux. Une fois le train arrêté, les hommes qui tentent d’entrer dans la rame en question sont repoussés : “Avancez au fond, messieurs”, lance une autre agente qui laisse par ailleurs monter un femme seule dans le train. Selon la SNCF, la scène telle qu'elle apparaît dans cette vidéo massivement partagée sur Twitter, s’est bien déroulée jeudi, à la Gare du Nord à Paris. 

Par la voix de son service de presse, la SNCF assure qu'il s’agit d’une “initiative locale” prise par des agents qui s’occupent de la sécurité sur les quais. Elle dément avoir réservé des wagons aux femmes, “ni sur le RER B, ni ailleurs”. “Il s’agit de l’interprétation erronée d’une vidéo”, poursuit l’entreprise ferroviaire qui précise néanmoins que “les personnels sur les quais et dans les trains prennent les décisions opérationnelles les plus adaptées afin de protéger le public (...) notamment en situation d’affluence”. Un “geste d’attention” envers les personnes âgées, avec enfants - femmes et hommes -, femmes enceintes, personnes handicapées.

"Stop harcèlement de rue" opposée aux wagons réservés aux femmes

Si la volonté des agents de la SNCF était plus de protéger les voyageuses et les personnes les plus vulnérables, cette initiative interroge toutefois la place des femmes dans les transports et leur sécurité. Si elle note que le contexte de grève est particulier, Agnès, bénévole de l’association “Stop harcèlement de rue” explique être opposée à de telles solutions. “C’est un type de réponses qui laisse entendre que c’est comme ça et qu’on ne pourra rien y faire : on abandonne toute idée de mixité et de relations pacifique”, argumente-t-elle.

“C’est un type de réponses qui laisse entendre que c’est comme ça et qu’on ne pourra rien y faire”

C’est aux témoins d’agir. Ce sont eux qui ne pourront laisser aucune possibilité à un agresseur. Si tout le monde est alerté et alerte, normalement, le contrôle social devrait faire son travail et laisser de moins en moins de liberté pour les agresseurs. Mais aujourd’hui, on est parfois à deux doigts de la non-assistance à personne en danger”, estime Agnès, de “Stop Harcèlement de rue”. 

Elle dénonce un espace public “fait par les hommes pour les hommes qui perpétue les stéréotypes”, des femmes “traitées comme des objets qui se baladent sous les yeux et pour le plaisir de certains hommes”.

“On ne va pas créer une société non mixte” 

Je comprends que des agents essaient de trouver des solutions immédiates aux problèmes auxquels ils sont confrontés,dont la plus simple serait de séparer les femmes et les hommes. Mais ce n'est pas une solution, ça ne règle rien, c’est une mauvaise idée : la solution c’est d’arrêter les violences”, estime Caroline De Haas, du collectif féministe Noustoutes, contactée par France Inter. 

La militante dit aussi comprendre les réactions positives vis-à-vis de telles solutions, venant de femmes : "Le fait de prendre les transports en commun sans avoir à se soucier du moment où l’on va être emmerdée, personne ne peut imaginer le soulagement que c’est, ça change la vie. On s’en soucie au quotidien”, assure Caroline De Haas. “Mais séparer les femmes et les hommes… ce serait un constat d’échec complètement déprimant”, poursuit-elle. 

Dans ce cas là, comme il y a des violences partout, il faut créer des entreprises, des maisons dans lesquelles les femmes et les hommes sont séparés et ce n’est le projet de personne ! On ne va pas créer une société non mixte”, poursuit-elle. 

"Dans les autres wagons, les candidates au harcèlement ?"

Sur les réseaux sociaux, plusieurs militantes féministes ou femmes engagées sur le sujet ont réagit dans le même sens, comme Laurence Rossignol ou Isabelle Alonso : 

Les violences sexuelles et sexistes dans le métro sont pas dues à la grève (...) le comportement dans les transports est le reflet de celui dans la vie. La question principale est celle de l’éducation, de la formation, de l’information et de la sanction”, estime quant à elle Caroline De Haas, qui salue les progrès de la RATP, à Paris, dans l’accueil et l’écoute des femmes.

Des femmes y sont favorables

L’idée de réserver un wagon semble néanmoins convaincre certaines femmes, comme on le lit dans les témoignages et les réactions à la vidéo, sur Twitter. “J’ai passé mes trois années de lycée à m’embrouiller avec des frotteurs dans le RER A blindé, et ce quotidiennement. Des mains, des sexes collés à ma jambe, des mecs qui se touchaient. J’avais entre 15 et 18 ans. J’ai rêvé de ce genre de wagon”, écrit sur Twitter la journaliste sportive Charlotte Namura-Guizonne. 

Sur Twitter, "Inès.C" a aussi réagit aussi favorablement, dans un premier temps. À 25 ans, elle emprunte quotidiennement les transports en commun. “J'ai trouvé ça bien”, explique-t-elle au téléphone de France Inter. “Déjà en dehors des grèves, c'est un peu compliqué pour les femmes dans les transports. Là, avec encore plus d'affluence que d'habitude, il y a des risques de débordements”. Elle a déjà été victime d’agression sexuelle dans les transports : il y a un an, dans le RER B, entre Châtelet et Gare du Nord, un “pervers” s’est mis derrière elle et “a sorti son sexe”. 

Elle nous décrit les mécanismes de défense, stratégies d'évitement qu'elle met en place : “Grève ou pas grève, j’essaie au maximum quand c’est possible de me mettre collée aux portes du métro et de manière à ce qu’il n’y ait personne, pas d’homme derrière moi. C’est un comportement systématique”. Mais nuance son propos : “Ces rames pour femmes, ce serait positif pour celles qui hésitent à prendre les transports à certaines heures ou quand il y a beaucoup de monde. Mais ce n’est pas aux femmes de s’exclure, ce ne sont pas elles qui ont un comportement problématique” concède-t-elle. 

Selon l’association Osez le féminisme, qui a mené une étude sur le harcèlement sexiste et sexuel dans les transports, 97 % des femmes ont subi un outrage sexiste, dont une large majorité plus d’une fois par an ; 60 % des femmes interrogées ont déjà été victimes d’agression sexuelle. 

Sur Instagram, le compte "Paye ton transport" recense des témoignages de harcèlement et agressions sexuelles dans les transports en commun. Le dernier en date, à l'heure où nous écrivons ces lignes, relaie une agression dans le RER.

View this post on Instagram

"L'hiver dernier j'avais l'habitude d'aller chez mon copain tous les jeudis soir et de rentrer avec le RER A. Au bout de trois semaines, je remarque qu'un homme âgé d'une quarantaine d'années est toujours présent dans ma ligne, aux mêmes heures. Je prenais toujours le même train et je descendais toujours à la même gare (il faut savoir que je peux descendre à deux gares différentes pour aller chez moi), donc je n'y ai pas fait spécialement attention. . Un jour, mon train a eu du retard et j'ai du attendre dans les escaliers de la gare depuis laquelle je partais et ce même homme a à ce moment là tenté de m'embrasser. Je l'ai repoussé, il n'a rien retenté, il y avait beaucoup de monde autour. . Lorsque le train arrive, je monte dans une rame, et par précaution j'avance au maximum dans le wagon. Et je m'assois sur un siège près des portes. L'homme aussi, mais préfère rester debout face à moi. Il cherchait mon regard, mais j'ai continué à fixer l'affiche à ma gauche (qui me permettait aussi d'avoir une légère vue sur ce qu'il faisait). Je l'ai vu se frotter contre la barre du train de façon malsaine, en se léchant les lèvres, les mains et en se touchant tout ça en me regardant avec envie. Puis au bout d'un moment il s'est assis en face de moi. . Heureusement la station suivante était une station qui me permettait d'aller chez moi. J'ai attendu que les portes sonnent leur fermeture pour sortir très vite du RER. L'homme a essayé de m'attraper, mais les portes se sont refermées devant lui. Je l'ai regardé partir dans le train, avec son regard plein d'agressivité. . Je ne suis plus jamais retourné chez mon copain le jeudi soir, et j'essaye de ne plus prendre les transports de façon régulière."

A post shared by Paye ton transport (@payetontransport) on

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.