MSF espère que le navire Sea-Watch 4 pourra partir en Méditerranée entre le 10 et le 15 août. L'ONG épingle le comportement de certains États durant la crise sanitaire, alors que les tentatives d'émigration depuis la Libye ont explosé depuis le début de l'année.

Des migrants secourus en Méditerranée attendent avant de débarquer du navire Sea-Watch  en Sicile, en février dernier.
Des migrants secourus en Méditerranée attendent avant de débarquer du navire Sea-Watch en Sicile, en février dernier. © AFP / Giovanni ISOLINO

Médecins sans Frontières (MSF) va s'allier à l'ONG allemande Sea-Watch pour reprendre en août les sauvetages de migrants en Méditerranée, où aucun navire humanitaire n'opère depuis le débarquement de l'Ocean Viking en Sicile début juillet, ont annoncé jeudi les deux organisations. Ces dernières ont composé une équipe qui prendra la mer à bord d'un nouveau navire, le Sea-Watch 4, actuellement amarré en Espagne à Borianna, au nord de Valence.

Sea-Watch fournit l'équipage pour naviguer, et MSF coordonne l'équipe médicale. En avril, Médecins Sans Frontières avait mis un terme aux missions de sauvetages qu'elle menait depuis quatre ans avec l'ONG française SOS Méditerranée. MSF souhaitait continuer les sauvetages malgré la fermeture des ports italiens et maltais aux migrants, tandis que SOS Méditerranée repoussait le départ de l'Ocean Viking, car elle estimait à l'époque que les conditions de sécurité n'étaient pas réunies.

L'Italie et Malte pointées du doigt

Hassiba Hadj-Sahraoui, chargée des affaires humanitaires pour MSF, dénonce en ce sens le comportement de certains États durant la crise sanitaire : "Le Covid a été vu comme une excuse par un certain nombre de gouvernements, principalement l’Italie et Malte, pour essayer de pousser l’enveloppe et d’avoir davantage de politiques restrictives en matière de contrôles d’immigration. L’Italie et Malte ont en outre délayé, pendant des heures, des jours, l’obligation de secourir des personnes. Ils ont aussi essayé de ne pas secourir directement, en demandant à des navires marchands de le faire à leur place."

Après plusieurs semaines en mer, l'Ocean Viking affrété par SOS Méditerranée, avait ainsi débarqué en Sicile le 7 juillet avec 180 migrants, avant d'être immobilisé par les autorités italiennes pour des "raisons techniques", comme les navires d'autres ONG, qui dénoncent un "harcèlement".

Explosion des tentatives de départ de Libye

Situation d'autant plus intenable du fait de l'intensification des conflits en Libye : "C’est encore pire que ce qu’on avait avant, dans la mesure où la situation en Libye s'est dégradée ces derniers mois, avec l’intensification des combats autour de Tripoli, et des migrants réfugiés demandeurs d’asile qui étaient particulièrement vulnérables", pointe Hassiba Hadj-Sahraoui : "Et il y a zéro navire d’ONG en ce moment en mer." 

Et ce alors que, selon les dernières données du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les tentatives de départ augmentent en Méditerranée, route migratoire la plus meurtrière du monde. Entre début janvier et fin juillet, les tentatives au départ de la Libye ont augmenté de 91%, comparé à la même période l'an dernier, soit 14.481 personnes ayant pris la mer.

Mercredi dernier encore, les gardes-côtes italiens annoncaient avoir secouru une centaine de migrants en détresse sur un canot qui se dégonflait face à la Libye, aucune autorité compétente n'ayant voulu intervenir.

Nouveau navire

Nouveau partenaire de MSF, l'organisation allemande Sea-Watch s'est notamment fait connaître lorsque la capitaine du Sea-Watch 3, Carola Rackete, avait accosté de force en juin 2019 sur l'île de Lampedusa pour débarquer une quarantaine de migrants, en dépit de l'interdiction émise par les autorités italiennes.  

Le Sea-Watch 4, nouveau bateau-ambulance de l'ONG, a été acheté grâce au soutien de United 4 Rescue, une organisation citoyenne fondée par l'Eglise protestante en Allemagne. "C'est la réponse catégorique de la société civile à la politique raciste de l'UE, qui préfère laisser des personnes se noyer plutôt que d'atteindre les côtes européennes", a déclaré Philipp Hahn, le chef de mission du Sea-Watch 4, dans un communiqué commun avec MSF. "Malgré tous leurs efforts pour nous en empêcher, nous n'arrêterons pas les opérations de secours." MSF espère que le navire pourra prendre le large entre le 10 et le 15 août.

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