[scald=81059:sdl_editor_representation]par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Les juges enquêtant sur une possible affaire de corruption en marge de contrats d'armement et de la présidentielle de 1995 vont entendre comme témoin pour la deuxième fois lundi Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, sur fond de bataille électorale.

Les magistrats sont sur la piste d'un possible détournement de commissions légales convenues en marge de la vente de sous-marins au Pakistan (84 millions d'euros) et de frégates à l'Arabie saoudite (200 millions d'euros) dans les années 1990, au possible profit du camp d'Edouard Balladur, puis à l'éventuel profit de celui de Jacques Chirac.

L'enquête portait initialement sur une possible utilisation de l'argent des contrats pour le financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole en 1995, mais de nouveaux faits apparus récemment dans le dossier ont ouvert une piste sur des réseaux proches de l'ancien président Jacques Chirac.

Un lien est envisagé avec l'attentat de Karachi de mai 2002 qui tua onze Français travaillant sur les sous-marins.

Cette affaire est explosive pour la majorité à moins de quatre mois du premier tour de l'élection présidentielle à laquelle Dominique de Villepin a décidé de se présenter. Il se positionne contre Nicolas Sarkozy, auquel il a été opposé dans les deux procès de l'affaire Clearstream.

Dominique de Villepin, ancien secrétaire général de l'Elysée (1995-2002) et ex-Premier ministre (2005-2007) a déjà été interrogé par les magistrats fin 2010. A l'époque, il avait expliqué que le versement des commissions en marge des marchés d'armement avait été interrompu sur ordre de Jacques Chirac après son élection en 1995, en raison des soupçons portant sur Edouard Balladur.

Villepin faisait état alors d'une volonté de "moralisation" de la vie publique de Jacques Chirac, élément qu'il a répété dimanche sur Canal+. Il s'est refusé à dire si, selon lui, Nicolas Sarkozy était au courant des versements frauduleux.

"C'est aux juges de le dire, il y a un certain nombre de ses proches qui sont aujourd'hui mis en cause, ce n'est pas à moi de dire ces choses-là, c'est à la justice française", a-t-il dit.

SARKOZY ET CHIRAC EN CAUSE ?

Deux proches de Nicolas Sarkozy, Nicolas Bazire - ex-directeur de campagne d'Edouard Balladur - et Thierry Gaubert sont déjà mis en examen dans ce dossier, ainsi que Ziad Takieddine, intermédiaire dans les deux contrats. Un premier élu, l'ancien ministre UMP Renaud Donnedieu de Vabres, a été mis en examen aussi mi-décembre.

Le nom de Nicolas Sarkozy figure en procédure dans un rapport de police luxembourgeois relatif à la création de structures "off-shore" au Luxembourg ayant accueilli l'argent pouvant avoir servi à la corruption. Un témoin a laissé penser en décembre qu'il avait forcément donné son accord, un élément dont l'intérêt est contesté par l'UMP.

Selon le Journal du dimanche, les archives de l'association de financement de la campagne Balladur ont été découverts par la police chez son ex-président, Jean-Claude Aurousseau, et elles montrent que les dépenses avaient atteint les plafonds légaux rapidement, ce qui accréditerait l'idée d'un recours à des espèces non déclarées.

Les juges ont déjà établi que l'équivalent de plus de trois millions d'euros en espèces avaient atterri sur les comptes, des sommes qu'Edouard Balladur et ses proches expliquent par la vente de tee-shirts et de gadgets, tandis que les juges pensent à l'argent des marchés d'armement passé par des comptes luxembourgeois.

Des éléments nouveaux apparus récemment laissent penser que le récit de Dominique de Villepin sur l'arrêt des paiements et la "moralisation" des réseaux est fausse et que l'argent pourrait avoir en fait été dérivé vers de supposés "réseaux Chirac" après l'accession du maire de Paris à l'Elysée.

Nicolas Sarkozy nie toute implication et a dit le 2 novembre dernier à propos de l'affaire : "Il ne sortira rien de tout cela et tout le monde le sait". A propos de l'éventuel lien avec l'attentat de Karachi, il avait parlé auparavant de "fable".

Edité par Jean-Loup Fiévet

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