Nous sommes dans un avenir proche. Dans une maternité. Dans une chambre de cette maternité, petit Tom est né ce matin. Sa maman, Nina est aux anges. Son papa sur un nuage. Sa grande sœur Lola est un peu jalouse certes, mais ravie tout de même d’avoir un futur compagnon de jeu. Autour du berceau, grand père et grand-mère n’arrêtent pas de roucouler de plaisir à la vue du nouveau-né. Tout le monde est heureux. Le champagne coule. Soudain, quelqu’un frappe à la porte. « Entrez » dit le papa de Tom. Il apparaît alors un homme bien vêtu. « Un homme comme on les voit dans les ministères » pense tout bas la grand-mère de Tom. Effectivement, l’homme se présente. « Je suis un représentant du ministère de l’économie et des finances et nous avons appris, Madame, que vous avez accouché ce matin. Je dois vous remettre cette enveloppe de la part du gouvernement » La maman de Tom est surprise. « Le gouvernement ? C’est bien la première fois qu’il se préoccupe aussi rapidement des futures générations s’exclame-t-elle ! » L’homme s’éclipse. « Peut-être qu’il s’agit d’un cadeau de bienvenue » avance tout sourire papa. « Ou pourquoi pas une nouvelle allocation pour les nouveau-nés suggère grand père hilare. Impatiente, Nina ouvre l’enveloppe est lit à voix haute. « Madame, Monsieur, Depuis hier soir, la France est dans une situation de faillite et de banqueroute. La dette de la France dépasse les 2000 milliards d’euros, Une somme à laquelle nous devons ajouter 400 milliards d’euros supplémentaires pour pouvoir payer les retraites de nos fonctionnaires. Or nos créanciers ont cessé de nous accorder, les lignes de crédits suffisantes pour pouvoir assurer la continuité des missions de service public de l’Etat. Chaque Français est désormais redevable à la collectivité de 22 mille euros, nouveaux-nés compris. Une somme à régler dans les meilleurs délais. Je pense Madame, Monsieur, que vous comprendrez l’urgence de la situation. Désormais, la France ne peut plus vivre à crédit. » La lettre était signée du Premier ministre. Nina la reposa effarée. Elle avait fait rapidement le calcul dans sa tête. Ils étaient quatre. Il fallait donc qu’ils remboursent 88 mille euros. Ses parents étaient devenus blêmes. « Cela fait 44 mille euros pour nous deux, nous ne les avons pas. Notre retraite est trop maigre. Qu’est ce que nous allons faire ? » Quelques jours plus tard, dix millions de personnes, dont la moitié sont des fonctionnaires descendent dans la rue pour réclamer l’arrêt des mesures et le paiement leurs salaires que l’Etat ne peut plus régler. La France est bloquée. Des émeutes et des pillages éclatent un peu partout. Policiers, CRS, gendarmes, pompiers refusent d’assurer la sécurité publique sans avoir l’assurance d’être payé. Le chaos s’installe. Scénario de fiction ? Cela va de soit. Le prochain président qui sortira des urnes en mai 2012, a fortiori son Premier ministre ne demandera jamais aux Français et nouveaux petits Tom de régler la facture de notre dette. Même s’il le souhaitait, il n’aurait aucun intérêt à le faire.Que se soit pour l’Etat et une entreprise, l’endettement proprement dit n’est pas forcément une mauvaise chose. Emprunter pour créer des richesses futures qui permettront d’assurer le remboursement et se constituer un patrimoine et même fortement encouragé dans nos économies. La flambée de l’immobilier alimentée par des taux très bas le prouve. Pourtant et c’est là que le bât blesse, la dette de la France pourrait être une bonne dette, mais c’est une mauvaise dette. Elle n’est pas une dette d’avenir, une dette d’investissement. Elle est presque devenue une dette de survie. L’état emprunte pour financer principalement ces dépenses de fonctionnement car il n’a pas ou plus les moyens de faire autrement. Dès lors il n’est pas étonnant de voir défiler dans les rues à intervalles réguliers, ces agents, qu’ils soient enseignants, chercheurs, pompiers, (gendarmes il y a quelques années) pour quémander quelques subsides. Les réponses financières proposées sont souvent proportionnelles à la hauteur de ce qu’il reste dans les caisses : quelques dizaines d’euros de plus sur la fiche de salaire, ni plus ni moins. Exemple : est-il normal que le budget de l’éducation nationale soit l’un des deux premiers budgets de la nation, en augmentation régulière tous les ans, et qu’au bout de la chaîne une directrice d’école soit obligée de demander aux parents d‘élèves de faire eux-mêmes des photocopies, car elle ne dispose pas de l’outil nécessaire pour le faire elle-même ? Certains ne s’alarment pas de notre dette. Ils la jugent nécessaire comme un instrument de notre politique de l’emploi. Ils ont peu être raison. Pourtant lorsque je vois l’état de délabrement de nos universités, de nos hôpitaux de nos écoles, des besoins de financement futurs de nos régimes sociaux, de notre système de retraite par répartition qui vole en éclats, je ne peux pas m’empêcher de penser que la France est un pays qui s’appauvrit. Le débat n’est plus me semble-t-il de savoir si la dette est bonne ou mauvaise pour notre économie, mais plutôt de savoir si elle a atteint les limites du déraisonnable. Depuis trente ans, tous les hommes politiques de droite ou de gauche se sont servi de la dépense publique comme un instrument pour propulser leur popularité et vanter les mérites de leurs politiques. Le résultat est là. Le chômage est toujours élevé, les régimes sociaux sont toujours dans le rouge, la pauvreté ne s’est jamais aussi bien portée et la France est exsangue financièrement. Les Français commencent à prendre conscience de la question de la dette. Ce matin dans Le Figaro, un sondage IFOP montre que 75% d’entre eux s’inquiètent de la dette. Sans doute parce qu’ ils sont nombreux à vivre dans leur vie quotidienne la dégradation effective et réelle de l’Etat providence. Ils ont raison. En cela ils devancent nos futurs candidats à la présidentielle. C’est bien cela le plus inquiétant.

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