Un logo 'Made in France' apposé sur les productions vestimentaires françaises au salon du "Made in France" à Paris, 2013
Un logo 'Made in France' apposé sur les productions vestimentaires françaises au salon du "Made in France" à Paris, 2013 © IAN LANGSDON/epa/Corbis

Ce week-end se déroule à Paris le salon du “Made In France”. Mais que recouvre cette expression, exactement ? Y-a-t-il un label clair qui permette de repérer les vêtements faits en France ? Peut-on vraiment s'habiller 100% Made in France ? Retour sur quelques pistes évoquées autour de Bruno Duvic dans Un Jour en France cette semaine.

Le “made in France”, c’est quoi précisément ?

Le “made in France” est défini dans le code des Douanes, il désigne un produit dont l’origine est définie par la “dernière ouvraison substantielle” - traduisez : la confection.

Sombre nouvelle pour les puristes : un T-shirt en coton peut donc être labellisé “made in France” même si la matière première vient d’Inde, pourvu qu'une part importante de sa confection soit réalisée sur le sol français. Quand à définir la taille de cette part... Elle est très variable. Le meilleur garant pour faire un achat “made in France” est de repérer sur l’étiquette des vêtements en magasinle label “garanti origine France” , qui assure que toutes les étapes de fabrication importantes ont été réalisées en France.

Mais, parce que les vêtements ne sont pas tous faits de coton, la France peut aussi proposer, pour certains vêtements, une production textile 100% made in france - faite de laine ou de lin, par exemple.

« En France, on élève le mouton pour le gigot, pas pour le tricot ! »

Jusqu'à la première guerre mondiale, Roubaix était capitale mondiale de la laine avec le grand pôle industriel de la marque Fourmi, que sans doute, les moins de vingt ans ne connaissent pas. Mais aujourd'hui, il n'existe plus qu'une seule filature à échelle industrielle : Bergère de France, dans la Meuse.

Jean-Denis Aznar est patron de Fonty, dans la Creuse. Son credo : réintroduire des moutons, privilégier le circuit court, la qualité, la noblesse d’un produit naturel . Pourtant il utilise peu de laine française, il explique pourquoi :

Le mérinos d’Arles est une variété qui a de la viande (parce qu’en France le marché c’est quand même de la viande) mais qui a aussi une belle laine, alors que la plupart des autres moutons ont des laines très rustiques. Elles vont faire des très bons matelas mais c’est pas le top pour faire de l’habillement. Un agneau se vend au minimum 100€ l’agneau alors que quand vous le tondez, vous allez récupérer au maximum 3 à 4€, l’éleveur a vite fait le choix.

Moutons mérinos
Moutons mérinos © Ken Welsh/Ocean/Corbis

Jean-Denis Aznar a monté une filière de mérinos noire, avec pour objectif de faire de la laine écologique : sans teinture, sans tranport . Sauf que...

Pour faire du "sans transport", il faut avoir des moutons autour de la filature. Notre grosse difficulté, c’est de trouver des éleveurs qui acceptent des moutons noirs dans leurs prés - pas parce que la couleur les chiffonnent, mais parce que ces moutons n’ont pas la même conformité que les Limousines.

Les "Limousines" dont parle Jean-Denis, ce sont des moutons assez gros. Les Mérinos, eux, sont plutôt hauts sur pattes. “Ce n’est pas dans les habitudes du boucher, qui veut un gigot bien rond ; si vous lui mettez un gigot plus long, il va trouver que c’est pas bien ” explique Jean-Denis.

Difficile dans ces conditions d'obtenir de la laine française... Lui n'en achète que 10 à 15 % pour les besoins de son entreprise ; le reste, il le trouve ailleurs, entre Amérique du Sud, Australie et Nouvelle Zélande.

70% de la culture mondiale de lin se fait dans le nord de la France

Même s'il n'existe plus aujourd'hui de filature de lin en France (la plus proche est en Belgique), 70% de la culture mondiale de lin se fait dans le nord de la France. La culture du lin et sa filature sont des savoir-faire où les Français restent maître : "les Chinois ont une productivité 25 fois inférieure à celles de la Normandie et du Nord".

Le lin en France est une filière très vivante en France, portée par un fibre naturellement très écologique. Pour faire la différence avec la concurrence asiatique, la France profite d’un savoir faire ancestral… et recycle ses outils : "On va rechercher la qualité et la capacité à travailler de très gros fils,ce qu’on ne peut faire que sur de vieux métiers à tisser ".

... Et les vêtements en coton, dans tout ça ?

Une entreprise de confection comme 1083 importe sa matière première - le coton - d'Inde et fait réaliser toutes les étapes de transformation en France. Pour s'assurer une marge et contrebalancer les coûts de la main d'oeuvre, les entrepreneurs tentent de supprimer les intermédiaires en amont et en aval de la marque, afin de réduire au maximum les marges. Pour cela, les produits sont vendus sur Internet ou chez des revendeurs démarchés personnellement. Thomas Huriez, fondateur et gérant de 1083 explique : "Notre jean qui coûte environ 30 € à fabriquer, on le revend environ 90 euros ".

Cela ne va pas sans risque : la production touche un public de niche, qui connaît et recherche la marque - que soit 1083 ou une autre. Un public engagé, qui souhaite faire un achat responsable. Sauf que pour que le marché prospère, il faudrait "habiller d'autres gens que le bobo bio ", comme le résume avec ironie Thomas Huriez.

La marque 1083, "made in France"
La marque 1083, "made in France" © 1083

►►► ÉMISSION | Un jour en France, chaque matin à 10h par Bruno Duvic

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►►► LE SALON | Made In France, du 7 au 9 novembre 2015 porte de Versailles à Paris

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