Premier jour de classe à domicile pour 12 millions d’élèves. Comment cela se passe-t-il ? Comment les familles s’organisent-elles pour garder leurs enfants à domicile, leur dispenser un enseignement efficace, occuper les temps libres ? Retour des premières expériences.

Ecoles, collèges et lycées fermés, les élèves doivent travailler à domicile, en suivant les consignes de leurs enseignants
Ecoles, collèges et lycées fermés, les élèves doivent travailler à domicile, en suivant les consignes de leurs enseignants © Radio France / CS

Pour les élèves du secondaire et du lycée, les habitudes d’autonomie et de consignes en ligne existent déjà. Mais pour les élèves en primaire, tout est nouveau. D’une école à l’autre les procédures varient, avec toutefois, le même objectif : continuer à travailler.  

Suivre les indications des enseignants, quand ça marche

Jean-Louis, qui garde Pénélope en classe de CM2, alors qu’il est en chômage partiel depuis quelques jours, a eu consigne de se connecter sur l’Espace Numérique de Travail, l’ENT de l’Education nationale. Il a même reçu, ainsi que sa compagne, un code d’accès individuel dès dimanche. Problème : ce lundi matin ça n’a pas fonctionné.

Pour Isabelle, les directives sont arrivées dès vendredi soir par mail. La maîtresse de sa fille Claire, en CM1 dans le Ve arrondissement de Paris, enverra tous les jours, un plan de travail quotidien avec des exercices, un fichier audio pour la dictée et des liens vers le site de Canopé pour des cours en vidéo. Canopé n'a pas fonctionné ce matin, sûrement trop sollicité. 

Pour César, scolarisé dans une autre école du Ve arrondissement, la maîtresse avait déjà initié des échanges par le site Klassroom, depuis le début de l’année et souhaite continuer avec ce système. Angela, sa maman, constate toutefois que ce matin, il était inaccessible ; il faudra donc patienter un peu pour y découvrir les consignes laissées par l’institutrice. 

Devenir pédagogue, pas si simple

"Je me sens plutôt confiant dans le rôle du pédagogue", dit Jean-Louis qui est menuisier dans l’événementiel. "_Ça ne me dérange pas. On va bien installer ça, on va rester sur un planning, prendre nos temps de récréation. Ça va être compliqué de ne pas sortir. Il faut qu’il reste du plaisir, que les devoirs ne soient pas une contrainte, ne pas se renfermer sur l’école, ni sur les écr_ans. Il faut qu’on fasse autre chose, comme la vaisselle, le rangement, bref, se responsabiliser et pas forcément s’amuser comme quand c’est les vacances."

L’affaire n’est pas mince, Isabelle, gendarme, le concède, "ce n’est pas mon métier". "En plus, ma fille Claire considère que seule la maîtresse a autorité, en quelque sorte", précise-t-elle. "Le fait que nous recevions un mail quotidien va cautionner mon action". Ce lundi matin, première dictée, deux lignes seulement, et "déjà plusieurs fautes", découvre Isabelle. Elle soulève aussi des questions de méthode. "Je n’ai pas appris à faire les divisions comme la maîtresse l’enseigne aujourd’hui. Cela me parait beaucoup plus compliqué ; donc c’est difficile de passer le bon message à son enfant". 

"Selon les matières, on peut plus ou moins donner notre opinion", estime Livia, comédienne de métier. "Mon mari, professeur par ailleurs, enseigne bien les mathématiques, et pour le reste on guide nos enfants, collégiens et lycéens, vers les livres". Livia, parle après une semaine d'expérience en Corse, où il a bien fallu se mettre au diapason du programme de l'école primaire, des collèges, et de celui du lycée. Il a fallu inciter les enfants à chercher dans les livres, les informations. "Désormais ils les utilisent plus, mais c’est vrai que ce n’est pas notre métier d’enseigner, on n'imagine pas ce qu’il font à l’école. Mes enfants sont bien encadrés, pour d’autres ça va être difficile de pas décrocher, mon mari a peur pour certains de ses élèves". 

Angela est aussi habituée à être pédagogue car elle enseigne le piano. Elle considère que la quantité de travail demandée aux enfants ne sera pas suffisante et va elle même faire travailler son fils. "La dictée c’est insuffisant, je vais commander des cahiers de vacances, des mots mêlés, des énigmes, on essaiera de faire aussi du piano tous les jours"

Elle connait aussi d’expérience les bons moments de concentration de son enfant. "Il va falloir structurer la journée, mon enfant est plus apte le matin pour les maths, alors il vaut mieux garder la lecture et le dessin pour l’après-midi", explique-t-elle, en ajoutant qu'elle a institué dès ce matin, une séance de jogging. Mais elle s'interroge, "Si on est confiné plus sérieusement, ça va être vite plié… ". 

Le sport c’est aussi la première chose qu’a mis en place Livia, pour ses quatre enfants. Jogging, abdos, tout le monde se bouge pour commencer la journée, histoire de bien se fatiguer tout de suite et ne pas exploser plus tard dans la journée. 

Le plus dur ce sont les écrans et le doute 

Le plus gros écueil pour Isabelle, ça va être de continuer à travailler, d’avoir fini les devoirs avant de quitter la maison, être sûre que le travail sera fait et bien fait, pendant qu’au travail les choses sont compliquées à gérer aussi. 

Pour Jean-Louis le plus complexe, "c’est le doute," le doute sur la durée et l’évolution de l’épidémie. "Tout le monde donne son avis. Depuis la maison, le seul moyen d’être informé c’est les médias." 

Avec le recul d'une semaine de pratique seulement, Livia estime que le plus gros écueil de l'expérience c'est d’être tout le temps sur écran, en plus d'être enfermé. Les devoirs, les conversations, les distractions, beaucoup de choses passent par là. Livia elle, a coupé Facebook, pour ne pas se laisser envahir par trop d’infos et de fausses informations. Elle consulte quelques médias de référence, France Inter, Le Monde et Télérama, "et basta"

Et les enfants, eux, sont-ils heureux ? "On n'a pas posé la question à Pénélope", dit Jean-Louis, "mais à mon avis elle préférerait être avec ses copines, elle a besoin de son univers amical. Elle a déjà envoyé un message à sa maîtresse".  

Premier jour de scolarisation à domicile, tout le monde est en test et se donne rendez-vous dans une semaine, pour voir, comment ça marche vraiment. Pendant que ces lignes s'écrivaient, soit en cinq heures, une petite fille de dix ans a eu le temps de faire, dans cet ordre, ses devoirs, un gâteau au chocolat, un Skype avec une amie, une pizza, la vaisselle de midi, et plusieurs dessins. Enseignants, n’ayez pas peur d’envoyer une maximum de fiches, de dictées, de problèmes mathématiques, les enfants sont inépuisables ! 

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