Il y avait eu le suicide de Christine Renon, directrice d'une école maternelle à Pantin, la crise sanitaire du Covid remet en lumière la surcharge de travail des directeurs d'écoles. Un rapport sénatorial propose de créer une véritable fonction de directeur d'école.

Avec la crise du Covid, les directeurs d'école se sont à nouveau retrouvés en première ligne
Avec la crise du Covid, les directeurs d'école se sont à nouveau retrouvés en première ligne © Radio France / Thierry Colin

Avec la crise du Covid, les directeurs d'école se sont à nouveau retrouvés en première ligne pour gérer la fermeture des écoles et l'enseignement à distance, puis la réouverture partielle avec un protocole sanitaire très strict et la pression des parents d'élèves. Un rapport sénatorial propose de mettre en place pour eux une fonction reconnue, associée à une revalorisation indemnitaire.

Suite à la loi Blanquer du printemps 2019 et aux débats houleux sur les regroupements écoles-collèges, des sénateurs avaient décidé de leur consacrer un rapport d'information. Le suicide de Christine Renon, directrice d'une école maternelle à Pantin, en septembre, avait fait dramatiquement resurgir la question, qui rejaillit à nouveau avec la crise sanitaire. "On a demandé aux directeurs de réagir en chef d'établissement", explique la sénatrice Françoise Laborde. Or, ils n'ont aucun statut, ils sont professeurs des écoles, bénéficiant éventuellement d'un temps de décharge d'enseignement et d'une indemnité

Le rapport a identifié des besoins et publie 16 préconisations. 

Aide administrative

Selon les sénateurs, les directeurs ont avant tout besoin de temps et d'un système de décharge plus favorable. Ils proposent un tiers de temps d'enseignement en moins dans une école de 4 à 7 classes, alors qu'il est d'un quart actuellement. Une demi-décharge pour 8 à 12 classes. Et une décharge totale à partir de 13 classes et non plus 14. La distinction entre école maternelle et élémentaire disparaîtrait. 

Les directeurs d'écoles ont aussi besoin d'une aide administrative, sous forme de contrat de 3 ans renouvelable, pour plus de stabilité. Le rapport dénonce au passage la fausse bonne idée du ministre de recourir aux jeunes en service civique. 

Aujourd'hui, 4 000 postes de directeurs seraient vacants, d'après les syndicats, cela représente 9% des écoles. La fonction n'attire plus. Et la crise du Covid n'a fait qu'amplifier le malaise des directeurs. "Leurs responsabilités se sont encore accrues, posant plus que jamais la question des moyens juridiques et des outils administratifs dont ils disposent", écrit le rapport. L'un des auteurs, le sénateur Max Brisson explique : "La crise sanitaire a montré que les directeurs d'écoles avaient de lourdes responsabilités mais qu'ils n'avaient pas les moyens d'exercer ces responsabilités. Ce sont des chefs d'orchestre mais sans baguette ! Pensez qu'un principal de collège de 120 élèves a un adjoint, un Conseiller Principal d'Education, un gestionnaire. Le directeur d'une école de 500 élèves est tout seul !"

Inutilité d'un statut

Les directeurs ont également besoin de formation, quasiment inexistante aujourd'hui. Les sénateurs suggèrent de prendre en compte le métier de directeur dans la formation initiale des professeurs. Un suivi serait proposé après un ou deux ans de prise de poste. Enfin, seuls les personnels avec une certaine expérience professionnelle pourraient assurer la direction des écoles de grande taille. 

Le rapport insiste sur l'inutilité de créer un statut particulier, comme dans les collèges et lycées où le chef d'établissement appartient à un corps spécifique différent de celui des professeurs. Les syndicats d'enseignants sont contre la création d'un statut rigide. Les directeurs souhaitent pouvoir exercer cette mission temporairement et revenir ensuite à l'enseignement à temps plein. L'idée est plutôt de créer un emploi fonctionnel, avec une revalorisation indemnitaire et une clarification des responsabilités. Un directeur d'école de plus de 10 classes perçoit actuellement une indemnité d'un peu plus de 400 euros par mois.

"Il faut éviter le statu quo sur la situation des directeurs d'écoles", répète le sénateur Les Républicains Max Brisson. Une proposition de loi la députée LREM Cécile Rilhac doit être examinée prochainement à l'Assemblée nationale à ce sujet également. Il y a urgence à régler cette question. En 2018, une enquête de Georges Fotinos, ancien inspecteur de l'Education nationale, montrait une déjà une dégradation du moral des directeurs. Près de 60% se déclaraient en burn-out

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